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SANTÉ ADDICA : tous unis
contre les addictions Supplément informatique du Quotidien du Médecin
/ Pierre Constant
Ouvert début février, le réseau ADDICA
(Addictions et précarité en Champagne-Ardenne) va permettre aux
différents acteurs amenés à prendre en charge les problèmes de
consommation nocive ou de dépendance aux produits psycho-actifs de
mieux coordonner les soins tout en se formant.
Tout est parti de GT 51, une association
informelle née en 1994 à l'initiative de généralistes démunis face aux
personnes souffrant d'addictions. Son ancien président, le Dr
Dominique Depinoy, généraliste à Reims, se consacre aujourd'hui deux
jours par semaine à ADDICA dont il est le coordinateur. « Le réseau
est le résultat de huit ans d'expérience de terrain. Nous avons
travaillé un an à élaborer le projet de réseau puis à partir d'août,
le dossier partagé réalisé par Uni-Médecine. » Objectifs du réseau :
mettre fin aux dysfonctionnements constatés tels que problème de suivi
à long terme, parcours chaotique des patients, manque de communication
entre les partenaires, praticiens mal formés, nomadisme médical,
repérage insuffisant des patients à risque. « Après être passé par
différents modèles ne fonctionnant pas, dont un carnet de santé
papier, le réseau informatisé est apparu comme la solution », confirme
le Dr Roua, généraliste et actuel président de GT 51. En
Champagne-Ardenne, la lutte contre l'alcoolisme est une des priorités
régionales (3 000 morts prématurées par an). Il y a en outre 1 500
toxicomanes sous traitement substitutif. « J'ai été confronté à des
problèmes de toxicomanie, il y a quelques année, explique le Dr
Jean-Philippe Cortial, généraliste dans la banlieue de Reims, ce sont
des patients perdus dans le système de soins. » En septembre dernier,
ADDICA a enfin reçu un financement du FAQSV (fonds pour l'amélioration
de la qualité des soins de ville) qui a permis la mise en place du
site. Aussitôt un premier groupe de 30 participants (dont six
spécialistes, douze généralistes, quatre pharmaciens, quatre
travailleurs sociaux) a reçu une formation sur le système. Un deuxième
groupe est en train d'être recruté. Cette formation indemnisable vise
à la fois à expliquer les objectifs du réseau que les intervenants
devront faire partager à leurs patients et à présenter l'utilisation
de l'Intranet. Un technicien s'est déplacé au domicile de chaque
participant pour vérifier l'installation. « J'ai rentré mes trois
premiers dossiers en présence des patients qui doivent donner leur
accord. Il y a un effort de départ mais c'est très simple. Avec l'un
d'entre eux, qui en est à sa troisième tentative de sevrage tabagique,
on a refait le test de dépendance à la nicotine (Fagerström), qui est
disponible sur le site. » Chaque patient a son code d'accès à son
dossier qu'il est libre de donner ou non aux intervenants. L'accord
des patients ne va pas de soi. « Je viens de recevoir un alcoolique
qui sort de prison pour conduite en état d'ivresse récidivante. C'est
le juge qui l'obligeait. Il n'est pas intéressé », note le Dr Bruno
Machuel, généraliste à 10 km de Reims. Téléexpertise Le réseau, c'est
une source d'information et de formation. Le Dr Cortial apprécie
particulièrement la téléexpertise : « Poser une question en ligne aux
experts évite de les déranger au téléphone. Le réseau humain déjà
existant est optimisé. » Mais l'objectif reste l'amélioration des
soins. « J'espère augmenter le taux de réussite des traitements »,
souligne le Dr Machuel qui a été convaincu par la réunion
d'information sur le dossier partagé. Du côté des institutions, on
insiste sur la meilleure coordination des soins. « Je suis déjà
soignante agréée sur deux dossiers, explique le Dr Françoise Bertin,
alcoologue, du centre de consultation de l'intersecteur d'alcoologie,
qui collaborait déjà avec l'association GT 51. L'outil n'est pas
difficile à utiliser et il devrait éviter la rupture des soins. »
ADDICA en chiffres Acteurs : médecins généralistes et spécialistes
(toxicologues, psychiatres, gastro-entérologues), pharmaciens,
personnel des intersecteurs alcoologiques, services hospitaliers
concernés, travailleurs sociaux . Recrutement d'un nouveau groupe de
trente chaque année. Promoteurs : l'association GT 51, l'URCAM, la
DRASS, les DDASS, la Ville de Reims, la région, la Caisse d'Epargne.
Financement : la subvention du FAQSV assure 90 % du budget pour trois
ans, soit 460 000 euros, les 10 % restant proviennent d'un
contrat-ville de Reims-Région, ainsi que d'un financement Caisse
d'Epargne qui a des missions d'intérêt général. Un budget a été
demandé au FAQSV pour l'abonnement Internet permanent (ADSL) des
participants. Les médecins sont rémunérés 46 euros par nouveau
dossier. Plate-forme : le système d'information d'Uni-Médecine
comprend un Intranet sécurisé donnant accès à un dossier partagé,
ainsi qu'à un annuaire, une messagerie sécurisée, un service de
télé-expertise (deux experts par département, sauf en Haute-Marne).
L'accès se fait par CPS ou identifiant/mot de passe. L'accès grand
public propose un test, des infos, des adresses. Évaluation : confiée
à la société SEMKA-Eval.
EN
AFRIQUE LA DENGUE EST EN PLEINE RECRUDESCENCE.
En quelques décennies, la dengue a progressé de
façon spectaculaire. Aujourd'hui, les deux cinquièmes de la population
mondiale sont exposés au risque de développer cette maladie. On
dénombre 50 millions de cas chaque année.
La dengue est une maladie infectieuse causée par
quatre types de virus transmis à l'homme par des moustiques infectés
du genre «edes» dont le plus important est «aedes aegypti». Appelée
aussi «grippe tropicale» ou encore «petit palu», cette maladie est
devenue ces dernières années un important sujet de préoccupation pour
la santé publique internationale. La dengue est, en effet, endémique
dans plus de 100 pays d'Afrique, d'Amérique, de la Méditerranée
orientale, d’Asie du Sud-Est et du Pacifique occidental. Ces deux
dernières régions sont les plus affectées. En Afrique, ce sont
essentiellement les pays côtiers de l'Est et de l'Ouest (Nigeria,
Sénégal, Côte d'Ivoire, Burkina Faso) qui sont touchés. Mais dans
toutes les régions tropicales, la dengue frappe surtout les habitants
des zones urbaines fortement peuplées.
La croissance rapide de ces populations met de
plus en plus de personnes en contact avec le moustique vecteur
(transmetteur), notamment là où les ménages conservent leur eau et où
l'évacuation des déchets est insuffisante. Aedes aegypti se reproduit,
en effet, principalement là où on stocke l'eau mais aussi dans des
habitats naturels comme les trous d'arbres ou les aisselles des
feuilles. On attribue aussi la propagation géographique rapide de
certains moustiques au développement du commerce international des
pneus usagés, ceux-ci accumulant l'eau de pluie favorable à leur
reproduction.
La contamination se fait par piqûre d'un
moustique femelle ; les premiers signes apparaissent de 5 à 8 jours
après. C'est une maladie grave dont les symptômes s'apparentent à la
grippe. Elle peut toucher aussi bien les nourrissons, que les jeunes
enfants et les adultes. Le début est brutal avec frissons, montée de
fièvre, éruptions, fortes céphalées, douleurs des muscles et des
articulations. Dans les cas favorables, la totalité des symptômes
s'apaisent après la disparition de la fièvre en une semaine environ.
Frissons, fièvre, céphalées, douleurs Le
traitement consiste en la prise de paracétamol (l'aspirine est
contre-indiquée à cause du risque d'hémorragie) pour soulager les
douleurs, sans oublier d'assurer une bonne hydratation du malade. La
convalescence peut prendre plusieurs semaines avec des manifestations
de fatigue et même de dépression mais la guérison ne laissera aucune
séquelle. Une fois qu'on a contracté la dengue, la guérison entraîne
une immunité à vie contre le virus qui a provoqué l'infection mais
elle ne confère qu'une immunité passagère et partielle contre les
trois autres. Certains spécialistes estiment même que l'infection par
un second virus, accroît le risque de maladie plus sévère avec
complication hémorragique.
Toute la gravité de la maladie réside dans la
survenue de formes hémorragiques, heureusement plus rares (environ 1 %
des cas) mais en constante augmentation. Dans cette forme, la dengue
débute de la même façon que la dengue normale, mais après quelques
jours de fièvre, la température s'effondre et se produisent des
hémorragies multiples, notamment gastro-intestinales, cutanées et
cérébrales. Un collapsus cardio-vasculaire irréversible est alors à
redouter. Il n'existe pas de traitement spécifique, mais moyennant une
restauration satisfaisante de la masse sanguine par perfusion, le
malade peut récupérer. Si on peut mettre en oeuvre ce type de
traitement intensif, le taux de mortalité est abaissé à moins de 1 %
sinon, on peut atteindre de 10 à 20 % de mortalité.
La mise au point d'un vaccin contre la dengue
est malaisée en raison de l'existence de quatre types différents de
virus et du fait que la protection contre un virus peut accroître le
risque d'une infection plus grave. Mais les recherches avancent. A
l'heure actuelle, la seule méthode pour prévenir ou combattre la
dengue consiste à détruire le moustique vecteur. Afin d'empêcher le
moustique de se reproduire, il faut le couper de son milieu naturel de
reproduction en couvrant tous les récipients qui servent à stocker
l'eau et en éliminant tous les déchets (pneus, vieilles casseroles...)
où l'eau peut stagner.
L'épandage d'insecticides adaptés stoppe la
reproduction des moustiques pendant plusieurs semaines mais doit être
renouvelé régulièrement. Des expériences comme l'introduction de
petits poissons ou de petits crustacés se nourrissant des moustiques
se sont révélées positives et devraient être plus largement utilisées
dans l'avenir. En cas de flambées épidémiques, les mesures d'urgence
consistent essentiellement à tuer les moustiques en épandant des
insecticides à l'aide de dispositifs montés sur des camions, voire des
avions. Mais là aussi, l'effet est passager et variable car on
n'atteint pas à coup sûr tous les recoins où peuvent se nicher les
redoutables moustiques.
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