home homepage
Your online source about New York City

Nicolas Sarkozy    Nouvelle de France

     Law Offices                                                                                  .
     
ANNAMARIA LOMBINO. P.C                                                                 
 
JERRY BROWN, Legal Assistant                                                             
 
   Immigration- Divorce-Criminal                                                               
 
            212- 564-8500 

DES DIZAINES DE MILLIERS DE PERSONNES MANIFESTENT A PARIS
La manifestation nationale pour la défense du service public d'éducation et contre les suppressions de postes a démarré, dimanche 19 octobre, peu après 13 heures de la place d'Italie à Paris. Selon les organisateurs, 80 000 personnes, s'étaient réunis. Venus d'un peu partout en France, les manifestants, dont une majorité d'enseignants, doivent rallier la place de la Bastille, répondant à l'appel de 47 organisations qui redoutent que l'éducation ne soit plus une priorité.

Du cortège, surplombé par de nombreux et immenses ballons aux couleurs des syndicats, fusaient le slogan "Investir dans l'école c'est l'avenir" ou encore cette citation d'Abraham Lincoln : "Si vous trouvez que l'éducation coûte cher, essayez l'ignorance". Une affiche fustigeait le ministre de l'Education, Xavier "Darcos médaille d'or du mépris". Cette mobilisation intervient avant l'examen à l'Assemblée nationale, le 4 novembre du budget de l'éducation qui prévoit 13 500 suppressions de postes en 2009, après 11 200 en 2008, et 8 500 en 2007. Patrick Gontier, secrétaire général de la fédération Unsa, a qualifié le cortège de "première vraie manifestation de la rentrée sociale". "On a posé la question de l'éducation comme une question d'avenir et les gens sont au rendez-vous", s'est réjoui M. Gontier selon lequel "la crise économique renforce le besoin de cohésion et donc le besoin de service public. Dans les moments de crise, s'il n'y a pas de solidarité nationale, ce sont les plus démunis qui trinquent". Au-delà des slogans généraux entendus dans le cortège, de nombreux manifestants protestaient contre la suppression des Rased (maîtres spécialisés dans la lutte contre l'échec scolaire) en scandant "Agir pour la réussite de tous, c'est renforcer les Rased, pas les fermer". Dimanche matin, la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, invité du "Grand rendez-vous" d'Europe 1 / Le Parisien-Aujourd'hui en France a estimé que les raisons de la manifestation étaient "injustifiées et décalées". "Nous avons fait en deux ans des changements profonds dans l'éducation. Nous allons poursuivre", a insisté la ministre, citant "le soutien scolaire pour les plus défavorisés", "l'assouplissement de la carte scolaire", "la revalorisation en cours des carrières des enseignants", la "refonte des programmes du primaire".

En réponse, le leader de la FSU, Gérard Aschieri, "aimerait que le gouvernement cesse de faire l'autruche" et voit que la mobilisation de dimanche "exprime beaucoup de mécontentement et beaucoup d'attente en termes de postes mais aussi d'orientation, de lutte contre l'échec et réussite de tous les jeunes". Un sondage Ifop pour Dimanche Ouest-France "montre qu'on est largement compris", a insisté M. Aschieri en référence à une enquête selon laquelle 69 % des personnes interrogées jugent "justifiée" la mobilisation des enseignants.

AUTRE SUICIDE DANS UNE PRISON EN ALSACE.
Un détenu s'est pendu vendredi 17 octobre dans sa cellule de la maison d'arrêt d'Ensisheim (Haut-Rhin), a-t-on appris samedi auprès du Parquet de Colmar. Ce drame vient s'ajouter à la série noire des suicides dans les prisons en France et plus particulièrement ces derniers jours en Alsace.  Il s'agit d'un détenu d'origine marocaine de 45 ans qui purgeait une peine de trente ans de réclusion pour meutre, dont vingt avec sûreté, mais qui "n'était pas connu pour avoir des tendances suicidaires", selon le Parquet. Incarcéré depuis 1996, l'homme faisait régulièrement l'objet de procédures disciplinaires et il avait été changé à plusieurs reprises d'établissement pénitentiaire

Un médecin légiste s'est rendu sur place. L'autopsie du corps sera pratiquée lundi. Une enquête pour recherche des causes de la mort a été ouverte, "même s'il s'agit clairement d'un suicide", a indiqué le Parquet. L'homme a été retrouvé vers 18 heures pendu dans une cellule du quartier disciplinaire, où il avait été placé dans la journée après avoir insulté le personnel et refusé de réintégrer sa cellule, a précisé Carlo Di Egidio, délégué régional de l'Union générale des syndicats pénitentiaires (UGSP-CGT). Pour Carlo di Egidio, les circonstances du suicide n'ont "rien à voir" avec celles du suicide, commis dans la nuit de jeudi à vendredi à Strasbourg, d'un détenu qui avait été incarcéré alors qu'il avait déjà commis une première tentative de suicide en garde à vue et qu'il avait annoncé vouloir en finir avec la vie. Mardi, un autre détenu, âgé lui de 16 ans, était mort à l'hôpital de suites d'une tentative de suicide la semaine dernière dans le quartier des mineurs de la prison de Strasbourg. Cette nouvelle affaire porte à 90 le nombre de suicides depuis le début de l'année 2008, en hausse de 18 % par rapport à l'an passé à la même époque, selon l'Observatoire international des prisons (OIP). L'homme qui s'était suicidé dans la nuit de jeudi à vendredi à Strasbourg "aurait dû être hospitalisé d'office" compte tenu de ses tendances suicidaires, avait estimé samedi la CGT-pénitentiaire. Christian Fischer, secrétaire régional de l'UGSP-CGT, avait pour sa part déclaré : "quand les personnes sont vraiment décidées à mettre fin à leurs jours, à moins de mettre un surveillant derrière chaque porte, on ne peut pas les en empêcher". De son côté, Faouzi Lamdaoui, secrétaire national du PS à l'égalité, avait demandé au gouvernement de "prendre conscience de la gravité de la situation et de mettre immédiatement en place un plan d'accompagnement psychologique et de rénovation des prisons françaises".

SARKOSY AUX QUÉBOIS:UNE DÉCLARATION D'AMOUR.
Nicolas Sarkozy a fait une déclaration d'amour aux Québécois, à l'occasion de sa visite à Québec, vendredi 17 octobre. Premier président français à s'adresser à l'Assemblée nationale du Québec, M. Sarkozy a répondu au premier ministre, Jean Charest, qui évoquait combien Québécois et Français "sont unis par le coeur et par le sang", par un éloge appuyé : "J'aime cet amour de la vie qui vous a permis de survivre en tant que peuple en ne comptant que sur votre courage et votre intelligence." Eloge qui n'excluait pas une flèche à la presse québécoise, qui a critiqué le fait qu'il ait raccourci de trois jours à 26 heures sa visite au Québec, "séchant" en partie le Sommet de la francophonie ouvert vendredi, pour rencontrer samedi à Camp David le président américain George Bush. "J'aime cette franchise qui se traduit si bien dans votre presse !", avait lancé, souriant, le président français.  Sarkozy a aussi abordé la question, sensible pour certains Québécois "nationalistes", des relations triangulaires France-Canada-Québec. "Les Canadiens sont nos amis, et les Québécois notre famille", a-t-il affirmé. Plus tôt dans la journée, il avait répliqué à ceux qui, au Québec, lui reprochent de trop privilégier sa relation avec le Canada qu'il ne voyait "pas au nom de quoi une preuve d'amour pour le Québec, fraternelle et familiale, devrait se nourrir d'une preuve de défiance à l'endroit du Canada. La France est un pays qui rassemble, et non un pays qui divise".

 

========

FUSILLADE A CARCASSONE. SARKOZY VISITE LES VICTIMES.
Le président Sarkozy a rendu visite, ce lundi matin, aux victimes de coups de feu tirés, ce dimanche, par un militaire dans une caserne de Carcassone dans le sud de la France. Dix-sept personnes ont été blessées ; pour deux d'entre elles, dont un enfant de 3 ans, le pronostic vital est engagé. L'auteur des coups de feu a été placé en garde à vue et des enquêtes judiciaire et militaire ont été lancées.

L'incompréhension est d'autant plus grande que le 3ème Régiment parachutiste d'infanterie de marine, le RPIMA de Carcassonne, est un des plus « pros » de l'armée de terre. C'est une formation spécialiste de l'assaut par la voie des airs, de l'intervention d'urgence, de l'extraction de ressortissants. Elle a été déployée au Rwanda, au Tchad, au Sud-Liban, en Ex-Yougoslavie, en Irak, en Afghanistan.

C'est l'une des quatre unités de choc de la 11ème Brigade parachutiste. Et, le Groupement commando auquel appartenait le « tireur fou », est l'élite de l'élite, des hommes qui maîtrisent parfaitement le maniement des armes, le respect des procédures et qui ne paraissent pas susceptibles de confondre des munitions.

Comme beaucoup de régiments en province, le 3ème RPIMA avait à coeur de « vendre son image », auprès de la ville qui l'accueille, mais également pour élargir son recrutement, susciter des vocations... C'est aussi le désir, par ces opérations portes-ouvertes, avec démonstrations spectaculaires, de montrer que ces soldats sont utiles et efficaces, surtout en ces temps de rigueur budgétaire et de fermetures annoncées de garnisons.

Mais, cette fois, la démarche se retourne contre l'armée. Des mesures de précaution vont être mises en oeuvre, surtout dans la perspective du défilé militaire du 14 juillet, à Paris, où sont conviés tous les chefs d'Etat de l'Union européenne et de la future Union pour la Méditerranée.

FOOTBALL. ESPAGNE  VICTORIEUSE DE L'EURO 2008.
Les Espagnols sont de nouveau champions d’Europe grâce à une victoire incontestable sur une décevante Allemagne (1-0). Technique, subtile, offensive, bien organisée : la meilleure équipe du tournoi l’a emporté. En Espagne, dimanche soir, c'était l'euphorie : les Espagnols ont envahi les rues des villes aux cris de « viva España ! » et dans la pétarade des feux d'artifice.

C’était une affaire entendue, avant le coup d’envoi du moins : pour tout ce qu’elle a montré pendant ces trois semaines, l’Espagne méritait d’ajouter un deuxième titre continental à son palmarès après celui, quasi antédiluvien, de 1964.

Mais l’Espagnol est superstitieux. Et malgré toutes les certitudes liées à son jeu de passes flamboyant, à son gardien en état de grâce, à sa défense enfin hermétique, à son milieu aussi technique qu’accrocheur et à ses attaquants perforateurs, il avait face à lui un chiffre maudit, le 13. Depuis 1954, l’Allemagne a disputé treize finales de Coupes du monde ou de Championnat d’Europe. Une finale sur deux ! Cette statistique vertigineuse illustrait à elle seule la force de la « Nationalmannschaft ». Et cette habitude des grands rendez-vous devait peser lourd à l’entame d’une affiche inédite à ce stade de la compétition. D’autant que la dernière victoire espagnole en match officiel face aux Allemands remontait à 1984. Tout cela a été balayé au terme d'une finale dominée de la tête et des épaules par les Latins malgré l'écart minimal.

Ballack finalement présent  Histoire et réalisme d’un côté, talent et obsession de rattraper le temps perdu de l’autre : Allemagne-Espagne s’annonce comme l’apothéose d’un Euro franchement enthousiasmant sur le plan du jeu. Soulagement pour Joachim Löw, le sélectionneur allemand : Michael Ballack, le capitaine et patron de l’équipe, qui ne s’était pas entraîné ces deux derniers jours à cause de douleurs au mollet, est finalement bon pour le service. Un souci pour Luis Aragones, l’entraîneur de la « Roja » : le forfait du meilleur buteur du tournoi, David Villa, blessé. C’est Cesc Fabregas, remplaçant magnifique, qui lui succède, laissant Fernando Torres seul en pointe. 53 000 spectateurs garnissent les travées d’un stade Ernst-Happel majoritairement favorable à la « Mannschaft », proximité géographique oblige. Le Roi et la Reine d’Espagne sont là, tout comme le Premier ministre espagnol José Luis Zapatero et la chancelière allemande Angela Merkel.

Un festival d’approximations Une fois évacuée la cérémonie de clôture, M. Rosetti, l’arbitre italien, libère les 22 acteurs sous un beau soleil couchant. « Libère » est d’ailleurs un bien grand mot. Les deux équipes semblent extrêmement crispées. Lahm, puis Sergio Ramos, ratent deux passes en retrait qui auraient pu coûter cher. Ce sont les Allemands qui sortent les premiers de ce festival d’approximations. A la 9e minute, Hitzlsperger cadre la première frappe, sans danger néanmoins pour Casillas. Grosse frayeur dans la foulée pour les triples champions du monde : Xavi décale Iniesta sur la gauche, dont le centre est repris par… Metzelder, qui manque de tromper son propre gardien. Mais Lehmann, qui à plus de 38 ans possède désormais le titre de joueur le plus âgé d’une finale d’Euro, dégage en corner au prix d’un beau réflexe.

Torres monte en puissance et marque. L'atttaquant espagnol Fernando Torres a marqué le seul but de la rencontre. Jusque là dominés dans l’attaque du ballon, les Espagnols s’enhardissent et investissent plus volontiers le camp adverse. Fernando Torres monte en puissance, et le prouve à la 23e minute en concluant de la tête une superbe combinaison Sergio Ramos-Fabregas sur la gauche ; le poteau droit du but allemand repousse sa tentative alors que Lehmann était battu. A l’orée du dernier quart d’heure, Fabregas tente sa chance de 20 mètres. Le portier allemand s’interpose. Il ne pourra rien à la 33e minute : lancé en profondeur, Torres se fraie un chemin entre Metzelder et Lahm, mal placés, et devance la sortie de Lehmann pour ouvrir le score (1-0). Le Roi et la Reine sont debouts !

Un malheur ne venant jamais seul, Ballack s’ouvre l’arcade sourcilière suite à un choc avec Senna. Il est soigné de longues minutes sur la touche avant de revenir, l’œil droit cerné d’un gros hématome violacé. Visiblement nerveux, multipliant les fautes grossières, le meneur de jeu de Chelsea reçoit en compagnie de Casillas le premier carton jaune d’une finale par ailleurs plutôt facile à arbitrer.

A la pause, ce sont les Espagnols, plus toniques, plus percutants, moins stéréotypés, qui sont provisoirement champions d’Europe

=======

HAITI. LES ELECTIONS AIDERONT-ELLES LE PAYS?

Les élections ont été reportées à quatre reprises en Haïti. Elles sont maintenant fixées au 7 février. Après le dernier report pour raisons techniques, le Conseil de sécurité des Nations unies avait demandé au gouvernement provisoire de fixer de nouvelles dates pour le déroulement des différents scrutins. Le premier tour de la présidentielle et des parlementaires est donc à nouveau programmé alors qu'Haïti reste encore dans une situation chaotique.

De notre envoyée spéciale en Haïti

Ceux qui s'intéressent aux élections en Haïti commencent à ne plus savoir combien de fois elles ont été reportées. Quatre ? Cinq ? Six fois ? La dernière annulation du scrutin prévu le 8 janvier semble avoir été accueillie dans le pays comme une simple mauvaise nouvelle, une de plus. Résignés, certains s’en remettent à Dieu. D’autres doutent que ces élections puissent résoudre les difficultés du pays, ni à court, ni à moyen terme, pour les plus pessimistes. A Godet, par exemple, à une heure de route de Port-au-Prince, sur les hauteurs, une communauté de paysans vit des produits agricoles provenant de ses terres fertiles, grâce au micro-climat qui y règne. Les responsables de cette zone ont, depuis la mise en place du gouvernement de transition en 2004, la possibilité de donner leurs points de vue sur la situation de leur pays et d’avancer des solutions. Une première en Haïti.

Jusqu’à présent, la paysannerie avait toujours été exclue, traitée avec un dédain stupide par les habitants des centres urbains qui les appellent moun an déyò, moun mòn, moun bwa, santi bouk, mal degwosi (gens de dehors, gens des mornes, gens des bois, ceux qui sentent le bouc, mal dégrossis...). Pour Jean Coulanges, anthropologue, « les pouvoirs centraux ont profité de la bonhomie du paysan, de sa faiblesse organisationnelle, de son dénuement, pour l’utiliser à des fins militaires, politiques. On a assisté à une décadence de la paysannerie, traquée par les milices, envahie par les sectes dites chrétiennes, acculée par la misère à abattre les arbres. Il s’en est suivi le déboisement, l’assèchement des points d’eau, l’absence de productions, la misère ».

Eliophène Dérilus, précédent chef de section à Godet, est un technicien agricole formé aux techniques de reboisement, canaux d’irrigation, conservation des sols. Pour lui, les élections présidentielles et législatives ne sauveront pas le pays comme par magie : « sé nou menm, pou nou kapab ranjé péyi-a » (c’est à nous de changer, d’organiser le pays). Le plus important à ses yeux, est d’abord d’organiser les campagnes pour mieux répartir le travail, bien installer les gens en milieu rural, assurer les raccordements en eau, en électricité, consolider les routes. Il suffirait, selon lui, d’être encouragé par un gouvernement qui soutiendrait le monde rural, l’épaulerait et mettrait à sa disposition des agronomes « ki kapab », autrement dits compétents et non corrompus.

Un milieu rural ignoré

Pour ceux qui ont grandi en ville, Eliophène et ses proches pensent que leur créer des emplois, dans des usines, aiderait. Car si les jeunes se livrent à des larcins, « sé pa paské li renmé fè-l men sé pas yo grangou » (ce n’est pas par vice mais parce qu’ils ont la faim au ventre). Les habitants des bidonvilles, comme le redouté Cité soleil, sont en grande partie des descendants de la paysannerie déplacés vers la ville pour lesquels aucune école, aucun centre de santé n’ont été construits.

Eliophène Dérilus descend souvent en ville. Des affiches, un peu partout dans la capitale, à Delmas et Petionville, rappellent que la campagne électorale a bien commencé. Des panneaux quatre par trois, des doubles pages dans les quotidiens, le Nouvelliste et Le Matin, des spots télé et radio, mais pratiquement aucun débat à la télévision ou à la radio, avec le candidat « le plus populaire ». Des voitures équipées de haut parleurs scandent les slogans de René Préval et son nouveau parti « Lespwa » (L’espoir) : « Pa chanje vie chodyè pou chodyè nèf » (il ne faut pas changer une marmite usagée (qui a fait ses preuves) contre une marmite neuve).

Selon un sondage commandé par les Américains, réalisé par l’institut Cid-Gallup, en novembre 2005, René Préval arriverait en tête avec 32% d’intentions de vote même si le favori se refuse à toute intervention publique ou médiatisée. René Préval n’a accordé qu’une seule interview radiodiffusée lors d’un meeting de campagne dans le sud-est, à Jacmel, le 12 décembre 2005. Sans prendre de position claire pour se démarquer de son ancien « marassa » (frère jumeau), Jean-Bertrand Aristide, René Preval, « Tirené », a préféré laisser entendre qu’il ne s’opposerait pas à un retour d’Aristide, citoyen haïtien. Cette position lui a coûté quelques jets de pierre lors de son passage aux Gonaïves, le bastion de l’insurrection mené par Guy Philippe contre Aristide, en décembre 2003. Mais rien, dans ses débuts de campagne, ni dans celles des autres candidats, ne semble mettre la paysannerie en tête de chapitre, quand pourtant elle représente les deux tiers de la population d’Haïti.

Pour Jean Coulanges, Haïti n’est pas victime d’une malédiction mais a aussi toujours subi les assauts de programme de mondialisation (depuis l’ère coloniale). Haïti doit repenser les rapports sociaux entre paysannerie et bourgeoisie, ou encore, pour l’écrivain Lyonel Trouillot « repenser la citoyenneté haïtienne », quand encore aujourd’hui 40% des enfants nés sur cette terre n’ont pas d’acte de naissance. Quand ils auront leur carte d’électeur, les 3,5 millions d’inscrits auront, au moins eux, une carte d’identification nationale, qui, en plus de leur permettre de voter, les reconnaitra comme citoyens. Un aspect positif de ces élections à venir, en attendant un salvateur « grand mouvement de reconstruction nationale sans intérêt populiste », espère Jean Coulanges.

ISRAEL. SHARON TOUJOURS DANS UN ETAT CRITIQUE.
Nouvelle journée d’attente à Jérusalem concernant la santé d’Ariel Sharon. Le Premier ministre israélien est encore dans un état « grave », et il est pour le moment impossible d’évaluer dans quel état est son cerveau.

Samedi matin, l’un des chirurgiens qui avait opéré Ariel Sharon avait expliqué : « Il va mieux. Il faut encore attendre deux ou trois jours. Nous allons faire un autre scanner et s’il n’y a pas d’autres problèmes, nous commencerons à le faire sortir du coma ».

Un peu plus tard dans la journée, le dernier scanner n’a pas décelé de nouvelle hémorragie. Un médecin s’est alors déclaré « plus optimiste ». Les médecins de l’hôpital Hadassah ont ensuite attendu la fin du repos hebdomadaire juif, qui intervient à la tombée de la nuit, pour donner des indications sur l’état de santé d’Ariel Sharon. Il a été victime de plusieurs hémorragies cérébrales. Aujourd'hui, son état s’est « très légèrement amélioré » mais reste « critique ». Le directeur de l’hôpital, Shlomo Mor-Yosef a réaffirmé qu’aucun pronostic ne pourrait être avancé tant que le Premier ministre serait maintenu en coma artificiel.

« En tant qu’êtres humains, nous sommes optimistes, mais je ne peux pas dire que le Premier ministre est hors de danger », a-t-il encore expliqué. Les médecins vont se concerter dimanche pour décider s’ils réveillent progressivement le malade. A l’hôpital, on ne se prononce pas non plus sur l’état du cerveau d’Ariel Sharon. Il faudra attendre la sortie du coma pour savoir s’il y a des dégâts sur cet organe vital, a encore expliqué Shlomo Mor-Yosef.

Le monde attend

Le vide politique créé en Israël par la maladie de Sharon continue d’inquiéter de nombreux gouvernements à travers le monde, notamment celui des Etats-Unis. La secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, a annulé un voyage en Indonésie et en Australie. La responsable politique reste aux Etats-Unis pour suivre l’évolution de l’état de santé du Premier ministre israélien. La Maison Blanche s’est par ailleurs refusé à toute spéculation sur un « après-Sharon ». En Israël, les médecins ont déjà prévenu que, même s’il s’en sortait, Ariel Sharon ne pourrait pas reprendre ses responsabilités de chef de gouvernement, ni de leader de son nouveau parti, Kadima.

Le président Moubarak a pris des nouvelles de la santé de Sharon en téléphonant à Ehud Olmert, qui assure l’intérim à la tête du gouvernement israélien. Le président égyptien a fait des vœux pour le rétablissement de Sharon. Le président Moubarak a également exprimé la volonté de poursuivre la coopération de son pays avec Israël. Le roi Abdallah II de Jordanie a, lui aussi, eu une conversation téléphonique avec le Premier ministre israélien par intérim. Un responsable, au palais royal, a indiqué que « le souverain jordanien a exprimé l’espoir que le processus de paix ne soit pas affecté » par ce qui se passe en ce moment en Israël.

TCHAD. IDRISS DEBY, BRAS DE FER AVEC LA BANQUE MONDIALE.
Le gouvernement d'Idriss Déby assure que la révision de la loi sur la gestion des revenus pétroliers lui permettra de résoudre ses « problèmes de salaires, d'insécurité et de fonctionnement de l'administration ».

Vendredi, le président de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz a annoncé l’arrêt de tous les programmes de financement au Tchad, soit 124 millions de dollars de prêts gelés. A l’origine de cette sanction sans précédent, la révision de la loi prévoyant l’utilisation des revenus pétroliers, révision intervenue à l’assemblée nationale tchadienne, le 29 décembre dernier. La loi encadrait notamment la création d'un fonds d’épargne et une série de restrictions dans l’utilisation des revenus du pétrole pour garantir une bonne gouvernance.

« La décision de la Banque, que les concertations en cours ne laissaient nullement présager, survient dans un contexte particulièrement difficile pour le Tchad et surprend par sa brutalité ». Ces mots de Mahamat Ali Hassan, ministre tchadien de l’Economie, du Plan et de la Coopération, répondent à la décision rendue publique vendredi par la Banque mondiale de geler son programme de 124 millions de dollars, du jamais vu au Tchad.

« Nous avions un accord et cet accord a été rompu », avait déclaré vendredi le président de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz. Le 29 décembre dernier, l’Assemblée nationale tchadienne a en effet adopté une modification de la loi sur le pétrole, votée en 1999, qui régit la gestion des revenus pétroliers. Pour la Banque mondiale, cette loi constituait le fondement de la coopération entre les deux partenaires et surtout devait servir de modèle à travers le monde pour garantir la bonne gouvernance et la bonne gestion dans un domaine souvent opaque en Afrique, celui du pétrole.

La Banque joue sa crédibilité

Alors que l’exploitation du pétrole au Tchad a été très contestée et fait l’objet de nombreuses polémiques, la Banque mondiale, en décidant de s’engager dans ce projet, a joué sa crédibilité. L’institution bancaire internationale a fait de ce programme un projet vitrine.

Elle n’est pas d’accord avec plusieurs amendements opérés par le Tchad. Les plus contestés sont la suppression du fonds pour les générations futures, la notion de secteurs prioritaires élargie à la sécurité ou à l’administration ; et la part revenant au Trésor, qui a été doublée.

Le Tchad fait remarquer que les prêts de la Banque mondiale ne font qu’augmenter la dette extérieure du pays « dont l’encours, fin 2005, s’élève à 872 milliards francs CFA », explique le ministre tchadien de l’Economie et du Plan. « 475 milliards sont dus au seul groupe de la banque (mondiale), tous guichets confondus. Le service de cette dette pèse lourdement sur les finances publiques, privant celle ci d’atouts considérables pour financer son développement ».

La position du Tchad, attendue depuis la veille, jour de l’annonce officielle de la Banque mondiale de suspendre tous ses crédits, est celle de la surprise et de l’apparente fermeté. Alors que le président de la Banque mondiale demande au Tchad de revoir purement et simplement sa décision de modifier la loi portant sur la gestion des revenus pétroliers, le gouvernement invite l’institution financière à reconsidérer sa position. Un dialogue de sourds même si chacune des deux parties a bien tenu à préciser que les négociations n’étaient pas rompues. Paul Wolfowitz a indiqué qu’il aurait le président Idriss Deby au téléphone la semaine prochaine.

Reste à savoir quelle sortie honorable pourra être trouvée. Il n’est guère possible pour le Tchad, dans une situation financière catastrophique, de renoncer à l’appui des bailleurs de fonds et de rompre avec la Banque. Pour autant, revenir totalement sur cette décision semble également peu probable, le président Idriss Deby ayant réitéré son attachement à la souveraineté, « une notion qui place haut la barre des discussions », soulignait un observateur.

 

               PLEIN FEU SUR SADDAM             

2006

LONDRES. AFFAIRE KELLY:TONY BLAIR ET SON GOUVERNEMENT DISCULPÉS.

Ce devait être la semaine de tous les dangers pour Tony Blair. Mais démentant tous les pronostics, le Premier ministre britannique, dont la cote de popularité est au plus bas, a finalement remporté une double victoire sur le plan intérieur. Son projet de loi réformant le financement de l’enseignement supérieur a en effet été voté après plus de six heures de débats à la Chambre des Communes. Mais malgré l’avantage numérique de 161 députés dont dispose son parti, sa réforme n’a bénéficié que d’une très courte majorité de cinq voix. Si cette première victoire avait un goűt amer, celle qu’il vient de remporter avec la publication du rapport de Lord Brian Hutton parviendra peut-être à rehausser son image auprès de ses compatriotes. Ce juge indépendant, chargé de déterminer les circonstances de la mort du scientifique David Kelly, a en effet blanchi son gouvernement de toute implication dans le suicide de l’expert britannique.

Après plusieurs mois d’enquête au cours desquels il a auditionné soixante-quatorze témoins, parmi lesquels Tony Blair en personne et ses plus proches collaborateurs mais aussi des responsables du renseignement britannique et des dirigeants de la BBC, Lord Brian Hutton a finalement conclu au suicide de David Kelly. Dans son rapport présenté depuis les Royals Courts of Justice et retransmis par plusieurs télévisions, le juge britannique a ainsi déclaré que le scientifique s’était «suicidé en se coupant son poignet gauche». Sa mort a été, selon lui, accélérée par la prise de comprimés de co-proxamol. «Il n’y avait pas d’implication d’une tierce personne dans la mort du professeur Kelly», a insisté Lord Hutton faisant également valoir que «personne n’avait vu ou n’aurait pu voir que les pressions et les tensions pouvaient le pousser à attenter à sa vie ou contribuer à sa décision de le faire».

Le scientifique était «un homme qu'il n'était pas facile d'aider», a en outre déclaré le magistrat. Soulageant le gouvernement britannique d’un lourd poids, il a également estimé qu’il n’y avait «pas eu de stratégie sournoise» pour que soit divulgué à la presse le nom de David Kelly. L’expert s’était avéré être la source anonyme d’un reportage de la BBC affirmant que le cabinet de Tony Blair avait exagéré la menace des armes de destruction massive irakienne dans le seul but de convaincre une opinion publique réticente à l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne. Mais selon Lord Hutton, le ministère britannique de la Défense, pour qui travaillait David Kelly, n’en est pas moins «fautif et doit être critiqué» pour ne pas avoir prévenu David Kelly que son nom allait être confirmé à la presse. Une décision qui a été prise en accord avec le Premier ministre. «Tony Blair et plusieurs membres importants ont été directement impliqués dans les discussions sur les mesures à prendre par le gouvernement» après que le professeur Kelly eu avoué à ses supérieurs avoir parlé à un journaliste de la BBC, a en effet affirmé le magistrat. Tempérant toutefois sa critique, il a également estimé que «l'exposition de David Kelly à l'attention de la presse n'est pas le seul facteur qui l’a placé dans une situation de grand stress».

La BBC très sévèrement épinglée

La BBC, par qui le scandale est arrivé, n’est en revanche pas épargnée par le juge Hutton qui l’accuse d’avoir été «fautive» dans l’affaire Kelly. Le magistrat a en effet estimé que l’accusation relayée par la chaîne publique selon laquelle le gouvernement avait sciemment exagéré la menace de l’arsenal irakien était «très grave» dans la mesure oů elle «mettait en cause l’intégrité du gouvernement et des services de renseignement». La jugeant «infondée», il ainsi critiqué la direction de la chaîne pour n’avoir pas mené «une enquête plus approfondie» avant la diffusion de ces informations. Plus sévère encore, le magistrat a qualifié de «déficiente» l’organisation éditoriale de la BBC qui a permis à un journaliste de diffuser des informations «graves» sans un contrôle au préalable par sa hiérarchie.

La publication du rapport Hutton constitue donc un motif de réel soulagement pour Tony Blair, dont la popularité est en chute libre. Réagissant devant les Communes à cette publication, le Premier ministre a ainsi mis en demeure ceux qui l'accusaient de mensonge de retirer leur allégation. «Je demande simplement à ceux qui en sont à l'origine et à ceux qui l'ont répétée durant les derniers mois de la retirer à présent, pleinement, ouvertement et clairement», a-t-il lancé. Mais cette victoire de Tony Blair, qui fait suite au vote in extremis par la Chambre des Communes de sa réforme de l’enseignement supérieur, ne met pas pour autant fin aux difficultés auxquels il doit faire face. Rejeté par la base du parti travailliste, il a récemment vu son autorité sérieusement mise à mal et sa popularité chuter à des niveaux inquiétants. «Il a remporté une bataille, mais la guerre n'est pas finie», a ainsi commenté un de ses détracteurs.

 

 

 

IRAK. ARRESTATION DU BOUCHER DE MOUSSOUL ET ALI LE CHIMIQUE.

Avec la capture de Taha Yassine Ramadan et d’Ali Hassan Al Majid, ce sont deux pièces maîtresses du régime de Saddam Hussein qui sont tombées cette semaine aux mains des Américains.

L’attentat de mardi dernier contre l’hôtel Canal de Bagdad, qui servait de siège aux Nations unies, a fait passer au second plan un autre événement important survenu quelques heures plus tôt : la capture par les Américains de l’ancien vice-président irakien Taha Yassine Ramadan, l’un des dirigeants les plus proches de Saddam Hussein. Quelques jours plus tard, on apprenait que les forces de la coalition détenaient également Ali Hassan El Majid, surnommé Ali le Chimique en raison du rôle qu’il a joué dans le gazage des Kurdes en 1988.

L’un et l’autre figuraient en bonne place dans le jeu de cartes distribué par le Pentagone dressant la liste des 55 dirigeants irakiens les plus recherchés par les vainqueurs. Si l’on excepte Saddam Hussein, toujours introuvable à ce jour, et les deux fils du dictateur Oudaď et Qoussaď, tués lors d’un affrontement dans le nord de l’Irak le 22 juillet dernier, Taha Yassine Ramadan et Ali Hassan El Majid étaient sans conteste les personnages les plus redoutés par la population irakienne.

Contrairement à d’autres dirigeants irakiens du premier cercle, Taha Yassine Ramadan n’appartenait ni à la famille, ni à la tribu du président Saddam Hussein. Originaire de la région de Mossoul, ce militant baassiste de la première heure avait mis sur pied la milice du parti Baas, l’armée populaire, après le coup d’État qui avait porté le Baas au pouvoir en 1968. Homme d’appareil par excellence, il était une figure publique qui a souvent représenté son pays à l’étranger, notamment dans les sommets arabes, Saddam Hussein lui-même limitant au strict minimum ses déplacements pour des raisons de sécurité. Mais contrairement à Tarek Aziz qui présentait un visage avenant, Ramadan n’a jamais fait l’effort de se montrer diplomate : il incarnait au contraire le visage brutal d’un régime fondé sur la terreur. Ministre de l’Industrie dans les années 70, il déclarait : «Je ne connais rien à l’industrie, mais ce que je sais, c’est que celui qui ne travaillera pas dur sera exécuté». Plus tard, lors de l’occupation du Koweďt, il déclare dans une conférence à Amman qu’il fera couper la jambe à tout étranger qui mettra un pied sur le sol koweďtien ou irakien, qu’il soit soldat ou journaliste. Ce n’était pas là des rodomontades. Dans ce registre, Taha Yassine Ramadan était parfaitement crédible : supervisant la répression des Kurdes dans les années 80 dans sa ville natale, il y a gagné le surnom de «Boucher de Mossoul».

Qui va les juger ?

Ali Hassan El Majid, en revanche, originaire de Tikrit comme l’ancien président, appartenait quant à lui au clan sunnite de Saddam Hussein des Al Tikriti. Homme des missions difficiles, il n’a jamais hésité à se salir les mains pour son cousin. En 1988, Saddam Hussein lui confie le soin d’extirper la rébellion kurde qu’il accuse de trahison au profit de l’Iran, avec lequel l’Irak est en guerre depuis huit ans. Les Kurdes habitent dans la région frontalière de la république islamique. Ils représentent donc un risque de sécurité pour le régime. Ali Hassan Al Majid met au point l’opération Al Anfal dont le but est de terroriser les Kurdes pour les faire fuir de leurs régions. Ceux qui n’acceptent pas d’être relogés dans le sud, en zone chiite, sont soumis à une impitoyable répression. Le comble a été atteint par le bombardement aux gaz chimiques du village d’Halabja qui fera près de 5 000 morts. Les Kurdes estiment à près de 100 000 morts le nombre des victimes d’Ali Hassan Al Majid qui y gagne son surnom d’Ali Al Kimiouiyya (Ali le Chimique).

Lorsque deux ans plus tard, après l’invasion du Koweďt, la résistance koweďtienne commence à donner du fil à retordre aux forces d’occupation, Saddam Hussein nomme son cousin gouverneur de la «dix-neuvième province» oů il met en pratique ses méthodes expéditives. Quelques mois plus tard, après la défaite, c’est à nouveau lui qui supervise l’écrasement de la rébellion chiite dans le sud.

Reste une question majeure : que faire de ces encombrants détenus. Le Pentagone escompte bien leur faire dire oů se trouvent Saddam Hussein et les armes de destruction massive que l’Irak est censé détenir. Mais les Irakiens attendent que leurs anciens bourreaux rendent des comptes. Qui doit les juger ? Les Américains ne veulent pas d’une juridiction internationale. Un tribunal irakien serait de toute façon sujet à caution et la justice militaire américaine ne semble pas davantage indiquée. Quoiqu’il en soit, l’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch, qui a largement contribué à révéler leurs méfaits, exige aujourd’hui un jugement équitable et indépendant pour les deux hommes, procès qui offrirait une opportunité unique de connaître la vérité sur l’ampleur et la nature de leurs crimes.

Oudaď et Qoussaď morts, Taha Yassine Ramadan et Ali Hassan Al Majid aux mains des Américains, ce sont des éléments clés de l’appareil de terreur baassiste qui ont été neutralisés et l’impact sur la population irakienne est considérable. Reste toutefois à capturer Saddam Hussein lui-même. Si l’étau semble se resserrer auprès de l’ancien dictateur dont les proches tombent les uns après les autres, lui-même est jusqu’à présent demeuré introuvable. L’administrateur américain en Irak Paul Bremer déclarait en début de semaine au journal panarabe Al Hayat sa certitude que Saddam Hussein finirait lui aussi par être pris ou tué, ce qui mettrait fin, selon Bremer, au régime baassiste. Toutefois, Paul Bremer ajoutait aussitôt une note de prudence : la capture ou la mort de Saddam Hussein ne mettra pas fin selon lui aux attaques antiaméricaines qui se multiplient actuellement en Irak.

 

NEW YORK. JEUDI NOIR A NEW YORK, DETROIT, CLEVELAND ET TORONTO.

Une énorme panne d’électricité a touché le Nord-Est des Etats-Unis et le Canada, bloquant des millions de personnes dans les rues de New York, Détroit ou Toronto. La cause de cette catastrophe, encore mal définie, n’est, en tout état de cause, pas liée à un sabotage ou au terrorisme.

Alors qu’ils quittaient leurs bureaux ou s’apprêtaient à le faire, jeudi soir, des millions de citadins du Nord-Est des Etats-Unis et de la région mitoyenne du Canada se sont retrouvés, en raison d’une gigantesque panne d’électricité, privés de transports et contraints pour beaucoup à camper dans les rues des grandes villes, loin de leur domicile. La coupure d’électricité a frappé tout le Nord-Est des Etats-Unis et du Canada plongeant New York, Détroit, Cleveland ou Toronto dans le noir. L’électricité a commencé d’être rétablie aux petites heures vendredi, en fonction de la centrale à laquelle sont reliés les secteurs, mais il faudra encore au moins deux jours pour réalimenter l’ensemble des régions touchées.

Très rapidement le président américain George Bush, en tournée en Californie, a repoussé publiquement l’hypothèse d’un attentat terroriste ou d’un sabotage. Il a annoncé une enquête sur les raisons des défaillances en cascade du réseau électrique, qui ont entraîné la fermeture de sept centrales nucléaires. Une fois la crainte de l’attentat écartée les New-Yorkais, qui ont toujours en mémoire le 11 septembre 2001, ont fait contre fortune bon cœur et campé dans les rues, les halls d’hôtels ou les gares, dans l’attente d’un rétablissement des transports. On a peu voir, étranges sans domicile fixe, des fonctionnaires internationaux de l’ONU et des hommes d’affaires de Wall Street tenter de dormir sous les porches d’immeubles.

Cette gigantesque panne n’est cependant pas la première aux Etats-Unis. En novembre 1965, déjà, l’arrêt d’un relais à la frontière canadienne avait plongé dans l’obscurité 30 millions de personnes, à peu près dans la même région qu’aujourd’hui. En 1977, New York était à nouveau touchée par une panne d’électricité qui avait déclenché des pillages et des émeutes entraînant l’arrestation de 4000 personnes. Instruit de l’expérience, la police new-yorkaise s’est déployée dans la ville, dès le début de la coupure de courant, et aucun incident n’a été signalé. Au contraire d’Ottawa et Toronto, au Canada, où des pillages ont eu lieu et des arrestations effectuées.

Dans l’Ouest des Etats-Unis, des incidents électriques importants ont également eu lieu en 1996, à cause d’une ligne de distribution électrique défectueuse, et en 2001, en Californie, en raison de la privatisation ratée du secteur dans la région de San Francisco. La panne du 14 août pose donc le problème de la vulnérabilité du réseau électrique nord-américain. Des spécialistes, tel l’ancien secrétaire à l’Energie, Bill Richardson, affirment que les Etats-Unis sont «une superpuissance dotée d’un réseau du tiers monde». Les capacités de transmission et de distribution de l’énergie électrique sont notoirement sous-dimensionnées par rapport à la demande, dans un pays hyper-industrialisé et à haut niveau de vie. La demande en électricité a augmenté de 30% en dix ans tandis que la capacité du réseau ne s’est accrue que de 15%. La majeure partie des infrastructures date des années d’après-guerre et ne répond plus aux exigences actuelles. Il suffit donc de conditions climatiques exceptionnelles pour que le système s’effondre.

Les responsables gouvernementaux, les représentants des régulateurs de la distribution et les compagnies de services de production d’énergie travaillent à rassembler toutes les informations nécessaires à la détermination de la cause exacte de la panne.

Un réseau électrique vétuste et obsolète

L’ancienneté d’un réseau mal entretenu et non modernisé est la cause profonde de la panne qui a affecté le nord-est des États-Unis.

«Un réseau électrique digne du tiers monde». Ce commentaire acerbe de Bill Richardson, gouverneur du Nouveau Mexique et ancien secrétaire à l’énergie de Bill Clinton semble faire l’unanimité plus de vingt-quatre heures après la cascade de pannes qui a privé d’électricité une bonne partie du nord-est des États-Unis et le sud du Canada. Alors que les causes immédiates de ce black out ne sont pas encore identifiées et que Canadiens et Américains se renvoient la responsabilité de l’incident initial, les causes profondes, elles, ne semblent faire de doute pour personne : le réseau électrique des États-Unis est insuffisant et obsolète.

A l’étranger, la presse du « tiers monde » justement, commente avec un mélange d’amusement et d’étonnement l’ampleur de la panne survenue dans la plus grande puissance de la planète. Car de l’Afrique de l’ouest à l’Inde en passant par l’Égypte et bien d’autres pays encore, on est habitué aux coupures de courant intempestives et cela ne fait pas nécessairement les gros titres de la presse internationale. La presse américaine s’interroge gravement sur le retard technologique de la première puissance de la planète. Le Herald Tribune se demande si des coupures d’électricité d’une telle ampleur seraient susceptibles de se produire en Europe pour conclure qu’on ne peut pas écarter cette hypothèse, mais que globalement, les équipements européens sont à la fois plus modernes, plus adaptés et mieux intégrés régionalement, y compris à travers les frontières, pour faire face aux surplus temporaires de la demande.

Les Américains se remémorent les précédentes méga-pannes d’électricité qui ont affecté New York en 1965 et 1977, ou la Californie en 1996. Le président Bush lui-même n’a pas hésité à aller dans le même sens : ces coupures d’électricité, les plus sévères jamais enregistrées aux États-Unis sont un «signal d’alarme qui nous indique que nous devons moderniser le réseau de distribution de l’électricité, et faire que les systèmes de production électrique soient doublés de façon que s’il y a des coupures comme cela s’est produit dans l’histoire, cela n’affecte pas autant de gens que par le passé».

Le président Bush, qui est aussi candidat à sa réélection l’an prochain, ne peut ignorer que le gouverneur démocrate de Californie Davis s’est vu vivement reprocher les coupures à répétition du réseau électrique en 1996 et que ces incidents, qui ont affecté de larges secteurs de la population californienne, sont souvent cités comme des exemples de sa «mauvaise gestion», ce qui lui vaut aujourd’hui d’être rappelé par anticipation devant les électeurs.

Services publics à l’abandon

D’une façon générale, les infrastructures collectives sont le point faible des États-Unis. Chemins de fer, réseau routier, enseignement, santé, service postal et distribution électrique sont négligés et le service public dans se domaine ne se compare en rien à ce à quoi sont habitués les Européens. Cela tient largement à ce que lorsqu’elles relèvent du secteur public, ces infrastructures sont mal entretenues et ne bénéficient pas de la maintenance nécessaire faute des moyens financiers qui seraient nécessaire. Or, le mouvement de baisse des impôts amorcé depuis vingt ans a privé ces services des ressources qui leur auraient permis de se renouveler. Il est vrai que dans la plupart des cas, les financements relèvent non de l’État fédéral, mais des États fédérés. Il n’empêche que la diminution d’impôts que le président Bush vient de faire voter au Congrès ne donne pas précisément le signal que le l’État est prêt à assumer ses charges en ce qui concerne les infrastructures collectives qui ne concernent pas directement la défense, les prisons ou la police.

Lorsque ces infrastructures sont privatisées, ce qui est le cas du téléphone et de l’électricité, les compagnies sont placées en situation de concurrence, et le double souci de conserver des parts de marché sans sacrifier les profits exigés par leurs actionnaires les amène à différer les investissements ou les opérations de maintenance qui auraient permis au secteur électrique de conserver le potentiel de production suffisant pour faire face aux pointes de consommation.

Cependant, à plusieurs reprises depuis sont arrivée à la Maison Blanche, George Bush, marqué par une culture économique libérale fondée sur le laisser-faire, a démontré qu’il pouvait parfaitement se montrer dirigiste, interventionniste et protectionniste lorsqu’il estimait que la situation l’exigeait. Son instinct politique lui souffle sûrement que dans le domaine de la production électrique, ses électeurs ne lui pardonneraient sans doute pas de s’en remettre purement et simplement à l’initiative privée. Mais si Bush veut moderniser les infrastructures sans augmenter les impôts, il va lui falloir recourir à l’emprunt. Or, les États-Unis sont déjà très endettés…

WASHINGTON. LE DÉPARTEMENT D'ÉTAT A FERMÉ LES BUREAUX DU CONSEIL  DE RESISTANCE IRANIENNE.I

Le département d’État a ordonné vendredi la fermeture des bureaux du Conseil national de la résistance iranienne, émanation des Moudjahidine du Peuple iraniens.

Un décret signé Colin Powell, le secrétaire d’État américain, paru au Journal officiel daté de vendredi, a ordonné la fermeture des deux bureaux américains du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), le gel de leurs avoirs aux États-Unis (environ, 100 000 dollars) et l’inscription du CNRI sur la liste des organisations soutenant le terrorisme.

La raison invoquée à l’appui de cette décision est que le CNRI n’est qu’un paravent pour l’Organisation des Moudhjahidine du Peuple iranien (OMPI) que dirigent Massoud et Maryam Radjavi, classée par les États-Unis depuis plusieurs années sur la liste des organisations terroristes. Cette péripétie est le dernier en date d’une série de coups durs pour l’opposition armée au régime de Téhéran. En avril dernier, lors des opérations militaires américaines en Irak, la base militaire des Moudjahidine située à la frontière de l’Iran avait été attaquée par les forces américaines avant la conclusion d’un cessez-le-feu suivi d’un accord de désarmement.

Ce cafouillage initial reflétait les profondes divisions au sein de l’administration américaine entre ceux qui considéraient qu’il était hors de question de laisser intacte cette armée d’opposants iraniens, financée et équipée par le régime de Saddam Hussein et qui figurait au surplus sur la liste des organisations terroristes dressée annuellement par le département d’État, et ceux qui songeaient déjà à utiliser ce moyen de pression pour affaiblir le régime iranien.

En fin de compte, au terme d’un intense débat interne à l’administration Bush, ce sont les premiers qui ont prévalu et les moudjahidine ont été désarmés, mais dans l’honneur. Ce qui n’a pas été sans susciter un certain malaise au sein d’une administration dont le leitmotiv est: «On ne discute pas avec les terroristes». Affaiblis militairement, les moudjahidine conservaient leur structure politique.

Privés de la protection du régime de Saddam Hussein, nombre de ses cadres, à commencer par la présidente du mouvement Maryam Radjavi, se sont repliés sur l’Europe, en particulier la France où se trouve le siège mondial du CNRI, l’organisation politique de l’OMPI. Mais à la mi-juin, nouveau coup dur: sur une réquisition du juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière, la DST investit et perquisitionne les locaux des moudjahidine à Auvers-sur-Oise et arrête 150 personnes, dont Maryam Radjavi. La vigueur des protestations (plusieurs manifestants s’immolent par le feu, d’autres entament une grève de la faim, et la minceur des preuves trouvées sur les lieux amènent les juges à les relâcher. Mais l’action politique de l’OMPI (et du CNRI) s’en trouve sérieusement handicapée.

Bien entendu, le gouvernement iranien applaudit à cette opération, entraînant le soupçon d’une action plus politique que judiciaire destinée à satisfaire Téhéran. Mais à Washington, les autorités félicitent également Paris pour cette action contre le terrorisme. La police française affirme en effet que les moudjahidine préparaient des attentats contre des intérêts iraniens en Europe. C’est aujourd’hui la même argumentation qu’avancent les autorités américaines. Selon le porte-parole du Département d’État Tom Casey, la décision de vendredi étaient «fondée sur des informations provenant de diverses sources indiquant que [le CNRI] faisait partie de l’OMPI et avait soutenu les actions terroristes de l’OMPI».

La décision du gouvernement américain ne manquera pas de provoquer de vives réactions politiques, dans la mesure où le CNRI avait pignon sur rue, à proximité immédiate de la Maison Blanche, et avait mené au fil des années une très efficace action de lobbying auprès des parlementaires américains. Le CNRI tenait régulièrement des conférences de presse dénonçant la volonté de Téhéran de se doter d’armes de destructions massives à travers son programme nucléaire civil, et les documents des moudjahidine étaient souvent repris tels quels par des sénateurs ou députés influents, notamment au sein de l’aile la plus conservatrice des partis démocrates et républicains. Comme on, l’a vu précédemment, certains néo-conservateurs, au Pentagone et à la Maison Blanche, ont un temps envisagé de les utiliser contre l’Iran. George W. Bush a donc arbitré autrement.

Aujourd’hui, les partisans du mouvement du couple Radjavi dénoncent ce geste en direction de Téhéran et font observer que Washington demande, jusqu’à présent en vain, que l’Iran lui livre les dirigeants d’Al-Qaïda qu’il affirme détenir. Dans cette optique, la fermeture des bureaux du CNRI serait une bonne manière qui, du moins l’espère-t-on à Washington, pourrait amener Téhéran à revoir sa position.

 

CÔTE D'IVOIRE

Le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, a publié le 13 août son premier rapport sur la Mission des Nations unies en Côte d’Ivoire (Minuci) créée le 13 mai dernier. Forte de 26 officiers de liaison auxquels devraient prochainement s’ajouter une cinquantaine d’éléments supplémentaires, la Minuci est déployée sur l’ensemble du territoire ivoirien pour évaluer la mise en œuvre des accords de Marcoussis par le gouvernement de réconciliation nationale, mais aussi la situation en matière de sécurité et de situation humanitaire. Concernant les progrès dans l’application de la feuille de route de Marcoussis, l’appréciation de Kofi Annan est «mitigée». Elle est alarmante en revanche en ce qui concerne la sécurité physique et alimentaire des populations, en particulier dans le nord et l’ouest du pays.

PARIS. LA FRANCE A CONNU UN ÉTÉ MEURTRIER.

La canicule de cette première quinzaine d’août en France aurait fait entre 1 500 et 3 000 morts, dû directement ou indirectement à la chaleur. Le gouvernement réagit à la polémique sur son attitude face à la canicule. Il a annoncé un plan d’urgence qui permet de mobiliser de nouveaux moyens humains et matériels pour faire face à l’urgence de la situation.

En France, les températures très élevées de ces derniers jours auraient coûté la vie à 3 000 personnes pour l’ensemble de la France, selon la Direction générale de la Santé. Les pouvoirs publics semblent, après plusieurs jours de flottement, avoir pris la mesure de l’exceptionnelle crise sanitaire. Accusé par les professionnels et l’opposition d’avoir manqué de réactivité face à cette canicule meurtrière, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin est revenu à Paris pour présider, jeudi 14 août, une réunion à Matignon en présence du ministre de la Santé, Jean-François Mattei, du secrétaire d’Etat aux Personnes âgées, Hubert Falco, du Directeur général de la santé, Lucien Abenhaim et du Président des urgentistes hospitaliers Patrick Pelloux.

Très contesté dans sa gestion de la crise, le ministre de la Santé change désormais de vocabulaire après avoir un premier temps minimisé la situation. A l’issue de cette réunion consacrée aux effets de la canicule, Jean-François Mattei a parlé «d’une véritable épidémie, le taux de mortalité est supérieur de 30 à 50% à celui de la période correspondante de 2002». Le ministre de la Santé a par ailleurs revu à la baisse le bilan donné par la Direction générale de la Santé «le chiffre global qui est le fruit d’une estimation raisonnable, est entre 1 500 et 3 000 victimes».

Principale décision de cette réunion: après l'île-de-France, d'autres régions devraient bénéficier bientôt du «Plan blanc» visant à mieux lutter contre les effets meurtriers de la canicule sur les personnes âgées. Le Premier ministre a autorisé les préfets à déclencher dans les autres départements «en fonction des besoins locaux» ce plan d’urgence qui prévoit le rappel de personnels de santé en congé et surtout la libération de lits d'hôpitaux par le report des opérations non-urgentes. Mille places sont ainsi disponibles en cas de besoin ces trois prochains jours. De son côté, la Croix-Rouge a mis en place un dispositif d’urgence qui prévoit la mobilisation de 500 secouristes.

Malgré la baisse des températures constatée depuis jeudi sur la moitié nord de la France, les médecins soulignent que la crise n’est pas terminée puisque des victimes sont toujours hospitalisées. Ils redoutent également l’admission de nouveaux patients durant le long week-end férié du 15 août. Le président de l'Association des médecins urgentistes hospitaliers de France (Amuhf) Patrick Pelloux qui est le premier, le week-end dernier, à avoir lancé un appel aux responsables politiques, est très clair sur ce point: «Même si la canicule s’éloigne de l’Hexagone. Cette baisse de température ne signifie pas que tout est réglé sur le plan sanitaire».

Si la situation s’arrange du côté des hôpitaux, c’est loin d’être le cas du côté des pompes funèbres et des chambres funéraires surchargées en région parisienne. Les températures exceptionnellement élevées ajoutées à la pollution à l'ozone affaiblissent les personnes âgées déjà gravement malades du coeur ou souffrant de maladie liée à la vieillesse. Les demandes d’inhumations ont explosé: 90% des décès sont des personnes âgées. Les pouvoirs publics semblent avoir pris la mesure de la situation. A l’issue de la réunion de Matignon, deux solutions ont finalement été retenues. A Paris, Lyon, Bordeaux, Strasbourg et Toulouse, ainsi dans d’autres villes de province, des dispositions exceptionnelles ont été prises pour conserver les corps des défunts. Parmi ces mesures: les horaires des cimetières ont été étendus pour accélérer les inhumations, qui pourront exceptionnellement se dérouler pendant le week-end du 15 août. Une antenne de 200 places supplémentaires a également été ouverte au Fort des Bruyères à Villejuif (Val-de-Marne) et des conteneurs funéraires militaires vont être réquisitionnés.

La canicule qui a provoqué la mort de plusiers milliers de personnes en France depuis le début du mois d’août, n’a pas entraîné un bilan aussi lourd dans les autres pays d’Europe, pourtant victimes de la même vague de chaleur. Ainsi, les autorités sanitaires d’Allemagne, de Suisse et de Belgique où les températures ont flirté avec les 40 degrés, n’ont enregistré aucune vague de décès due à la chaleur. De son côté, l’Italie, qui a battu des records absolus dans le nord et le centre, a signalé une hausse significative de la mortalité par rapport à l’an dernier dans le nord du pays essentiellement. En effet, 60 décès ont été signalés ces derniers jours entre Milan, Turin et Bologne. Et alors que le mercure a parfois franchi la barre des 47,3 degrés celsius, les Portugais habitués aux fortes chaleurs ont mieux résisté aux températures élevées. C’est également le cas de l’Espagne où les autorités ne font état que d’une trentaine de morts.

IDI AMIN DADA EST MORT

Idi Amin Dada est mort ce samedi à l'hôpital du roi Fayçal de Djeddah, en Arabie saoudite. A près de quatre-vingts ans –il est né «vers» 1925–, «Big Daddy» était suivi pour hypertension et «fatigue générale», avant de tomber dans le coma à la mi-juillet. L’ancien champion de boxe a livré son dernier combat dans l’exil doré saoudien où il a trouvé refuge au début des années quatre-vingt-dix. Auparavant, le «président à vie» était en Libye, où il s’était enfui après l’écrasement de sa dictature sanguinaire par la Tanzanie de Julius Nyerere, le 11 avril 1979. Huit ans plus tôt, Idi Amin avait renversé le président socialisant Milton Obote, à la grande satisfaction de Londres, Washington et même Tel Aviv. Mais plus tard, le tyran ubuesque, sorti des rangs de l’armée coloniale britannique, avait épousé la cause palestinienne, financièrement dotée par la Libye et l’Arabie saoudite. De l’opération Entebbe à l’expulsion des Indiens d’Ouganda, Idi Amin a régné par le meurtre et aujourd’hui, Kampala répugne au retour de sa dépouille.

«Je suis un soldat professionnel», plaidait Idi Amin Dada sous les lustres de Buckingham Palace où la reine recevait à dîner son invité incongru en 1972. L’année précédente, au lendemain de son coup d’État, Londres accueillait déjà en hôte officiel le nouveau patron de la «Perle africaine», qui fut son protectorat en 1894. L’idylle serait de courte durée avec l’ancien lieutenant des King’s African Rifles (KAR), les troupes royales d’Afrique. Pourtant, illettré, costaud et obéissant, Idi Amin Dada semblait avoir tout pour plaire, depuis son entrée dans l’armée coloniale par la petite porte des cuisines, en 1946. C’était sans compter avec les frustrations profondes d’un petit garçon du nord ougandais, abandonné par son père et emmené par sa mère, partie chercher fortune dans les baraquement militaire de Jinja, à une soixantaine de kilomètres au nord de Kampala. Né dans l’ancienne province du Nil occidental d’un père kakwa et d’une mère lugbara (des communautés à cheval sur la frontière avec le Soudan), Idi Amin Dada s’était déclaré musulman aux sergents recruteurs coloniaux qui l’ont enrôlé comme Nubien, la catégorie d’usage à l’époque.

Idi Amin n’a jamais vraiment appris à écrire. Il déchiffre à grand peine. En revanche, dans les KAR, il s’est initié à la boxe et au rugby. Il a conservé son titre de champion des poids lourds d’Ouganda de 1951 à 1961 et le rugby, où il était un ailier redoutable, lui a fait apprécier l’Ecosse, ses ballades ou ses chansons de troupes. Plus tard, il dictera tous ses ordres oralement, voire sur la radio nationale, et il fera porter le kilt à certains de ses soldats. «J’aime les Écossais parce que ce sont les meilleurs soldats britanniques et qu’ils ne font pas de discrimination», dira-t-il. Mais dans les années cinquante, son physique avantageux lui vaut surtout d’incorporer les forces coloniales engagées dans la répression de la rébellion Mau Mau au Kenya (1952 – 1956). Pour prévenir l’embrasement, les KAR pratiquent une stratégie de la terreur dans les populations civiles. Certains de ses biographes estiment aujourd’hui qu’Idi Amin a «aiguisé ses dents d’assassin au Kenya». A l’époque, Londres lui avait en tout cas accordé des galons de sergent en 1955. Et en 1961, Idi Amin a été l’un des deux premiers Ougandais à accéder au grade de lieutenant. Après 1962, l’indépendance le verra grimper encore jusqu’au grade de chef d’état-major du premier président Milton Obote, un Nordiste comme lui.

Sa vie durant, Idi Amin a nourri la plus grande aversion à l’encontre des militaires formés dans les écoles de guerre. Pour sa part, Obote a tiré profit de la concurrence pour s’assurer le contrôle de l’armée. Quand il envoie un contingent au Congo, au milieu des années soixante, pour aider Mobutu et Tshombe à venir à bout de la rébellion muleliste, Obote conseille à ses hommes de se payer en or et en ivoire congolais. Idi Amin se sert au mieux et retient la leçon. «Un chien qui a la bouche pleine ne peut pas mordre»: ce disant, Idi Amin Dada ne plaisante pas. Mais début 1971, le torchon brûle entre le chef d’état-major et Milton Obote qui le soupçonne non sans raison de mijoter un mauvais coup. Accusé de détournement du trésor militaire, mais aussi d’un jeu trouble dans les caserne, Idi Amin se précipite dans le bureau présidentiel et jette plusieurs pistolets sur la table d’Obote en lui suggérant de le tuer. Finalement, c’est lui qui tirera le premier, le 25 janvier 1971, alors que le président Obote participe à la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement du Commonwealth, à Singapour.

Du Mossad à l'OLP

La Grande Bretagne; les États-Unis et Israël reconnaissent immédiatement le pouvoir d’Idi Amin tandis que du côté des Africains, la Tanzanie, le Kenya ou la Zambie font grise mine. A Kampala, Idi Amin lance des purges sanglantes contre les troupes acholi et langi qui constituent l’ossature de l’armée. Il place les siens comme autant de seigneurs de la guerre dans les garnisons qui quadrillent le pays et rebaptise «poste de commandement» le siège du gouvernement. C’est d’ailleurs l’Ouganda tout entier qu’il entreprend de gérer comme un immense camp militaire. Au passage, il coupe les têtes qu’il ne juge pas ethniquement fiables, mais aussi celles qui pensent. Après les ministres et les officiers d’Obote, c’est au tour des intellectuels, des fonctionnaires ou des gens d’églises. Idi Amin voue aux gémonies ceux qui ont étudié. C’est ainsi par exemple qu’un ancien opérateur téléphonique se verra confier le commandement de l’armée de l’air. Mais Idi Amin ne dort jamais tranquille. Il passe ses jours à alimenter une compétition mortelle dans l’armée et, plus largement, à jouer des rivalités ethniques. Il dépense aussi beaucoup en matériel de défense. Et dès 1972, quand la dette à l’égard de ses conseillers israéliens dépasse les bornes, il les renvoie, rompt ses relations diplomatiques avec Israël et change de camp.

Idi Amin s’était auto attribué la Croix de la Victoire et la médaille de «conquérant de l’Empire britannique». Il se proclame nationaliste et pro-arabe et se redécouvre musulman. Il noue des liens financiers et militaire avec le général Kadhafi et projette la construction d’une mosquée géante à Kampala Hill. La majorité chrétienne en fera les frais tant que régnera Idi Amin. Ses pairs africains lui ayant concédé la présidence de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1975, il sera pourtant reçu par le pape Paul VI en septembre. Cela ne l’empêchera pas en 1977, d’assassiner de ses mains l’archevêque Janan Luwum, officiellement tué, comme beaucoup d’autres, dans un «accident de voiture». En septembre 1972, c’est la communauté asiatique qui tombe dans le collimateur présidentiel. Elle tient l’économie ougandaise. Idi Amin expulse plusieurs dizaine de milliers d’Indiens et de Pakistanais (entre 50 000 et 70 000), sans autre forme de procès ou d’indemnités. La mesure est populaire, mais les biens confisqués tombent aux mains des militaires qui les dilapident rapidement. L’Ouganda est en faillite. Pour pressurer plus efficacement ce qui reste de culture de rente (le café en particulier) et mettre au pas les anciens colons (britanniques en majorité), Idi Amin recrute un mercenaire britannique, Bob Astles. Dans tous les milieux, les disparitions se multiplient. Les centres de torture et de mise à mort aussi. L’armée voit ses effectifs multipliés par deux (jusqu’à 21 000 hommes en 1977), Idi Amin prend les galons de maréchal en 1975 et se déclare président à vie l’année suivante.

En juillet 1976, avec l’accord d’Idi Amin, des terroristes palestiniens détournent un avion d’Air France de Tel Aviv sur Entebbe, l’aéroport de la capitale ougandaise. Ils exigent la libération de prisonniers palestiniens en échange de la vie d’une centaine de passagers otages. Le 4 juillet, un commando israélien largué sur Entebbe infligera un camouflet au maréchal Idi Amin qui se vengera sur le personnel civil de l’aéroport. Fréquenter Idi Amin Dada devient de plus en plus risqué. Et cela, pas seulement pour des raisons diplomatiques avec le boycott sans effet décrété par Washington en juillet 1978, mais surtout parce que les allées du pouvoir sont minées. Les humeurs d’Idi Amin sont changeantes et il règne de plus en plus par le vide. Obote a fait une tentative de retour en force ratée au milieu des années soixante-dix. De son côté, pour recomposer une armée sans cesse purgée et décapitée, Idi Amin a recruté dans l’ex Zaïre, au Rwanda et au Soudan. En octobre 1978, pour faire diversion à la pagaille intérieure, Idi Amin Dada envoie ses bataillons Suicide et Simba («lion» en kiswahili) de l’autre côté de la frontière tanzanienne où a été accueilli Milton Obote. Il occupe un triangle de 1800 kilomètres carrés au nord de la rivièreb Kagera. C’est le casus belli qu’attend le président tanzanien Julius Nyerere. Ce dernier forme une armée de 45 000 hommes dont un millier d’opposant ougandais parmi lesquels l’actuel président Yoweri Museveni (qui renversera à son tour Milton Obote en 1986).

A la mi-mars 1979, un millier d’hommes de l’Organisation pour la libération de la Palestine (OLP) rejoignent quelque 2000 soldats libyens réunis par Muammar Kadhafi pour prêter main forte au dictateur qui vacille. Mais les soldats ougandais sont trop occupés à piller pour combattre. Les troupes tanzaniennes prennent Kampala le 11 avril 1979. Amin s’est envolé à Tripoli. Plusieurs milliers de ses soldats se réfugient au Soudan et au Congo Kinshasa. C’est un pays exsangue qui sort des mains brutales d’Idi Amin Dada. L’Ouganda n’est plus que ruines. Celui qui suggérait de «faire la quête pour la pauvre Elisabeth II» ne fait plus rire personne depuis longtemps. Même le souvenir de ses frasques de soudard en bordée fait encore peur. La deuxième madame Amin, Kay fut retrouvée atrocement démembrée un jour de 1974, dans la voiture de son nouvel époux, lui-même assassiné. Divorcées d’Idi Amin comme Kay, plusieurs autres femmes ont sagement pris la fuite au quatre coins du monde. Une demi douzaine de co-épouses et une trentaine d’enfants l’ont en revanche suivi en exil jusque sur la côte de la mer Rouge où le tyran domestique et jadis national bénéficie d’une opulente résidence et d’un défraiement mensuel consistant. L’une d’entre elles, la «favorite» et prévoyante Nalongo Madina Amin a déjà contacté les autorités ougandaises pour savoir si l’ancien dictateur pourra «être rapatrié pour être décemment enterré». Kampala se fait prier pour répondre à cet ultime souhait. De son vivant, Idi Amin Dada reste promis à la justice pour les dizaines de milliers de compatriotes morts sous sa brutale férule –selon les sources, entre 200 000 et 400 000 Ougandais auraient péri pendant son règne.

 

JUILLET 2003

PARIS. JACQUES CHIRAC ET SON INTERVENTION DU 14 JUILLET.

L’entretien du président de la République avec des journalistes le 14 juillet est devenu un moment fort de la vie politique depuis près de 20 ans. Cet entretien désormais rituel du 14 juillet est l’occasion d’annonces programmatiques. En quelque sorte, c’est le discours de politique générale du chef de l’État attendu par la classe politique et soigneusement préparé par les journalistes de télévision choisis pour l’interview, Patrick Poivre d’Arvor (TF1) et David Pujadas (France2). En règle générale –et cette année n’a pas fait exception à la règle– les interlocuteurs du président se montrent peu pugnaces sur les sujets qui fâchent et laissent ce dernier développer longuement sa pensée sans interruption et sans relancer les questions lorsqu’elles sont restées sans réponse. Du reste, Jacques Chirac s’est permis en fin d’entretien de leur administrer courtoisement une leçon de journalisme en notant qu’ils avaient omis de l’interroger sur les suites données aux trois priorités qu’il avait définies le 14 juillet 2002, à savoir la sécurité routière, la lutte contre le cancer, et la situation des handicapés. Voici les principaux points abordés.

Les tensions sociales

Pour le chef de l’État, la réforme des retraites a été l’occasion «pour la première fois d’un dialogue et d’une négociation». Invoquant à plusieurs reprises «l’esprit gaulois», le «tempérament français», la «caractéristique de notre pays» marquée par la victoire de l’affrontement sur le dialogue pour expliquer la résistance aux réformes de son gouvernement, Jacques Chirac n’a pas voulu en faire porter la responsabilité aux syndicats, mais a appelé les Français au «mouvement, à l’ouverture d’esprit, l’adaptation au monde tel qu’il évolue». Il estime par ailleurs à propos de l’assurance maladie qu’il ne s’agit «pas de la réformer mais de la maintenir» et souhaite qu’il soit donné à tous les Français les moyens de «pouvoir souscrire une couverture maladie complémentaire».

Les intermittents du spectacle

Le président de la République a regretté «l’épouvantable gâchis artistique, humain et économique» que constitue l’annulation des festivals d’été et a annoncé une aide à la création culturelle. Tout en notant que les 650 artistes et créateurs qui lui ont adressé une lettre ouverte notent que la France a obtenu de l’Europe le maintien de l’exception culturelle, il a annoncé la mise en place avant le premier janvier d’un «système d’aide à la création culturelle qui vise à régler le problème des intermittents». Il n’envisage pas le retrait de la réforme décidée non par l’État mais «par les partenaires sociaux». Toutefois, il a promis d’engager une lutte contre les abus de l’utilisation par certaines entreprises de spectacle et de l’audiovisuel du statut d’intermittents du spectacle qui «ont sciemment détourné ce système à leur profit. Le résultat, c’est qu’il y avait un déficit considérable payé par les cotisations des salariés et des entreprises à l’Unedic [assurance chômage]».

La Corse

«La violence est sans issue. Les Corses ont droit, comme tous les Français, à la paix civile». Le président a pris acte de la victoire du non au référendum mais a dédramatisé le résultat en affirmant qu’«on ne peut pas dire qu’on va consulter et politiser la réponse».

La grâce de José Bové

«Les militants syndicaux sont des Français comme les autres et ne doivent pas s’imaginer que cette vocation leur donne le droit d’enfreindre la loi». Il a refusé de commenter la grâce accordée à José Bové, se contentant d’observer qu’il l’avait exercé «en conscience, après réflexion et sans aucune pression d’aucune sorte».

La situation économique

Jacques Chirac souhaite que les ministres de la zone euro «examinent ensemble les modalités provisoires d’assouplissement» du Pacte de stabilité qui soient «cohérentes avec l’impératif de stabilité et permettent de ne pas diminuer la croissance». Le président a par ailleurs souhaité que le gouvernbement continue de baisser les impôts.

Le gouvernement

Interrogé sur les performances de Jean-Pierre Raffarin, Jacques Chirac a répondu qu’au cours de sa longue carrière politique, il avait connu de nombreux Premiers ministres et qu’il est «particulièrement heureux de ce gouvernement» qui doit faire face à une période difficile sur le plan économique. Enfin, alors qu’on lui demandait si avec les enseignants, Luc Ferry avait su mener le dialogue que préconisait le chef de l’État, ce dernier a répondu après un temps de silence : «C’était un autre temps et tout le monde lui reconnaît un grand mérite, mais aujourd’hui il faut naturellement…». Jacques Chirac avait entendu «Jules Ferry». Réalisant sa méprise, les deux journalistes insistent : «Luc Ferry». Sans se démonter, Jacques Chirac reprend : «c’est un homme de dialogue…»

 

PARIS. LA FRANCE ACCUEILLE LES SCIENTIFIQUES.

 La deuxième Conférence internationale sur le sida se tiendra du 13 au 16 juillet à Paris. Réunion avant tout scientifique et médicale à laquelle doivent participer plus de 5000 scientifiques du Nord et du Sud, elle devrait aussi permettre d’aborder les questions sociales et économiques liées à cette maladie. Nelson Mandela, l’ancien président sud-africain, y est d’ailleurs attendu pour parler des «défis de la gestion du sida» dans son pays qui regroupe le plus grand nombre de malades au monde.

Vingt ans après la découverte du virus du sida, la recherche a fait de nombreux progrès. L’utilisation des anti-rétroviraux et des trithérapies a notamment permis d’améliorer la prise en charge des malades du sida. En l’absence d’un vaccin, à la mise au point duquel travaillent de nombreuses équipes dans le monde, ces traitements constituent des avancées majeures. Ils ont permis de faire reculer de près de 40 % la mortalité des malades qui y ont accès essentiellement en Amérique et en Europe.

Mais c’est bien là que le bât blesse : les avancées ne profitent pas à tout le monde de la même manière. En Afrique, oů se trouvent près de 30 millions de séropositifs, seuls quelque 50 000 personnes ont accès aux traitements. Dans un contexte marqué depuis deux ans par une mobilisation en faveur des malades des pays du Sud, de nombreuses négociations ont été engagées entre les Etats et les compagnies pharmaceutiques pour baisser le prix des médicaments. Elles ont abouti dans un certain nombre de cas à des accords concernant des molécules livrées avec des réductions de prix allant jusqu’à 90 %. Cette tendance est encourageante mais les résultats restent très insuffisants au regard des besoins. Et surtout, les réductions de prix ne permettent pas de surmonter tous les obstacles à la distribution des traitements en raison notamment des déficiences des systèmes de santé et du manque de personnels médicaux qualifiés dans les pays concernés.

D’autre part un obstacle de taille demeure. La négociation engagée à l’Organisation mondiale du Commerce pour permettre l’utilisation sans contrainte par les pays pauvres en situation d’urgence sanitaire (exportation, importation) des médicaments génériques antisida (copies beaucoup moins coűteuses des spécialités sous brevet), n’a toujours pas abouti. Les Etats-Unis s’opposent à un accord global, qui lèserait selon eux les intérêts des laboratoires et tentent de promouvoir des accords au cas par cas.

Dans le droit fil de cette position, le président américain George W. Bush, qui a fait une tournée dans cinq pays africains du 8 au 12 juillet au cours de laquelle le sida était à l’ordre du jour, a annoncé le déblocage de 15 milliards de dollars sur cinq ans pour financer les traitements et la prévention (préservatif et abstinence) contre le virus dans les pays d’Afrique et des Caraďbes. A l’exception d’un milliard par an pour le Fonds mondial contre le sida, le paludisme et la tuberculose, ces sommes seront alloués directement à des programmes menés dans les pays. Fort de cet effort significatif destiné à montrer l’engagement des Etats-Unis face au fléau du sida, George W. Bush a aussi mis au défi les Européens de faire la même chose à l’occasion du G8 d’Evian au début du mois de juin 2003. Malgré les appels à la générosité de la France (qui a promis 150 millions d’euros) et de la Grande-Bretagne, les dirigeants de l’Union européenne ont finalement renoncé à s’engager à hauteur d’un milliard d’euros par an en faveur du Fonds mondial comme cela avait été envisagé.

La participation financière des bailleurs de fonds internationaux est plus que jamais au coeur de la problématique de la lutte contre le sida. Malgré une augmentation très importante des dépenses qui ont été multipliées par neuf depuis 1996 pour atteindre 4,7 milliards de dollars, les fonds disponibles sont largement insuffisants. L’ONUSIDA estime que 10,5 milliards au moins sont nécessaires dès 2005 et près de 15 milliards à partir de 2007 pour appuyer la diffusion des traitements et les programmes de prévention. D’énormes efforts doivent en effet être faits à ce dernier niveau. Une étude récente réalisée par le Groupe de travail mondial sur la prévention du VIH a montré que moins d’une personne sur cinq exposées au risque d’infection par le virus a accès à des programmes de prévention, dont un financement adéquat pourrait pourtant éviter plusieurs dizaines de millions de contaminations d’ici 2010.

Dans un tel contexte, la conférence des donateurs du Fonds mondial contre le sida, le paludisme et la tuberculose qui doit se tenir à Paris dans la foulée de la deuxième Conférence internationale sur le sida (16 juillet) à l’invitation du président français, est importante. Elle a pour objectif de pérenniser le financement de cette institution multilatérale qui, un an et demi après sa création, connaît déjà des difficultés et n’a pas à sa disposition des sommes suffisantes pour continuer son action dans les deux prochaines années. Le Fonds dispose de 3,4 milliards de dollars de promesses de dons mais a besoin de 4 milliards supplémentaires. Le ministre français délégué à la Francophonie et à la Coopération a ainsi estimé à la suite du dernier conseil d’administration du Fonds à Genève, au mois de juin : «Cette conférence du 16 juillet est une occasion pour la communauté internationale, les pays riches, les organisations financières et les autres partenaires-de prendre des engagements pour une durée telle que le Fonds sache qu’en 2004, en 2005, il puisse être sűr de dépenser tel volume d’argent».

IRAK. DES MILITAIRESÇAIS ATTENDUS EN IRAK.

Changement de ton à Washington oů les autorités demandent à la France d’être présente militairement en Irak. Pour l’heure, Paris se fait désirer. Mais pour combien de temps ?

Au lendemain de la victoire militaire anglo-américaine en Irak, l’administration Bush ne voulait pas entendre parler d’un «rôle central» de l’Onu en Irak. Certes, George Bush avait concédé un «rôle vital» à l’organisation internationale pour faire plaisir à Tony Blair, mais sur un plan pratique, tous les pouvoirs étaient dévolus à l’administrateur civil américain qui rendait compte à Donald Rumsfeld, le secrétaire la Défense. A ceux qui suggéraient au secrétaire d’État Colin Powell, pourtant une «colombe», qu’il serait peut-être de bonne politique de laisser quelque rôle dans la reconstruction de l’Irak aux pays qui n’avaient pas soutenu la guerre et à leurs entreprises, Powell répondait sèchement que puisque les alliés avaient versé le sang et pris les risques, il était juste qu’ils en tirent les bénéfices.

Parallèlement, la presse américaine et les parlementaires se déchaînaient contre les Français et les Allemands qui faisaient figure de perdants aux cotés de Saddam Hussein. Sénateurs et congressmen débattaient des sanctions à prendre contre cette France arrogante qui avait tenté de rallier le monde entier contre Washington. Afin que nul n’en ignore, la buvette du Capitole avait rebaptisé sur son menu les French fries (frites, dites françaises) en freedom fries (frites de la liberté). C’était il y a trois mois.

Mercredi, changement radical de ton au Sénat, oů le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld est passé sur le gril par les membres de la commission de la Défense et du renseignement. Les parlementaires s’alarment de l’insécurité galopante dans un Irak prétendument pacifié, du coűt vertigineux et apparemment sans fin des opérations militaires et aimeraient beaucoup que l’administration Bush appelle les alliés de l’Otan à partager les risques et les coűts de l’occupation. Rumsfeld a beaucoup perdu de sa superbe. Il s’emmêle dans les chiffres, reste évasif. Lorsqu’on lui demande si son gouvernement a fait appel à la France et à l’Allemagne pour envoyer un contingent, il acquiesce mollement, se référant à la France et l’Allemagne en parlant de «ces deux pays». Prononcer leurs noms est encore trop douloureux pour le contempteur de la «vieille Europe».

À Paris, l’état-major se prépare discrètement depuis plusieurs semaines à dépêcher des forces spéciales et d’autres spécialistes qui pourraient être à pied d’oeuvre à l’automne. Si on le leur demande. Car la décision appartient à l’échelon politique. Jeudi, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin fait connaître sa réponse : sur deux pages d’entretien accordé au Figaro, le ministre français indique qu’une présence militaire française en Irak ne pourrait se produire que «dans le cadre d’un mandat précis» des Nations unies. Peu après, l’Allemagne fait à son tour connaître son point de vue : c’est le même.

À Paris, les autorités sont partagées entre des impératifs contradictoires. D’un côté, l’évolution de la situation en Irak valide la position prise par Paris et Berlin avant, pendant et après la guerre. Pourquoi donc se précipiter en Irak pour participer à une occupation aux buts incertains, hautement impopulaire chez les Irakiens et dans le monde arabe et perdre le capital politique accumulé en volant au secours des Américains empêtrés dans le bourbier irakien ? D’un autre côté, il n’est dans l’intérêt de personne, ni des Arabes, ni de l’Europe, que la situation en Irak évolue vers un chaos généralisé, susceptible de déstabiliser la région. D’autant que, sans faire de bruit mais efficacement, l’Onu a fait son retour sur la scène irakienne. Kofi Annan a désigné un envoyé spécial, le Brésilien Sergio Vieira de Mello, qui a accompli un travail reconnu au Kosovo et au Timor Oriental. Il s’est d’ailleurs adjoint un fin connaisseur de la région, l’ancien ministre libanais de la Culture Ghassan Salamé. En à peine un mois, Vieira de Mello a réussi à s’imposer comme un acteur clé de la reconstruction de l’Irak et l’administrateur américain Paul Bremer avec lequel il s’entretient presque chaque jour.

Pour la France, rester à l’écart du jeu trop longtemps pourrait s’avérer contre-productif, d’autant que Paris a toujours des intérêts politiques et économiques significatifs en Irak : la dette irakienne à l’égard de la France, hors intérêts, est estimée à trois milliards de dollars et le groupe pétrolier Total, bien placé du temps de Saddam Hussein, n’entend pas être évincé des contrats de l’après-Saddam. Total sera d’autant mieux placé que la France sera présente sur place au côté des Américains.

La France est donc condamnée à donner assez rapidement une réponse à ces demandes pressantes des États-Unis. Mais avant de le faire, Paris veut des garanties qu’elle s’estime, cette fois, en mesure d’obtenir.

LA FRANCE EST L'ANCIENNE ALLIÉE DE L'IRAK.

Depuis le début des années 70 jusqu’à l’invasion du Koweit par l’Irak en 1990, Paris et Bagdad ont toujours entretenu de bonnes relations. Une fois la guerre du Golfe terminée, la France même si elle avait rallié les Etats-Unis durant le conflit, s’est vivement opposée au maintien de l’embargo.

L’idylle a duré près de vingt ans. Tout commence en 1972 lorsque Jacques Chaban-Delmas, alors Premier ministre de la France invite, à Paris, Saddam Hussein, fraîchement promu figure incontournable du régime irakien. Deux ans plus tard, c’est au tour de l’homme fort de Bagdad de convier une personnalité française, Jacques Chirac, successeur de Jacques Chaban-Delmas à Matignon. A cette occasion, les deux hommes signent plusieurs contrats militaires - une soixantaine de Mirage F-1 est livrée à l’Irak en 1977 et 1979 ainsi que des missiles, des blindés et des hélicoptères …etc - mais surtout ils concluent un accord de coopération nucléaire. La France livrant peu de temps après deux réacteurs, Tamouz 1 et 2, qui vont servir à la construction de la centrale nucléaire de Tamouz-Osirak. Mais, cette dernière est détruite en juin 1981 par un bombardement israélien avant même sa mise en service.

Durant la guerre entre l’Iran et l’Irak, qui va durer huit ans, la France reste une alliée fidèle du régime irakien en continue de signer avec lui de faramineux contrats d’armement pour un montant d’au moins 10 milliards d’euros, pour notamment barrer la route aux Iraniens. La France va même jusqu’à fermer les yeux, tout comme les Etats-Unis d’ailleurs, quand les Irakiens vont utiliser des gaz chimiques prohibés contre les Iraniens. C’est alors la classe politique française, touts bords confondus, qui est complice de ces violations. Pour Paris, outre ces liens commerciaux privilégiés, il s’agit avant tout de consolider une amitié durable au Moyen-Orient avec une terre riche en pétrole.

Pendant la décennie 80, les liens ne se distordent pas. La lune de miel atteint son comble en 1986 quand Jacques Chirac, alors Premier ministre, déclare que la France est «l’amie et l’alliée de l’Irak» et en juillet 1990, lorsque Paris signe un accord permettant le rééchelonnement de la dette irakienne. Mais c’était compter sans l’invasion du Koweit, quelques semaines plus tard, par le régime de Bagdad. Les anciens amis français de Saddam Hussein le lâchent tous, à l’exception de Jean-Marie Le Pen qui lui rend visite à Bagdad et de Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de la Défense, qui démissionne de son poste et qui se rend également sur place pour saluer celui qu’il qualifiera de «dirigeant courageux et aimé».

Concomitamment, Paris se rallie à Washington et participe à l’opération alliée Tempête du Désert en bombardant l’Irak et en envoyant des militaires pour participer à l’offensive terrestre. Bien que s’étant placée aux côtés des Américains pendant la guerre du Golfe, la France s’oppose vivement, après la fin du conflit, à la poursuite de l’embargo sur le pétrole irakien. Elle ira même jusqu’à faire pression, en 1996, aux Nations unies, pour que son ancienne alliée puisse vendre son pétrole contre de la nourriture, bien utile pour une population affamée, depuis la mise en place d’un embargo drastique. La France continuant ainsi d’adopter une position médiane, pour préserver notamment ses intérêts économiques.

Aujourd’hui, toute la classe politique se positionne derrière Jacques Chirac qui a clairement exposé la position de la France : si toutefois il doit y avoir un recours à la force, il devra être décidé uniquement par le Conseil de sécurité de l’Onu et non pas unilatéralement par les Etats-Unis.

 

IRAK. AMÉRICAINS ET BRITANNIQUES À QUELQUES PAS DE BAGDAD.

Atteindre Bagdad le plus vite possible, c'est le but des soldats américains et britanniques selon Tony Blair.

Lundi après midi, le Premier ministre britannique, Tony Blair a indiqué le «but essentiel» : atteindre Bagdad «le plus vite possible en accélérant ainsi la fin du régime». Il a toutefois reconnu que la coalition rencontrait des «poches de résistance». A la télévision irakienne, Saddam Hussein promet l’enlisement à la coalition adverse. Des combats se poursuivent au Sud et l’aviation américano-britannique pilonne le nord du pays.

Bagdad et ses environs ont subi de nouveaux raids aériens lundi après-midi et lundi soir. Selon le Premier Ministre britannique, Tony Blair, les blindés de l’avant-garde américano-britannique sont à une centaine de kilomètres de Bagdad, près de Karballah. Il s’agit clairement de viser le régime à la tête pour qu’il s’effondre et Bagdad se prépare à un éventuel siège. Le président irakien, qui avait été donné pour mort ou grièvement blessé depuis samedi, est apparu lundi à la télévision irakienne pour prononcer un discours à l’adresse des forces armées et du peuple irakiens. Il les a appelé à une guerre d’usure contre la coalition américano-britannique qu’il menace «d’embourbement». Le président irakien prophétise une guerre «longue et lourde de conséquences». Le pouvoir irakien affirme lundi avoir abattu deux hélicoptères Apache et promet de montrer des images de leurs pilotes. Sosie ou véritable Saddam Hussein, date et heure de l’enregistrement, le débat continue du côté de ses adversaires, mais le vice Premier ministre Tarek Aziz assure que Saddam Hussein garde «le contrôle total du pays» et que les dirigeants du pays sont bien vivants et en ordre de bataille.

Jusqu’à présent, la coalition américano-britannique a contourné les villes ou les positions irakiennes qui lui résistaient. Elle a dû renoncer pour le moment à un mouvement militaire en tenaille à partir du Sud et à partir du Nord, faute de pouvoir faire transiter ses troupes sur le territoire turc. Des contretemps seulement selon le commandant des opérations, le général Tommy Franks qui estimait lundi après-midi que les forces américano-britanniques ont réalisé des progrès «rapides et parfois spectaculaires». La coalition aurait fait 3000 prisonniers irakiens dont la plupart se serait rendu, assure-t-il. Mais jusqu’à présent, les Irakiens ne semblent guère sensibles aux appels du pied de la coalition anti-Saddam Hussein. La blitz-krieg n’est pas au rendez-vous. Tony Blair explique que «nos objectifs sont de vérifier le désarmement nucléaire, biologique et chimique de l’Irak. Mais il s’agit de libérer l’Irak». C’est pourquoi, il faut «prendre en compte la souffrance des Irakiens et préserver leurs richesses», dit-il. Les raids aériens sont donc ciblés sur des positions stratégiques, poursuit le Premier Ministre britannique, mais «il y a évidemment des pertes civiles et nous avons commencé à mettre en place l’aide humanitaire qui arrivera bientôt».

Tony Blair a expliqué que les troupes américano-britanniques avaient en particulier mission de sécuriser la péninsule sud, notamment la ville portuaire d’Oum Kasr. Dans la région de Bassora, il reconnaît aussi la persistance de poches de résistances de la Garde républicaine irakienne. Mais le nettoyage continue. Dans l’Ouest il s’agit d’empêcher l’Irak d’agresser ses voisins et au Nord, avec le concours des Kurdes, de protéger les puits du Kurdistan. Pendant ce temps les forces américaines avancent vers Bagdad. Elles devraient bientôt entrer en contact avec des forces irakiennes, un temps fort dans l’offensive terrestre. Mais, déjà, Tony Blair promet «un avenir radieux» au peuple irakien.

Les combats continuent depuis quatre jours sur le front sud, façade maritime stratégique tant pour les militaires que pour les humanitaires du programme pétrole contre nourriture interrompu depuis le 17 mars. Six navires de guerre américains transportant des équipements militaires ont emprunté lundi le canal de Suez et deux autres devraient le franchir mardi pour rejoindre les douze bâtiments qui les ont précédé.

Lundi après midi, la ville de Nassiriya, à 375 kilomètres au sud de Bagdad, a été le théâtre d’intenses bombardements américains. Auparavant, une colonne de chars Abrams et deux colonnes de chars d’assaut amphibies avaient pris position autour de la ville. Nassiriya occupe une position stratégique sur la rive est de l’Euphrate. Depuis samedi, des unités de la coalition américano-britannique sont confrontées à la résistance de troupes irakiennes. Lundi après-midi, des combats au sol faisaient rage en particulier pour le contrôle de deux ponts sur l’Euphrate. Plus au sud, la ville de Bassorah, résisterait toujours aux forces britanniques qui seraient à quelque cinq kilomètres de la métropole pétrolière. Sur la façade maritime, des éléments de milices irakiennes continueraient à se battre dans la ville portuaire d’Oum Qasr. Le déminage du port n’est pas non plus terminé. Mais globalement, Tony Blair assure que les forces britanniques ont sécurisé la péninsule de Fao.

Faute de pouvoir transiter en territoire turc, la coalition américano-britannique semble vouloir ouvrir un front au nord de l’Irak, notamment au Kurdistan, pour refermer la tenaille appuyée sur le sud du pays. Plusieurs centaines de soldats américains auraient été héliportées au Kurdistan. Des forces spéciales américaines auraient également été acheminées à l’est du Kurdistan. Lundi, pour la première fois, des frappes ont visé les alentours de Chamchamal,  une localité du Kurdistan irakien tenue par des peshmergas kurdes alliés de la coalition anti-Saddam Hussein. Dans la même région, Erbil aussi aurait été pilonnée. Mossoul également, dans les confins nord de l’Irak, à la frontière du Kurdistan irakien. La nordiste pétrolière Mossoul est toujours aux mains des troupes irakiennes qui assurent que l’autre grande ville pétrolière du Nord, Kirkouk, a été l’objet d’un assaut américano-britannique raté.

L’armée britannique a annoncé la mort lundi de son premier soldat tombé au combat. L’état-major américain admet que les violents combats autour de Nassiriah provoquent des pertes des deux côtés mais il ne donne pas de bilan. Au total, il reconnaît la mort d’une dizaine de soldats. Une douzaine d’autres sont portés disparus et cinq seraient prisonniers. Un missile a touché un bus de voyageurs rentrant en Syrie dimanche matin à Ratba, dans l’Ouest irakien. Cinq Syriens ont été tués et dix autres blessés. Le ministre irakien de l’Information affirme que les bombardements de dimanche ont fait des centaines de blessés et des dizaines de morts parmi les civils. Au total, les bilans sont encore extrêmement partiels. La coalition américano-britannique s’efforce de préparer ses opinions aux pertes humaines, matière à galvaniser ses troupes pour le régime irakien.

RÉACTION DE LA RUSSIE ET LA CHINE

Depuis le début de l’offensive contre l'Irak, Moscou et Pékin ont demandé l’arrêt des hostilités et ont mis en cause les motivations de la guerre menée par les USA.

Moscou et Pékin demandent l’arrêt de la guerre Depuis le début de l’offensive contre l'Irak, Moscou et Pékin ont mis en cause les motivations de la guerre menée par les Américains.

SADDAM HUSSEIN A APPELÉ À LA RÉSISTANCE.

En s’adressant aux Irakiens ce lundi, Saddam Hussein a surtout démontré qu’en dépit des rumeurs, il était bien vivant. L´inquiétude est montée d´un cran au sein des proches et de la nomenclature du régime. L’avenir politique de l’Irak divise la communauté internationale.

Le président Bush affirme que les opérations militaires en Irak font des progrès.

L'ONU semble refaire surface.L’Europe des Quinze aussi qui tente de remiser ses divisions.

Les divisions s’accentuent après les premières frappes. Si Washington a reçu le soutien attendu de ses quelques alliés, une majorité de pays a vivement condamné l’intervention américaine. Des manifestations se sont spontanément organisées aux quatre coins du monde pour protester contre les premières frappes américaines contre l’Irak. Les USA ne s'en occupents pas. Et les frappes continueront jusqu'au renversement de Saddam et sa clique, a déclaré un observateur pro-américain. 

IRAK. WASHINGTON, LONDRES ET MADRID NE CONSULTERONT PAS L'ONU.

Rejetant la responsabilité sur la menace de veto française, le Royaume-Uni, l’Espagne et les États-Unis ont retiré leur projet de résolution et se réservent la possibilité d’intervenir seuls en Irak.

Il était tout juste 10 heures à New York, l’heure à laquelle le Conseil de sécurité devait se réunir à huis clos à la demande des trois pays parrainant un deuxième projet de résolution, à savoir les États-Unis, l’Espagne et le Royaume-Uni, quand les ambassadeurs de ces trois pays sont arrivés devant les journalistes, massés devant la salle du conseil, pour lire chacun un texte. Premier à prendre la parole, Sir Jeremy Greenstock, le représentant britannique. Il indique que les trois pays renoncent à soumettre au vote le projet de seconde résolution, devant l’attitude d’«un» pays membre du Conseil de sécurité qui menace d’y apposer son veto «quelles que soient les circonstances». Dans ces conditions, ajoute le diplomate britannique, les trois pays reprennent leur liberté et se réservent le droit de désarmer l’Irak par eux-même.

Prenant la suite, l’ambassadeur espagnol et le représentant américain confirment la position que vient d’exposer leur collègue. Peu après, le représentant français Jean-Marc de La Sablière, qui semble quelque peu sonné par la charge que vient d’être menée contre son pays, jamais cité par son nom, mais présenté comme fauteur de guerre, tente d’expliquer que la majorité du Conseil de sécurité est contre l’emploi de la force et qu’il «n’aurait pas été légitime de prendre une telle décision».

Ultimatum

Dans les secondes qui suivent, le porte-parole de la Maison Blanche indique que «la fenêtre diplomatique» est fermée et que Saddam Hussein n’a d’autre choix que de quitter son pays s’il veut éviter le conflit. Puis, dans un enchaînement soigneusement coordonné, le secrétaire d’État américain Colin Powell intervient pour indiquer que les États-Unis ont joué depuis l’automne, le processus diplomatique, tout en constatant que l’Irak était en violation patente des résolutions précédentes, et que la résolution 1441 adoptée en novembre prévoyait des «sérieuses conséquences» si l’Irak ne s’y conformait pas strictement. A son tour, Colin Powell met en cause «certains membres permanentes» du Conseil de sécurité qui ont menacé de mettre leur veto à toute résolution qui prévoirait l’usage de la force contre l’Irak, ajoutant une précision supplémentaire : cette résolution, qui à l’état de projet, prévoyait comme date limite le 17 mars, tombe d’elle-même puisque l’on est arrivé à l’échéance.

Colin Powell, sans vouloir dévoiler le contenu de l’intervention «à la nation et au monde» que doit prononcer plus tard dans la soirée le président Bush, a cependant précisé qu’il adresserait un ultimatum à Saddam Hussein, lui enjoignant de quitter avec ses proches l’Irak s’il veut épargner la guerre à son pays. Enfin, le secrétaire d’État a rappelé qu’aux yeux des trois co-parrains de la résolution avortée, toute intervention militaire en Irak sera conforme au droit international.

WASHINGTON. APPEL DE DÉPART DES INSPECTEURS.
 

Les États-Unis ont demandé aux inspecteurs de l’Onu de quitter l’Irak. La plupart des diplomates et ressortissants étrangers ont déjà commencé à évacuer le pays et ses environs.

Les inspecteurs en désarmement de l’Onu tiennent bon : ils ne partiront qu’après en avoir reçu l’ordre directement de Kofi Annan, le secrétaire général de l’Organisation, et celui-ci, en tout état de cause, n’interviendra pas avant la fin de la réunion du Conseil de sécurité prévue ce lundi. Pourtant, depuis dimanche, les Américains appellent ouvertement tous les étrangers encore présents à Bagdad à quitter le pays sans délai : diplomates, journalistes, membres des organisations humanitaires et, bien sűr, inspecteurs.

A Bagdad, les diplomates et ressortissants chinois et russes, à leur tour, ont commencé à faire leurs bagages et les Français ne devraient guère tarder. Comme le dit l’adage, «le travail des diplomates s’arrête là oů commence celui des militaires». L’évacuation ne se limite pas à l’Irak. Les États-Unis et la Grande Bretagne ont lancé des avis de départ concernant aussi bien leurs ressortissants en général que la plupart des diplomates au Koweit, en Israël, en Jordanie et dans d’autres pays du Moyen-Orient. De toute évidence, les membres de la «coalition des volontaires» conduite par les États-Unis redoutent des attentats terroristes contre les intérêts et leurs citoyens. Aux Émirats arabes unis, l’ambassade américaine a indiqué avoir des informations sur la possibilité d’attentats contre des boîtes de nuit à Dubaď.

Accélération du calendrier

Au Koweit, les soldats de la MONUIK (mission d’observation des Nations unies en Irak et au Koweďt) chargés de surveiller la frontière irako-kowetienne ont plié bagage, laissant le champ libre aux militaires américains dont les chars et les hélicoptères sont massés aux portes de l’Irak, avec quelque 50 000 hommes de troupe et officiers. Depuis plusieurs jours, ils avaient constaté, impuissants, que d’étranges civils en 4x4 avaient taillé à la cisaille les grillages barbelés assurant (en principe) l’inviolabilité de la frontière, ainsi que le demandaient les résolutions de l’Onu. Consciencieusement, ils ont fait rapport de ces violations au Conseil de sécurité, sans illusion sur les conséquences de leur rapport : les ouvertures ainsi pratiquées étaient juste assez larges pour laisser passer les blindés américains le moment venu, qui ne saurait plus tarder.

Partout, le calendrier s’accélère. Ce lundi, le Conseil de sécurité devait se réunir à 10 heures, heure de New York  pour constater l’étendue des désaccords. Au même moment, le cabinet britannique devait également se réunir autour du Premier ministre Tony Blair, dont le ministre de la Justice a considéré qu’une intervention militaire en Irak serait légale, qu’elle ait ou non l’appui d’une nouvelle résolution du Conseil de sécurité ; Enfin, en soirée, le ministre des Affaires étrangères Jack Straw devait s’adresser à la Chambre des communes pour une déclaration solennelle, en principe suivie d’un vote.

Sans illusion sur la suite des événements, le ministre français des Affaires étrangères Dominique de Villepin, n’a pu que réaffirmer l’opposition de la France à une résolution prévoyant une guerre automatique ou un ultimatum.

 

NEW YORK. ONU. Intervention de Dominique de Villepin,  Ministre des Affaires  Étrangères de la France au Conseil de Sécurité à l'ONU

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire général,

Madame et Messieurs les Ministres,

Messieurs les Ambassadeurs,

Je remercie MM. Blix et El Baradei pour les indications qu'ils viennent de nous fournir sur la poursuite des inspections en Iraq. Je tiens à nouveau à leur exprimer la confiance et le plein soutien de la France dans leur mission.

 Vous savez le prix que la France attache, depuis l'origine de la crise iraquienne, à l'unité du Conseil de Sécurité. Cette unité repose aujourd'hui sur deux éléments essentiels :

- Nous poursuivons ensemble l'objectif d'un désarmement effectif de l'Iraq. Nous avons en ce domaine une obligation de résultat. Ne mettons pas en doute notre engagement commun en ce sens. Nous assumons collectivement cette lourde responsabilité qui ne doit laisser place ni aux arrière-pensées, ni aux procès d'intention. Soyons clairs : aucun d'entre nous n'éprouve la moindre complaisance à l'égard de Saddam Hussein et du régime iraquien.

- En adoptant à l'unanimité la résolution 1441, nous avons collectivement marqué notre accord avec la démarche en deux temps proposée par la France : le choix du désarmement par la voie des inspections et, en cas d'échec de cette stratégie, l'examen par le Conseil de Sécurité de toutes les options, y compris celle du recours à la force. C'est bien dans ce scénario d'échec des inspections, et dans ce cas seulement, que pourrait se justifier une seconde résolution.

La question qui se pose aujourd'hui est simple : considérons-nous en conscience que le désarmement par les missions d'inspection est désormais une voie sans issue ? Ou bien, estimons-nous que les possibilités en matière d'inspection offertes par la résolution 1441 n'ont pas encore été toutes explorées ?

En réponse à cette question, la France a deux convictions:

la première, c'est que l'option des inspections n'a pas été conduite jusqu'à son terme et peut apporter une réponse efficace à l'impératif du désarmement de l'Iraq ;

la deuxième, c'est qu'un usage de la force serait si lourd de conséquences pour les hommes, pour la région et pour la stabilité internationale qu'il ne saurait être envisagé qu'en dernière extrémité.

- Or, que venons-nous d'entendre, à travers le rapport de MM. Blix et El Baradei ? Nous venons d'entendre que les inspections donnent des résultats. Bien sûr, chacun d'entre nous veut davantage et nous continuerons ensemble à faire pression sur Bagdad pour obtenir plus. Mais les inspections donnent des résultats.

Lors de leurs précédentes interventions au Conseil de sécurité, le 27 janvier, le Président exécutif de la CCVINU et le Directeur général de l'AIEA avaient identifié précisément les domaines dans lesquels des progrès étaient attendus. Sur plusieurs de ces points, des avancées significatives ont été obtenues :

- dans les domaines chimique et biologique, les Iraquiens ont remis de nouveaux documents aux inspecteurs. Ils ont aussi annoncé la création de commissions d'investigation, dirigées par les anciens responsables des programmes d'armements, conformément aux demandes de M. Blix ;

- dans le domaine balistique, les informations fournies par l'Iraq ont permis aux inspecteurs de progresser également. Nous détenons avec précision les capacités réelles du missile Al-Samoud. Maintenant, il convient de procéder au démantèlement des programmes non-autorisés, conformément aux conclusions de M. Blix ;

- dans le domaine nucléaire, des informations utiles ont été transmises à l'AIEA sur les points importants évoqués par M. El Baradei le 27 janvier dernier : l'acquisition d'aimants susceptibles de servir à l'enrichissement d'uranium et la liste des contacts entre l'Iraq et le pays susceptible de lui avoir fourni de l'uranium.

Nous sommes là au cœur de la logique de la résolution 1441, qui doit assurer l'efficacité des inspections grâce à une identification précise des programmes prohibés, puis à leur élimination.

 - Nous sommes tous conscients que le succès des inspections suppose que nous aboutissions à une coopération pleine et entière de l'Iraq. La France n'a cessé de l'exiger.

Des progrès réels commencent à apparaître :

L'Iraq a accepté le survol de son territoire par des appareils de reconnaissance aérienne ;

Il a permis que des scientifiques iraquiens soient interrogés sans témoins par les inspecteurs ;

Un projet de loi prohibant toutes les activités liées aux programmes d'armes de destruction massive est en cours d'adoption, conformément à une demande ancienne des inspecteurs.

L'Iraq doit fournir une liste détaillée des experts ayant assisté en 1991 aux destructions des programmes militaires.

La France attend bien entendu que ces engagements soient durablement vérifiés. Au-delà, nous devons maintenir une forte pression sur l'Iraq pour qu'il aille plus loin dans la voie de la coopération.

4 - Ces progrès nous confortent dans la conviction que la voie des inspections peut être efficace. Mais nous ne devons pas nous dissimuler l'ampleur du travail restant à accomplir : des questions doivent être encore élucidées, des vérifications doivent être conduites, des installations ou des matériels doivent sans doute encore être détruits.

- Pour ce faire, nous devons donner aux inspections toutes les chances de réussir.

- J'ai fait des propositions le 5 février devant le Conseil. Depuis lors, nous les avons précisées dans un document de travail adressé à MM. Blix et El Baradei et communiquées aux membres du Conseil.

Quel est leur esprit ? Il s'agit de propositions pratiques et concrètes, qui peuvent être mises en œuvre rapidement et qui sont destinées à renforcer l'efficacité des opérations d'inspection. Elles s'inscrivent dans le cadre de la résolution 1441 et ne nécessitent par conséquent aucune nouvelle résolution du Conseil. Elles doivent venir à l'appui des efforts menés par MM. Blix et El Baradei. Ils sont naturellement les mieux à même de nous dire celles d'entre elles qu'ils souhaitent retenir pour assurer la meilleure efficacité de leurs travaux. Dans leur rapport, ils nous ont fait des commentaires utiles et opérationnels.

La France a déjà annoncé qu'elle tenait des moyens supplémentaires à la disposition de MM. Blix et El Baradei, à commencer par ses appareils de surveillance aérienne Mirage IV.

Alors oui j'entends bien les critiques :

- Il y a ceux qui pensent que dans leur principe, les inspections ne peuvent avoir aucune efficacité. Mais je rappelle que c'est le fondement même de la résolution 1441 et que les inspections donnent des résultats. On peut les juger insuffisantes mais elles sont là.

- Il y a ceux qui croient que la poursuite du processus d'inspection serait une sorte de manœuvre de retardement visant à empêcher une intervention militaire. Cela pose naturellement la question du temps imparti à l'Iraq. Nous sommes là au centre des débats. Il y va de notre crédibilité et de notre esprit de responsabilité. Ayons le courage de mettre les choses à plat.

- Il y a deux options :

- l'option de la guerre peut apparaître a priori la plus rapide. Mais n'oublions pas qu'après avoir gagné la guerre, il faut construire la paix. Et ne nous voilons pas la face : cela sera long et difficile, car il faudra préserver l'unité de l'Iraq, rétablir de manière durable la stabilité dans un pays et une région durement affectés par l'intrusion de la force.

- face à de telles perspectives, il y a l'alternative offerte par les inspections, qui permet d'avancer de jour en jour dans la voie d'un désarmement efficace et pacifique de l'Iraq. Au bout du compte, ce choix là n'est-il pas le plus sûr et le plus rapide ?

Personne ne peut donc affirmer aujourd'hui que le chemin de la guerre sera plus court que celui des inspections. Personne ne peut affirmer non plus qu'il pourrait déboucher sur un monde plus sûr, plus juste et plus stable. Car la guerre est toujours la sanction d'un échec. Serait-ce notre seul recours face aux nombreux défis actuels ?

Donnons par conséquent aux inspecteurs des Nations Unies le temps nécessaire à la réussite de leur mission. Mais soyons ensemble vigilants et demandons à MM. Blix et El Baradei de faire régulièrement rapport au Conseil. La France, pour sa part, propose un nouveau rendez-vous le 14 mars au niveau ministériel, pour évaluer la situation. Nous pourrons alors juger des progrès effectués et de ceux restant à accomplir.

 - Dans ce contexte, l'usage de la force ne se justifie pas aujourd'hui. Il y a une alternative à la guerre : désarmer l'Iraq par les inspections. De plus, un recours prématuré à l'option militaire serait lourd de conséquences.

- L'autorité de notre action repose aujourd'hui sur l'unité de la communauté internationale. Une intervention militaire prématurée remettrait en cause cette unité, ce qui lui enlèverait sa légitimité et, dans la durée, son efficacité.

- Une telle intervention pourrait avoir des conséquences incalculables pour la stabilité de cette région meurtrie et fragile. Elle renforcerait le sentiment d'injustice, aggraverait les tensions et risquerait d'ouvrir la voie à d'autres conflits.

- Nous partageons tous une même priorité, celle de combattre sans merci le terrorisme. Ce combat exige une détermination totale. C'est, depuis la tragédie du 11 septembre, l'une de nos responsabilités premières devant nos peuples. Et la France, qui a été durement touchée à plusieurs reprises par ce terrible fléau, est entièrement mobilisée dans cette lutte qui nous concerne tous et que nous devons mener ensemble. C'est le sens de la réunion du Conseil de Sécurité qui s'est tenue le 20 janvier, à l'initiative de la France.

Il y a dix jours, le Secrétaire d'Etat américain, M. Powell, a évoqué des liens supposés entre Al-Qaida et le régime de Bagdad. En l'état actuel de nos recherches et informations menées en liaison avec nos alliés, rien ne nous permet d'établir de tels liens. En revanche, nous devons prendre la mesure de l'impact qu'aurait sur ce plan une action militaire contestée actuellement. Une telle intervention ne risquerait-elle pas d'aggraver les fractures entre les sociétés, entre les cultures, entre les peuples, fractures dont se nourrit le terrorisme ?

La France l'a toujours dit : nous n'excluons pas la possibilité qu'un jour il faille recourir à la force, si les rapports des inspecteurs concluaient à l'impossibilité pour les inspections de se poursuivre. Le Conseil devrait alors se prononcer et ses membres auraient à prendre toutes leurs responsabilités. Et, dans une telle hypothèse, je veux rappeler ici les questions que j'avais soulignées lors de notre dernier débat le 4 février et auxquelles nous devrons bien répondre :

- En quoi la nature et l'ampleur de la menace justifient-elles le recours immédiat à la force ?

- Comment faire en sorte que les risques considérables d'une telle intervention puissent être réellement maîtrisés ?

En tout état de cause, dans une telle éventualité, c'est bien l'unité de la communauté internationale qui serait la garantie de son efficacité. De même, ce sont bien les Nations Unies qui resteront demain, quoi qu'il arrive, au cœur de la paix à construire.

Monsieur le Président, à ceux qui se demandent avec angoisse quand et comment nous allons céder à la guerre, je voudrais dire que rien, à aucun moment, au sein de ce Conseil de Sécurité, ne sera le fait de la précipitation, de l'incompréhension, de la suspicion ou de la peur.

Dans ce temple des Nations Unies, nous sommes les gardiens d'un idéal, nous sommes les gardiens d'une conscience. La lourde responsabilité et l'immense honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à donner la priorité au désarmement dans la paix.

Et c'est un vieux pays, la France, d'un vieux continent comme le mien, l'Europe, qui vous le dit aujourd'hui, qui a connu les guerres, l'occupation, la barbarie. Un pays qui n'oublie pas et qui sait tout ce qu'il doit aux combattants de la liberté venus d'Amérique et d'ailleurs. Et qui pourtant n'a cessé de se tenir debout face à l'Histoire et devant les hommes. Fidèle à ses valeurs, il veut agir résolument avec tous les membres de la communauté internationale. Il croit en notre capacité à construire ensemble un monde meilleur.

Je vous remercie

 

PARIS. LE SOMMET AFRICAIN.

La Conférence des chefs d’Etat sur la Côte d’Ivoire s’est ouverte samedi matin, à Paris, en présence de dix présidents africains et du secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan.

La Conférence des chefs d’Etat sur la Côte d’Ivoire s’est ouverte samedi matin, à Paris, en présence de dix présidents africains - dont l’Ivoirien Laurent Gbagbo - et du secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan. La Conférence des chefs d’Etat sur la Côte d’Ivoire s’est ouverte samedi matin, à Paris, en présence de dix présidents africains - dont l’Ivoirien Laurent Gbagbo - et du secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan. Ce sommet extraordinaire de deux jours doit en principe entériner l’accord de Marcoussis intervenu vendredi matin entre les différentes parties au conflit, et permettre ainsi «d’approuver les termes de l’accord (de Marcoussis) et de retrouver les voies de la réconciliation, de la paix civile et du redressement», selon les termes employés par le président français Jacques Chirac. Et celui-ci de préciser : «Gardons à l’esprit qu’un accord même sincère vaut autant par la manière dont il est observé que par sa substance même».

Le président français confirme ainsi que le compromis demeure fragile et que tout reste à faire sur place, où la réaction des Ivoiriens du Nord comme du Sud a été plutôt mitigée, et parfois franchement hostile. Car, beaucoup d’incertitudes et une grande ambiguïté règnent toujours concernant le rôle de la «force d’interposition» chargée d’épauler le futur gouvernement «de consensus» dans la tâche très délicate d’appliquer le cantonnement et le désarmement des rebelles. L’armée française et des «casques bleus» de la CEDEAO comme de l’ONU devraient en principe participer à cette opération et ensuite au maintien de la paix. A condition que celle-ci s’installe véritablement, notamment dans l’Ouest du pays.

Car, le sommet de Paris a d’ores et déjà fait apparaître la cacophonie qui règne toujours au sein de la CEDEAO. Le président togolais Gnassingbé Eyadéma - également président du groupe de contact de la CEDEAO sur la Côte d’Ivoire - comme d’autres chefs d’Etat membres de ce groupe (le Nigerien et le Nigérian) ne participent pas à ce sommet. Mais la CEDEAO, qui avait annoncé mercredi qu’elle ne pourrait s’exprimer officiellement à ce sommet, fera néanmoins entendre sa voix, par le biais du Sénégalais Abdoulaye Wade, actuellement président de cette communauté des Etats d’Afrique occidentale.

Autre fait marquant, la présence du président libérien Charles Taylor, officiellement «interdit de voyage» par l’ONU, en raison de son implication dans le conflit sierra-léonais, et que la Côte d’Ivoire accuse de soutenir les rebelles de l’Ouest. Le président burkinabè Blaise Compaoré a lui aussi décidé finalement de participer à la réunion de Paris, après avoir annoncé qu’il avait décidé de «saisir les tribunaux internationaux» au sujet des «crimes» dont serait responsable le président Gbagbo notamment vis-à-vis des ressortissants burkinabè vivants en Côte d’Ivoire. Une démarche qui ne facilite sans doute pas la réconciliation inter-étatique indispensable au retour de la paix en Côte d’Ivoire.

Seydou Diarra comme Premier Ministre Ivoirien.

Quelques heures ont suffi aux chefs d’Etat qui participent à la conférence de Paris sur la Côte d’Ivoire pour se mettre d’accord sur le nom du futur Premier ministre ivoirien et la composition du gouvernement «de consensus» qui aura la lourde tâche de gérer le pays jusqu’aux élections de 2005. Seydou Diarra, un musulman originaire d’Odjenné (Nord de la Côte d’Ivoire, actuellement sous contrôle des rebelles du MPCI) qui a déjà dirigé le gouvernement ivoirien au lendemain du putsch de Noël 1999, a été choisi comme premier ministre, selon une source citée par l’Agence France Presse, qui a précisé que l’annonce officielle de cette nomination sera faite samedi après-midi par le président ivoirien Laurent Gbagbo à l’ambassade de Côte d’Ivoire à Paris.

Seydou Diarra faisait partie des candidats officieux à la Primature, car il avait assuré d’octobre à décembre 2001 la délicate présidence du Forum de réconciliation nationale d’Abidjan, censé mettre un terme aux violences politiques et doter le pays d’un gouvernement d’union nationale qui a finalement en partie volé en éclats au lendemain du déclenchement de la rébellion, le 19 septembre dernier. Agé de 70 ans, Seydou Diarra a également participé, en tant que «sage», à la rencontre de Marcoussis, qui a abouti à un accord de principe vendredi dernier.

Seydou Diarra devrait diriger un gouvernement de réconciliation nationale composé de neuf ministres d’Etat représentant à égalité les trois grandes formations politiques (FPI, PDCI et RDR) et les rebelles. En choisissant Seydou Diarra, Laurent Gbagbo accepte le départ de Pascal Affi N’guessan (FPI) mais peut désormais compter sur un Premier ministre proche du PDCI de feu Houphouët-Boigny, mais qui a sa confiance, et qui disposera des délégations nécessaires pour la gestion de la transition, sans toutefois bouleverser le paysage administratif actuel.

Presque au même moment, au cours d’une longue suspension de séance, le président Laurent Gbagbo, s’exprimant pour la première fois depuis la signature de l’accord de Marcoussis, a déclaré qu’il considérait comme «acceptable et souhaitable» l’accord de Marcoussis. Et ce à l’issue d’une longue rencontre avec Jacques Chirac, le président gabonais Omar Bongo et le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan.

De leur côté, les rebelles du MPCI ont annoncé qu’ils rentreront mardi prochain à Bouaké pour «expliquer l’accord à la base». «Cet accord est bon, c’est notre accord», a précisé le porte-parole Konaté Sidiki, avant d’ajouter : «Après, nous irons à Abidjan, car c’est là que l’accord doit s’appliquer, c’est là que se trouvera le gouvernement de réconciliation nationale. Nos amis français nous ont garanti que notre sécurité sera assurée».

PARIS, MARCOUSSIS. LA CRISE IVOIRIENNE.

La table ronde de Marcoussis a accouché, tôt vendredi 24 janvier 2003 d’un accord de dernière minute qui officiellement satisfait toutes les parties ivoiriennes. Sans toutefois laisser entrevoir un règlement durable d’une crise qui dure depuis le 19 septembre dernier.

Un texte prévoyant la mise en place d’une «gouvernement de réconciliation nationale» et le maintien à sa place du président Laurent Gbagbo a bien été signé, vers 2h30, dans la nuit de jeudi à vendredi, à Marcoussis (dans la banlieue sud de Paris). Et une fois de plus les différents délégués ivoiriens se sont donné l’accolade et ont sablé le champagne, tout en chantant l’hymne national, à l’issue d’une dernière séance marathon. Ce texte doit être approuvé ce week-end à Paris par la conférence des chefs d’Etats de l’Afrique de l’Ouest, mais celle-ci a d’ores et déjà enregistré l’absence volontaire d’un certain nombre de protagonistes de taille: les présidents nigérian, nigérien et (peut-être) togolais. Autant dire que la période de transition qui s’ouvre pour la Côte d’Ivoire s’annonce à la fois très longue et très périlleuse, car l’accord formel de Marcoussis règle les questions les moins épineuses (code de la nationalité, éligibilité à la présidence de la République, composition du gouvernement), mais renvoie à plus tard la solution des questions militaires: cantonnement de la rébellion du Nord, contrôle réel des rebelles de l’Ouest et la présence désormais avérée de milliers de soldats libériens plus au moins à la dérive.

D’après les premières indiscrétions, cet accord prévoit que le président Laurent Gbagbo reste en place jusqu’à la fin de son mandat (octobre 2005), mais aussi qu’il sera obligé de composer - ou de cohabiter - avec un gouvernement dont la composition n’a pas été précisée mais qui comprendra toutes les délégations présentes à Marcoussis, donc les trois mouvements rebelles (MPCI, MPIGO et MJP). Il sera dirigé par un «Premier ministre de consensus» qui ne pourra pas se présenter à l'élection présidentielle d’octobre 2005 mais «disposera, pour l’accomplissement de sa mission, des prérogatives de l’exécutif». Ce qui ôte d’autant de pouvoir réel au président Gbagbo, sans pour autant l’obliger à ne faire plus que de la figuration.

Cette concession majeure faite par les rebelles et le RDR - qui avaient constamment réclamé le départ de Gbagbo - était attendue depuis le début du «processus de Marcoussis», tout comme le remplacement du Premier ministre N’guessan par une figure de consensus, nécessairement non membre du FPI, le parti de Gbagbo. «Ce que nous n’avons pas eu d’un côté, a dit le porte-parole du MPCI Konaté Siriki, nous l’avons obtenu de l’autre avec un gouvernement fort qui a en mains toutes les clefs de la résolution de la crise». «C’est un accord de compromis entre les revendications des différents parties», a souligné de son côté le Premier ministre sortant Pascal Affi N’guessan, avant d’ajouter que les négociateurs n’avaient pas établi une «liste de premier-ministrables», car la nomination du prochain Premier ministre relève du président Gbagbo.

Quatre candidats (et une candidate) à la Primature

Cela n’a pas empêché les milieux politiques ivoiriens de se livrer au jeu des prévisions: apparemment quatre personnalités politiques très connues, toutes membres ou proches du PDCI - le parti historique (et autrefois unique) créé par Houphouët-Boigny - tiennent la corde. Il s’agit tout d’abord de l’ancien ministre, actuellement président du CES, Laurent Dona Fologo, qui a longtemps été le secrétaire général du PDCI, avant de diriger la délégation gouvernementale, lors les récentes négociations de Lomé. Viennent ensuite trois «barons»: Seydou Diarra, un «sage» qui a dirigé en 2002 le Forum de réconciliation d’Abidjan mais qui auparavant avait accepté de devenir le Premier ministre de Robert Gueï; Charles Konan Banny, actuellement gouverneur de la BCEAO (la Banque d’Afrique occidentale); et l’ancien Premier ministre d’Henri Konan Bédié, Daniel Kablan Duncan, qui a l’avantage de s’être fait quelque peu oublier depuis le fameux «putsch de Noël» 1999 et tous les tragiques événements qui ont ensuite ensanglanté le pays. Mais on ne peut exclure que le 'numero deux' du RDR, Henriette Diabaté, originaire du sud mais mariée à un nordiste, ne coiffe tous les autres candidats sur le poteau.

Il va de soi que le choix du futur Premier ministre est le principal défi auquel fait face dans l’immédiat Laurent Gbagbo. Car son gouvernement aura d’abord la tâche de «préparer les échéances électorales afin d’avoir des élections crédibles et transparentes». Le chef de gouvernement aura donc à diriger, deux années et demi durant, une équipe nécessairement composite et formée de ministres se regardant en chiens de faïence. Autant dire que sa tâche sera des plus difficiles, surtout parce que une si longue «transition» a toutes les chances d’avoir à surmonter de nombreux obstacles, avant la date fatidique d’octobre 2005 (élections présidentielle et législatives). Car il faut d’ici là établir - ou rétablir - des listes électorales, alors que cela ne peut se faire sans l’établissement préalable d’une carte nationale d’identité fiable et acceptée par tout le monde, mais aussi l’établissement des cartes de séjour destinées aux étrangers. Comment va-t-il accomplir ces différentes tâches, dans un pays gangrené par le trafic généralisé des pièces d’identité et dont de nombreux bâtiments publics (dans le nord comme dans l’ouest) ont été récemment pillés et vidés de leurs dossiers ?

Plus délicat encore, la gestion du désarmement et du cantonnement des rebelles, qui a été confiée elle aussi au gouvernement. Les délégués présents à Marcoussis se sont accordés sur «le regroupement de toutes les forces», dans le but de constituer une nouvelle armée, avec l’aide de la France, ainsi que sur une amnistie des mutins ayant participé aux différentes rébellions. Depuis quand, au juste ? Depuis le fameux putsch de Noël 1999 ? Cette question cruciale, véritable pierre d’achoppement dans toutes les négociations intervenues depuis le 19 septembre, n’a apparemment pas fait l’objet d’un accord précis et détaillé à Marcoussis, les délégués préférant la renvoyer au futur gouvernement. Or, les gouvernements dits «de transition» sont non seulement difficiles à mettre en place (voir à ce propos les péripéties des accords de Lusaka signés entre les belligérants du Congo démocratique), mais ils ont également tendance à ne pas tenir longtemps (voir à ce sujet ce qui est arrivé à ceux d’Angola, entre Luanda et l’Unita de Jonas Savimbi).

Cette question est d’autant plus délicate que les rebelles ne forment pas un «front» unique, même si leur collaboration est évidente. En réalité l’implantation géographique (et en partie ethnique), les motivations profondes, comme les «parrainages» extérieures ne sont pas les mêmes, entre d’un côté le MPCI et de l’autre le MPIGO et le MJP. Le premier bénéficie d’un incontestable appui populaire dans le nord, où il entre en concurrence directe avec le RDR d’Alassane Ouattara, ainsi que l’aide en tous genres du Burkina Faso de Blaise Compaoré, qui doit tenir compte des quelques trois millions de Burkinabè vivant en Côte d’Ivoire.

Les deux autres mouvements rebelles ont eux-mêmes indiqué ne pas avoir de programme politique, en dehors du renversement de Laurent Gbagbo, qu’il accusent d’être responsable de l’assassinat de Robert Gueï, l’ancien président originaire du Grand Ouest. Plus grave, il est difficile d’évaluer la représentativité réelle de leurs chefs présents à Paris, mais aussi leur véritable puissance militaire, car, il est désormais prouvé que l’essentiel des combats qui ne cessent de s’étendre à l’Ouest est le fait de soldats libériens visant à contrôler par tous les moyens la «boucle du cacao» ivoirien. L’armée française préfère parler, pour l’heure «d’éléments incontrôlés». Ce qui signifie que nul n’est apparemment en mesure - en dehors de Charles Taylor, qui s’en défend - de peser sur leur comportement. Or, l’histoire récente de la Guinée, du Sierra Léone et surtout du Libéria nous apprend que le Libéria de Charles Taylor est la principale source de conflit et de régression politique en Afrique occidentale. Une menace qui plane toujours sur les voisins. C’est peut-être pour cela que le président libérien a décidé, dans un premier temps, de ne pas se rendre à Paris, où il commence à être montré du doigt. Avant de changer d'avis.

 

En route vers l’Europe à 25

La Commission européenne propose l’élargissement de l’Union des Quinze à dix nouveaux pays à partir de 2004. Le sommet européen de Copenhague, à la mi-décembre, entérinera officiellement le lancement d’une Europe à 25 forte de 455 millions d’habitants. Mais les pays entrants présentent aussi des faiblesses.

La Pologne, la République tchèque, la Hongrie, la Slovaquie, la Lituanie, la Lettonie, l'Estonie, la Slovénie, Malte et Chypre devraient marquer leur entrée dans l’Union européenne dès 2004 en participant aux élections européennes de juin. D’ici là, plusieurs étapes devront encore être franchies et les négociations en cours s’achever.

Dans l’immédiat, la Commission européenne rend public son rapport sur l’élargissement qui prend en compte les progrès accomplis au cours des trois ou cinq années de négociations, selon les pays, qui viennent de s’écouler. Les critères d’adhésion établis en 1993 portent sur la démocratie, l’économie de marché et la capacité à s’intégrer à l’Union. Elle propose donc que dix pays candidats soient admis, reportant à 2007, au moins, l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie. De plus, le cas épineux de la Turquie a été mis de côté et les négociations avec ce pays n’ont pas encore débuté.

Le rapport de la Commission européenne devra encore être entériné lors du prochain sommet européen de Bruxelles les 24 et 25 octobre prochain et l’élargissement à dix nouveaux membres officiellement approuvé au sommet de Copenhague les 12 et 13 décembre qui marque la fin de la présidence danoise. Cela ouvrira la porte à un nouveau traité européen, en 2003, inscrivant dans le marbre l’entrée de ces dix pays dans la communauté et, en 2004, leur participation effective aux instances communautaire, après ratification par les 25 membres.

Une incertitude demeure toutefois avec la situation qui prévaut dans l’un des pays européens, l’Irlande. En juin 2001 les Irlandais avaient en effet rejeté par 54% des suffrages la ratification du traité de Nice qui prévoyait l’élargissement de l’Union européenne. Un nouveau referendum «de rattrapage» a lieu le 19 octobre prochain car le suffrage universel est, dans ce pays contrairement aux autres membres de l’UE, le seul moyen de faire adopter ce traité. Un nouveau refus provoquerait, dit-on dans les milieux communautaires, «une crise institutionnelle sans précédent».

Disparités et faiblesses

Même en supposant le problème irlandais réglé en faveur de l’élargissement, l’arrivée de dix pays d’Europe centrale et orientale dans l’Union présente des avantages mais aussi des difficultés. Forte de 75 millions d’habitants supplémentaires, soit 455 millions d’âmes, l’UE, vaste marché, se hausse au rang de troisième plus grande puissance démographique au monde après la Chine et l’Inde. Mais la richesse totale de ces dix pays, avec un PIB cumulé de 404 milliards d’euros, n’atteint pas 5% du PIB de l’UE à quinze. La richesse par habitant des dix entrants est égale à 45% de celle des membres actuels de l’Union. Encore, les futurs membres ne sont-ils pas tous logés à la même enseigne: le PIB par habitant frôle les 70% de la moyenne européenne en Slovénie mais n’atteint que 40% en Pologne, le pays le plus peuplé des dix avec 39 millions d’habitants. Le coût de l’élargissement a été évalué par la Commission européenne à 40 milliards d’euros entre 2004 et 2006.

Outre ces disparités économiques et sociales, les pays d’Europe centrale qui vont intégrer l’Union européenne ont connu des années pénibles après l’écroulement de l’URSS et du bloc de l’Est. La Commission européenne n’omet pas de souligner, dans son rapport, les manquements en matière de lutte contrer la fraude, le blanchiment d’argent sale, le crime organisé et la corruption. Des insuffisances persistent dans le domaine de l’environnement avec une piètre qualité de l’eau, la faiblesse de la lutte contrer la pollution industrielle et les risques chimiques. A cela s’ajoutent les préoccupations de l’Europe occidentale en matière d’immigration clandestine et de porosité des frontières extérieures de l’UE.

L’Union européenne a donc prévu un certain nombre de garde-fous ou clauses de sauvegarde en cas de non-respect des règlements phytosanitaires sur les exportations agricoles, de la réglementation financière ou de la concurrence.

PARIS. Meurtre à connotation raciste à Dunkerque

Le meurtre d’un adolescent d’origine marocaine, tué vendredi à Dunkerque par un Français de 45 ans qui avait pris pour cibles des cafés fréquentés essentiellement par des Maghrébins, a été unanimement condamné. Le meurtrier présumé, arrêté dimanche matin, est actuellement en garde à vue et nie toujours les faits. Il doit être mis en examen pour assassinat lundi.

Le meurtre vendredi de Mohamed Maghara, un adolescent de dix-sept ans d’origine marocaine abattu dans un quartier de Dunkerque, est-il un crime raciste ? Tout semble porter à le croire. L’assassin présumé, un homme de 45 ans arrêté très tôt dimanche matin, a en effet pris pour cibles des cafés fréquentés essentiellement par des Maghrébins. Il avait dans un premier temps tiré un coup de feu dans la vitrine d’un bar sans blesser personne. Il avait ensuite récidivé contre des consommateurs, qui paniqué avaient quitté l’établissement. Trois d’entre eux ont été légèrement blessés. Selon des témoins, l’homme paraissait calme et certains l’ont entendu crié avant qu’il ne fasse feu : «je vais tous vous tuer». Il a par la suite pu prendre la fuite à bord d’un 4x4.

Moins d’une heure plus tard, le même homme est passé devant un autre café à Grande-Synthe, un quartier de la périphérie de Dunkerque dont la moitié des habitants est d’origine immigrée. Il a tiré sur une dizaine de jeunes rassemblés devant l’établissement qui venait de fermer ses portes et a grièvement blessé le jeune Mohamed Maghara. L’adolescent est mort dans l’ambulance qui le transportait à l’hôpital. Ce drame a profondément ému la population, qui a été choquée par ce qu’elle affirme être un crime raciste.

Après plus de vingt-quatre heures de cavale, l’assassin présumé a été arrêté très tôt dimanche matin. L’homme, qui a nié les faits, a été dénoncé par quelqu’un de son entourage «qui avait vu ses préparatifs». La police a retrouvé chez lui deux armes de chasse et un 4x4 Ford. Selon le procureur du tribunal de Dunkerque, «l’enquête va désormais consister à faire parler les armes et le véhicule». Deux cents policiers et une trentaine d’officiers de la police judiciaire étaient mobilisés depuis vendredi soir pour l’arrêter.

Un crime unanimement condamné

Le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a violemment condamné un crime qu’il a qualifié de raciste. «On a tué par racisme, on a tué par intolérance et je crois vraiment que la France ne peut pas supporter ça», a-t-il notamment affirmé en appelant à rejeter «ces intolérances qui conduisent à des gestes extrêmes». Selon le Premier ministre, «la France, ce pays de la République, ce pays de la tolérance, doit faire en sorte qu’on écoute toujours les autres et qu’on chasse toujours ce racisme». Il a également affirmé garder aujourd’hui «une blessure au fond du cœur».

En visite à la mosquée de Paris, Nicolas Sarkozy a pour sa part affirmé vouloir combattre le racisme «avec la dernière énergie». Le ministre de l’Intérieur, qui s’y était rendu dans le cadre de ses consultations pour la création d’une structure représentative du culte musulman et pour promouvoir un «islam de France», a estimé que sa visite, qui devait être un jour de joie, était désormais «un jour de deuil». «Le racisme est un cancer qu’il faut extirper de notre société», a par ailleurs déclaré Nicolas Sarkozy. «Ses auteurs seront poursuivis, condamnés et punis avec la plus grande sévérité», a-t-il ajouté en soulignant que «le racisme était l’ennemi de la République».

Le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) a, de son côté, annoncé son intention de porter plainte pour «crime et violence à caractère raciste». Un communiqué de cette association a d’ailleurs condamné «avec horreur» ce drame.

FRANCOPHONIE.Quand la Francophonie aide les démocraties

Voilà dix ans que la plupart des Etats francophones de l'Afrique, de l'Europe centrale et orientale, de l'Asie du sud-est ou encore des Caraïbes se sont engagés dans un mouvement de démocratisation de leurs institutions politiques. Les acquis des changements survenus après la fin de la Guerre froide sont néanmoins très fragiles, l'actualité récente montrant que les retours en arrière sont toujours possibles. C'est consciente de ces risques que, ces dernières années, la Francophonie a intensifié ses actions vers la consolidation de ces démocraties en devenir.

Il y a encore dix ans, explique Roger Dehaybe, Administrateur général de l'Agence intergouvernementale de la Francophonie, les actions «dans le domaine de l’Etat de droit, de la démocratie, de la consolidation des institutions, de soutien aux ministères de la Justice, aux processus électoraux, n'étaient qu’une activité parmi d'autres de la Francophonie. C'est le Sommet de Hanoï qui leur a donné une impulsion politique forte, à travers l'élection d'un Secrétaire général, Boutros Boutros-Ghali, dont c'est la mission. Depuis lors, toute une série d'initiatives politiques ont été prises dans le domaine de la médiation, de la consolidation de la paix, etc. On peut dire, aujourd’hui, que le volet politique est venu conforter la démarche de la Francophonie dans toutes ses autres dimensions». Les actions menées dans le domaine de la coopération, de la culture ou encore de l'éducation (par exemple pour le pluralisme culturel, le pluralisme des médias, et de l'audiovisuel en particulier) participent certes à l'action de type démocratique, mais la Francophonie, pour ne pas donner l'impression d'actions partielles, n’a pas voulu faire l'économie d'un vrai débat politique.

Le symposium de Bamako a à cet égard introduit une rupture ou un changement de braquet: à partir du recensement de tout ce qui avait été fait par le passé dans le domaine du soutien à la démocratie, la communauté francophone a décidé d'aller plus loin et de faire mieux. Elle a en effet décidé, collectivement, de prendre politiquement position sur des situations parfois difficiles (coups d'Etats, violences politiques, etc...). Pour ce faire, elle s'est dotée à Bamako de points de références clairs au plan politique : dorénavant, par exemple, un coup d'Etat renversant un régime démocratique entraînera automatiquement la suspension de la participation de cet Etat, la violation massive des droits de l’Homme, celle de la coopération, etc. Il lui reste désormais à définir concrètement les mécanismes d'application de ces directives démocratiques normatives, ce qui devrait être fait lors du Sommet de la Francophonie de Beyrouth.

L'un des signes évidents de cet engagement accentué en faveur de la consolidation de la démocratie et de la paix réside dans sa présence dans les tentatives de règlement des conflits qui agitent le monde francophone. La communauté francophone travaille ainsi depuis le début avec l'Union européenne pour la relance du dialogue inter-togolais, avec l’Organisation de l'unité africaine aux Comores afin de rapprocher les positions d'Anjouan et de la Grande Comore, et s'investit pour mobiliser les bailleurs de fonds internationaux en faveur du Burundi. D'une manière générale, elle lie la médiation et l’accompagnement ;ce dernier volet comprenant aussi bien l'aide à la préparation des élections, leur observation et la définition de projets de coopération pour enraciner sur le terrain des pratiques démocratiques.

Une approche francophone originale

La démarche francophone de consolidation démocratique se veut pragmatique et proche du terrain. «Ce qui caractérise la coopération francophone, donc aussi son action politique, souligne Roger Dehaybe, c'est sa grande écoute et son véritable ancrage sur le terrain. Les projets de la Francophonie sont de vrais projets participatifs qui sont menés chaque fois en impliquant effectivement les bénéficiaires, en faisant participer les populations, les experts, etc...». La préparation du symposium de Bamako en est un bon exemple puisque, qu'il s'agisse notamment des volets «électoral» ou «partis politiques», à chaque étape de sa préparation ont été associés en grand nombre des experts des pays membres : universitaires, magistrats, politiques, militants des droits de l'Homme, parlementaires, etc... Cette méthodologie a permis d'établir des documents où s’exprime la vision des gens de terrain. Elle a surtout eu deux résultats tangibles. D'une part, il y a eu mobilisation de multiples personnes, qui se sont elles-mêmes réunies et qui continuent aujourd'hui à fonctionner en réseaux. D'autre part, comme l'explique Roger Dehaybe, «on est à peu près sûr de ne pas s'être trompés, et d'avoir restitué à des ministres, donc à des politiques, des points de vue qui étaient de vrais points de vue de terrain». Selon lui, «l'originalité de l'approche de la Francophonie c'est de travailler pour le terrain, avec le terrain et, finalement, d'être moins technocratiques».

De nombreux programmes, sans être directement politiques, contribuent néanmoins à conforter et à consolider les démocraties naissantes. C'est par exemple le cas des actions menées pour la pérennisation et le développement du pluralisme médiatique et pour l'amélioration de la qualité de l'information délivrée à l'opinion publique au Sud. Le Fonds d'aide à la presse écrite indépendante, qui, là encore, fonctionne à partir d'avis d'experts et non pas selon le souhait d'une administration quelconque, a ainsi depuis trois ans permis à une cinquantaine de journaux indépendants du Sud de se développer ou de se renforcer. Bien souvent, cette aide, qu'elle soit financière, matérielle ou de formation, a favorisé la survie de ces titres triés sur le volet pour leur qualité. Parallèlement a été mis en place le réseau Médiaf, dont l'objectif est d'encourager la circulation des informations au niveau régional : depuis Lomé, un correspondant journaliste de l'Agence analyse tous les jours la presse du réseau et suscite des collaborations, attire l'attention sur des sujets originaux, favorise la réalisation de dossiers thématiques qui sont diffusés et repris dans la presse des journaux membres. Par cette circulation horizontale de l'information, la Francophonie contribue à en améliorer la qualité en ne faisant plus dépendre les journaux des seules dépêches des grandes agences mondiales dont l'Afrique est souvent absente. Autre expérience, enfin, celle de la constitution d'un réseau d'une cinquantaine de radios rurales africaines, soutenues par la Francophonie, qui a directement négocié leur existence avec les Etats ; ces derniers prenant l'engagement de ne pas s'ingérer dans leurs activités dès lors qu’elles se cantonnent dans leur rôle de radios de proximité et de service... Quoique cette action ne soit pas, là encore, directement politique, elle n'en contribue pas moins à asseoir dans ces pays un pluralisme de l'information dont a nécessairement besoin toute société en voie de démocratisation.

 

PARIS. LA FRANCE A ENVOYÉ 200 SOLDATS EN CÔTE D'IVOIRE

Négociation ou affrontement en Côte d'Ivoire ?

C’est toujours l’incertitude qui domine ce lundi dans le traitement de la crise ivoirienne. On ignore notamment comment les autorités veulent dénouer la crise, par la négociation ou par les armes. Paris a envoyé des renforts en Côte d’Ivoire pour assurer la sécurité de ses ressortissants. Un détachement de militaires français est stationné depuis la nuit dernière sur l’aéroport de Yamoussoukro, à moins de deux cents kilomètres de Bouaké, toujours tenue par les «mutins».

Au cinquième jour de la mutinerie, tous les regards se tournent vers le Nord. La semaine qui démarre sera décisive. Les autorités semblent bien déterminées à se lancer à la reconquête de Bouaké et Korhogo, les deux villes toujours contrôlées par les mutins. Ces derniers n’ont pas modifié leurs positions depuis le début de leur action, jeudi à l’aube : ils veulent obtenir l’assurance qu’ils ne seront pas démobilisés. Ils affirment n’avoir rien à voir avec le défunt général Robert Gueď, accusé par les autorités d’être à l’origine de la présumée tentative de coup d’état. Mais, selon leur porte-parole interrogé sur nos antennes, aucune négociation n’a été nouée avec les autorités, qui continuent d’exiger leur désarmement en préalable, ce qu’ils refusent. En revanche ils affirment avoir repoussé un assaut de la garde présidentielle au cours de la nuit dernière.

Pourtant de nombreuses voix s’élèvent, dans le pays et à l’extérieur, pour inciter à la discussion. L’ancien chef d’Etat, Henri Konan Bédié a appelé à la négociation. Hors de Côte d’Ivoire, le chef de l’Etat sénégalais, Abdoulaye Wade, président en exercice de la CEDEAO, affirmait lundi matin sur RFI (écouter «l’invité Afrique») que la France mène actuellement une mission de dialogue qu’il encourage. Paris est d’ailleurs sur cette longueur d’onde et a pris position en faveur d’une solution négociée. De son côté le président malien a annoncé la disponibilité de son pays «pour les missions de paix et de médiation dans (la) sous-région (…)».

Soldats français à Yamoussoukro

C’est dans ce contexte que des soldats français son arrivés au cours de la nuit à Yamoussoukro, au nord d’Abidjan, à moins de deux cents kilomètres de Bouaké. Leur convoi est composé d’une centaine de véhicules et ils ont pour mission d’assurer, si nécessaire, la protection des expatriés français et d’autres membres de la communauté internationale (notamment des Américains résidents dans cette localité), voire de les mettre en sécurité. L’état-major français insiste sur cette dimension de la mission de ses soldats et se défend de toute forme d’ingérence dans le conflit. Six cents français résident à Bouaké et quatre-vingts à Korhogo, sur un total de vingt mille dans le pays.

Le conflit s’est compliqué d’une dimension internationale. La frontière terrestre ivoiro-malienne a été fermée à Pogo, attaquée dimanche par des soldats mutins, selon des témoignages rapportés par l’AFP. Des sources diplomatiques, citées par l’agence Reuters, font état de rebelles s’exprimant en anglais, originaires du Liberia. Enfin rappelons qu’au lendemain du début de la mutinerie le ministre de la Défense avait mis en cause un pays voisin, le Burkina, soupçonné de longue date d’abriter des forces dissidentes. Dans les heures qui suivirent, à Abidjan, des habitations de ressortissants burkinabé étaient incendiées dans les quartiers populaires. Selon eux, les forces de l’ordre, et plus précisément la gendarmerie, sont à l’origine de ces violences qui ont provoqué la fuite de plusieurs milliers de personnes. La Croix rouge internationale déclare accueillir 1450 déplacés. Dans un communiqué, «le CICR rappelle à tous les porteurs d’armes qu’ils ont obligation de respecter les principes fondamentaux du droit humanitaire».

La télévision publique ivoirienne annonce que, depuis jeudi, il y a eu deux-cent soixante-dix morts et trois cents blessés. Le président Laurent Gbagbo a décrété la prolongation du couvre-feu «sur l’ensemble du territoire national» jusqu’au 29 septembre.

FRANCE- Immigration

Comment Hamid et Malika ont été privés de mariage

Le mariage de Malika et d’Hamid n’a pas eu lieu. Après deux tentatives en deux semaines, les tourtereaux en sont toujours au même point : célibataires. Car le maire de Valence, la ville de la Drôme dans laquelle réside la promise depuis 12 ans, a refusé d’unir la jeune femme avec son fiancé, un Marocain détenteur d’un visa touristique expiré, donc en situation irrégulière. D’une histoire d’amour, on est passé à une guerre administrative menée à grand renfort de forces de l’ordre.

Tout a commencé lorsqu’ils étaient enfants. Malika aimait Hamid qui aimait Malika. Ils vivaient tous les deux au Maroc. Mais la vie les a séparés. Malika s’est mariée, a eu deux enfants, et s’est installée en France dans la bonne ville de Valence. Divorcée, elle a retrouvé Hamid durant ses séjours au Maroc oů il est employé dans l’industrie informatique. Ils ont décidé de se marier… en France.

Hamid a donc fait le voyage vers l’Hexagone avec un visa touristique d’un mois. Arrivé le 10 aoűt, il aurait dű repartir le 10 septembre. Un délai trop court pour faire aboutir les démarches administratives. D’autant que les autorités ont lancé la procédure habituelle d’enquête pour s’assurer qu’il ne s’agissait pas d’un mariage blanc. Ce qui a, d’après les avocats du couple, été établi sans ambiguité. Le mariage a donc été fixé au 14 septembre. Quatre jours après l’expiration du visa.

C’est pour cette raison que lorsque les fiancés se sont rendus à la marie, Patrick Labaune, premier magistrat (UMP), a simulé un malaise et a laissé tout le monde en plan pendant trois heures dans une salle des mariages remplie par la famille et les amis de Malika et Hamid. Tant et si bien, que ces derniers sont repartis sans être unis et en se disant que le mariage n’est décidément pas un long fleuve tranquille.

«Au nom de la loi, on ne pouvait pas les marier»

Le maire a ensuite confirmé qu’il ne voulait pas célébrer ce mariage en raison de la situation irrégulière dans laquelle se trouvait le fiancé. «Au nom de la loi, on ne pouvait pas les marier», a-t-il expliqué dans un premier temps. Il est même allé jusqu’à démissionner de son poste avec tout son conseil municipal lorsque le préfet, Christian Decharrière (ancien membre du cabinet de Daniel Vaillant lorsqu’il était ministre de l’Intérieur), informé de cette affaire, a décidé d’accorder à Hamid Bennaghmouch un délai d’une semaine pour lui laisser le temps de se marier avant de rentrer dans son pays. Mais la résistance du maire a incité le préfet à revenir sur sa première décision et à ordonner finalement que le fiancé soit reconduit à la frontière sans attendre la deuxième cérémonie, fixée entre-temps au 21 septembre.

Face à ce blocage administratif, les fiancés ont essayé de plaider leur cause. Hamid s’est expliqué auprès de plusieurs organes de presse sur ses intentions. «Je ne suis pas caché, ni en fuite car je n’ai rien fait de mal. Je voudrais seulement me marier avec Malika, que j’aime trop. Je l’aime depuis mon enfance». Ces arguments n’ont pas attendri Patrick Labaune pour lequel ils «auraient mieux fait de se marier dans leur pays, sans toutes ces complications».

Mais le coeur a ses raisons que la raison ignore souvent et les deux amoureux sont allés jusqu’au bout de leur tentative de mariage, décidément vouée à l’échec sous les cieux de Valence. La mariée s’est faite belle une deuxième fois, mais d’une robe blanche elle est passée à une tenue noire, symbolique, pour se rendre à la mairie oů se trouvait un adjoint de Patrick Labaune, chargé d’expédier les affaires courantes et paré d’un étrange ornement : une pancarte sur laquelle était inscrit «adjoint démissionnaire». Histoire de bien montrer l’état d’esprit de l’équipe municipale. Une scène tragi-comique qui s’est déroulée dans une mairie cernée de policiers, postés là pour intercepter le futur marié dès qu’il se présenterait, et au milieu d’une foule de deux cents personnes venues soutenir les époux contrariés. Le décor était planté et tous les ingrédients d’une farce médiatico-matrimoniale étaient réunis.

S’en sont suivis quelques échauffourées quand la police a tenté d’intercepter un homme masqué qui arrivait, croyant qu’il s’agissait d’Hamid Bennaghmouch. Deux personnes ont été blessées. Au lieu d’une cérémonie, on a assisté à une mascarade aux allures de manifestation, suivie d’une fuite de la promise émue par tant de bouleversements et si peu de serments. Quant au fiancé, il a renoncé plutôt que de se faire arrêter. Mais cette affaire a pris des proportions médiatiques. L’Association de solidarité avec les travailleurs immigrés (ASTI) a apporté son soutien au couple. Et ses avocats ont décidé d’engager une procédure pour «voie de fait» contre le maire de Valence qui n’avait pas le droit de refuser de marier Malika et Hamid et a usé d’un subterfuge pour ne pas le faire.

CÔTE D'IVOIRE. La CEDEAO au chevêt de la Côte d’Ivoire
Au moment où débute à Accra le sommet des chefs d’Etat de la CEDEAO sur la crise en Côte d’Ivoire, la situation reste très critique dans le pays. Les mutins continuent leur descente vers Abidjan, leur objectif. La France offre un «soutien logistique à la Côte d’Ivoire» et annonce une nouvelle opération d’évacuation engagée de conserve avec les Etats-Unis.
Les chefs d’Etats de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest se réunissent à Accra au Ghana pour tenter de trouver une solution au règlement de la crise en Côte d’Ivoire. La CEDEAO dispose d’un système de mise en alerte d’une force d’interposition, Ecomog (Ecowas monitoring group). Le président en exercice de l’organisation Abdoulaye Wade du Sénégal, fait part de son souhait de voir ses pairs africains donner leur aval pour la constitution de cette force qui comprendrait entre 3 000 et 4 000 personnes. Quelle serait sa mission assignée à une telle dans le contexte actuel en Côte d’Ivoire ? C’est une des questions que l’on se pose aussi dans les chancelleries des pays susceptibles d’être sollicités pour contribuer au financement d’un tel contingent. A ce propos Jean-jacques Louarn a recueilli la réaction de Bernard Valéro, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.
La CEDEAO, visiblement, n’opte par pour un engagement militaire. Sa force d’interposition se déploie pour justement favoriser le dialogue. L’Etat ivoirien ne semble pas favorable à cette procédure. Le gouvernement veut rétablir l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire, et les discours ne sont pas à la négociation. Moïse Lida Kouassi, ministre de la Défense, parle d’une prochaine offensive générale contre toutes les positions des mutins. Mais avant cette attaque annoncée, les mutins, eux, affirment que leur objectif reste «la descente sur Abidjan». Mais avant cela, il faut passer le cap de Yamoussoukro, la capitale administrative. De violents combats ont été annoncés à quelques dizaines de kilomètres de la ville, et selon des sources contradictoires la ville de Tiébissou, serait tombée aux mains des insurgés et reprise par les loyalistes. L’envoyé spécial de RFI, Olivier Rogez fait le point.
Au même moment, la France et les Etats-Unis décident de mettre en commun leurs efforts pour évacuer leurs ressortissants qui vivent à Korhogo et Ferkessédougou, deux villes du nord sous contrôle des mutins depuis le 19 septembre. Les premiers convois sont arrivés à l'aéroport de Yamoussoukro, où se trouve l'envoyé spécial de RFI, Olivier Rogez. Par ailleurs la France annonce qu’elle apporte un soutien logistique à la Côte d’Ivoire et réaffirme que les accords de défense entre les pays ne peuvent conduire à l’implication directe de son armée dans la crise ivoirienne. «Son soutien logistique» consiste donc à mettre à disposition des moyens de transport terrestres, un système de communication, et un soutien alimentaire sous forme de rations alimentaires. Le ministre de la Défense ivoirien, Lida Kouassi profite de cette occasion pour remercier la France et appeler ses compatriotes à ne pas se tromper d’ennemi. C’est le sens de la mise au point qu’il a faite au micro du correspondant de RFI, Claude Cirille. En effet, dans la presse ivoirienne, et dans de nombreuses capitales européennes des manifestations d’Ivoiriens en faveur du pouvoir d’Abidjan, dénoncent l’attitude de la France dans la crise ivoirienne. C’est le cas en Allemagne où des manifestants ont défilé dans les rues de Cologne, en scandant des slogans «Chirac dehors», «la France hors de Côte d’Ivoire», accusant l’ancienne puissance coloniale d’intelligence avec l’ennemi.
Le Burkina Faso au banc des accusés
Laurent Gbagbo, le président de la Côte d’Ivoire prend part à cette réunion d’Accra, ainsi que Blaise Compaoré, le président du Burkina Faso. Son pays est accusé d’aider, en sous-main, les mutins à mener une campagne de déstabilisation contre la Côte d’Ivoire. La presse ivoirienne, depuis le début des événements le 19 septembre, relaye des déclarations des autorités ivoiriennes qui parlent «d’agression étrangère», mais en désignant nommément Blaise Compaoré comme l’homme de l’ombre qui tire toutes les ficelles du drame qui se joue en Côte d’Ivoire. Dans les faubourgs d’Abidjan, les Ivoiriens n’ont pas manqué de s’en prendre aux Burkinabè et à leurs biens en saccageant leurs boutiques, pour ceux qui commerçants, ou en incendiant leurs maisons. La tension est montée d’un cran entre les deux pays lorsque le gouvernement burkinabé a annoncé qu’il ne resterait pas longtemps sans réaction faces aux souffrances de ses ressortissants en Côte d’ivoire. Le Burkina Faso a d’ailleurs amassé à sa frontière avec la Côte d’Ivoire, d’importants détachements de son armée. A la réunion d’Accra, Abdoulaye Wade espère provoquer un tête-à-tête entre Laurent Gbagbo et Blaise Compaoré pour une explication franche et directe. Selon le secrétariat général de l’organisation, cette rencontre d’Accra pourrait s’étaler «sur 48 heures s’il le faut car il faut partir d’Accra avec une solution de sortie de crise».
Le risque de la guerre civile
Alors que l’emprise des insurgés s’étend au nord du pays, des doutes grandissent quant aux capacités de l’armée loyalistes. Une situation qui fait craindre le pire.
Depuis jeudi le ministre de la Défense a déclaré «zones de guerre» les régions de Bouaké et Korhogo, ouvrant ainsi la perspective très prochaine d’une nouvelle offensive des Forces armées nationales de Côte d’Ivoire (FANCI). En l’état, il serait hasardeux de préjuger de l’évolution de la situation militaire à court terme. Nous sommes au neuvième jour de ce que l’on croyait être une mutinerie et, à part Abidjan où l’insurrection a tourné court, force est de constater que les loyalistes n’ont pas l’initiative et que, jusqu'alors, ils n’ont enregistré aucun succès sur le terrain en dépit des violents affrontements du début de la semaine, à Bouaké, pour tenter de chasser les mutins. Pire : ces derniers ont étendu leur contrôle sur le nord du pays en manifestant leur présence dans les localités de Ferkessédougou, Ouangolodougou et Niellé. Mercredi soir, un voyageur rapportait à l’AFP qu’ils étaient «maîtres de la situation» de Korhogo à Pogo, dernière localité ivoirienne avant la frontière avec le Mali. Jeudi soir, selon une source municipale, ils s’étaient emparés d’Odienné, dans le nord-ouest, élargissant ainsi le champ de leur conquête. Autant de bases arrières potentielles au cas où ils devraient céder à la pression militaire loyaliste attendue.
Mais qui sont-ils ? Et quels sont leurs intentions ? Faute de communiquer clairement il faut se contenter de bribes d’informations qu’ils délivrent avec parcimonie. Ils appartiendraient, pour certains d’entre eux en tout cas, à ce contingent d’hommes recrutés par le général Robert Gueï au lendemain du coup d’Etat qui le porta au pouvoir, en décembre 1999. Depuis le début des événements leurs porte-parole sont des sous-officiers qui présentent des revendications catégoriels : ne pas être prochainement démobilisés, comme l’ont décidé les autorités. Parmi eux se trouvent des déserteurs de l’armée, tel ce sergent, Fozié Tuo, qui déclare avoir été contraint d’aller se réfugier dans un pays étranger après avoir été injustement accusé d’avoir attaqué la résidence du général Gueï, en septembre 2000. Mais, dans le contexte ivoirien marqué par la fracture communautaire et les soupçons d’ingérence étrangère, le désordre ambiant est propice au recrutement de tous ceux qui ont un compte à régler avec le personnel politique abidjanais, opportunistes compris. Quant à leurs intentions, au-delà d’une réintégration au sein des forces armées, elles demeurent également floues et cette incertitude est renforcée par l’incapacité des loyalistes, jusqu’à ce jour, à rétablir l’ordre.
La carte montre un Etat divisé
L’évolution du conflit dépend donc maintenant de la disposition des forces armées nationales à mener rapidement à bien la contre-offensive. De toute évidence, les événements de ces derniers jours ont montré que celles-ci font face, non pas à une bande de soudards sans foi ni loi, mais à des hommes déterminés et relativement disciplinés. Ils auraient même réussi à obtenir, lors de manifestations de soutien, l’adhésion d’une partie des habitants des localités qu’ils contrôlent. Pas de pillage ni d’exaction constatés. Les autorités ivoiriennes affrontent des éléments aguerris et bien armés. Ce qui ne semble en revanche pas être le cas des FANCI. Certes la Côte d’Ivoire demeure l’une des principales puissances régionales : premier producteur mondial de cacao, cinquième de café et huitième d’hévéa. Mais de l’aveu même de son ministre de la Défense, s’exprimant au lendemain de la mutinerie sur RFI, les forces armées ne sont pas à leur meilleur niveau. L’effectif militaire de Bouaké ne méritait pas d’être qualifié de «garnison» et sa base aérienne n’accueillait aucun aéronef en état de voler. C’est également le cas de ses hélicoptères et avions de combat, de type Alpha Jet : ils n’ont pas participé aux dernières opérations. Sur le papier, l’armée de terre ivoirienne compte quelque 6 800 hommes et une soixantaine de véhicules blindés, sans compter les effectifs de gendarmerie (8 000 hommes) et une garde présidentielle forte de 1 100 hommes, entièrement recomposée depuis le putsch du général Gueï. Mais les événements de ces derniers jours interrogent sur ses véritables capacités opérationnelles.
Aujourd’hui la carte de la Côte d’Ivoire montre un Etat divisé. Avec, sous réserve d’une évolution rapide de la situation, un Nord hors de contrôle pour l’autorité centrale et un Sud incapable de restaurer sa souveraineté sur l’ensemble du territoire. A moins qu’il n’obtienne dimanche, à l’issue du sommet de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, qui se tiendra finalement à Accra, un soutien militaire régional. D’ores et déjà le Nigeria a anticipé sur le cours des événements et a déployé les forces aériennes qui font cruellement défaut aux Ivoiriens. Signe qu’il va falloir déployer sur le territoire national des moyens de coercition coûteux et sophistiqués, pour venir à bout de la rébellion, comme ce fut le cas en Sierra Leone voici quelques années. Partition du pays, intervention militaire, assistance étrangère : on pourrait alors évoquer une entrée du pays en guerre civile. A moins que la diplomatie et la négociation ne parviennent à désamorcer la crise.
 

DAKAR. SENEGAL. Le pays en état de choc après la tragédie du Diola
Trois jours après le naufrage du Diola, au large de la Gambie, au moins 350 corps ont été retrouvés et autant de personnes sont encore portées disparues. La catastrophe semble s’être produite à cause de la tempête, mais aussi, selon le président du Sénégal, Abdoulaye Wade, à cause d'un «cumul de fautes». Les Sénégalais demandent des comptes au gouvernement.
Le président sénégalais, Abdoulaye Wade, n'a pas résisté à la vague de douleur des familles des victimes suite au naufrage du «Titanic sénégalais». Samedi 28 septembre, au troisième jour de ce qui restera comme la plus grande catastrophe humaine de l'histoire du Sénégal, des milliers de parents, amis et de simples citoyens, ont marché sur le palais présidentiel pour dire leur douleur qu'ils mettront du temps, un très long temps à effacer de leur cœur et de leur mémoire. Devant les grilles de la mythique résidence du Président, des grappes humaines difficilement contenues par un important dispositif policier ont crié leur colère et dit ce qu'elles attendaient désormais de l'Etat dont la responsabilité est évidente dans cette tragédie.
Devant un président Wade au visage fermé et attentif, le porte-parole des familles des victimes a lu leurs exigences. Il s'agit -entre autres points- de la restitution des corps aux familles dès leur identification ; la diligence des opérations de secours pour sauver encore ce qu'il y a à sauver puisque semble-t-il deux passagers auraient réussi à utiliser leur téléphone portable depuis les cales du Diola pour appeler à l'aide ; la participation de sept délégués à la Commission d'enquête ; un bulletin d'information toutes les demi-heures et un service d'accompagnement des familles pour l'enterrement.
Wade a montré de la compassion devant la douleur indicible des familles des victimes qui crient leur colère et leur douleur. Une douleur qui met à nu ce que la presse n'avait cessé de souligner depuis le début du drame, à savoir la responsabilité de l'Etat et de plusieurs de ses services. «Ma conviction est qu'il y a eu des fautes et des négligences, mais c'est l'enquête qui le déterminera; il y a eu surcharge de passagers et de fret; le bateau était il en état de naviguer avec un tirant d'eau et un moteur en moins. Pourquoi a-t-on autorisé 796 passagers pour une capacité de 540 ?». Tout en prenant des précautions d'usage «par équité» Wade cible certains de ses ministres, comme celui des Forces armées, Youba Sambou en charge de la gestion du bateau; le ministre de la Pêche et celui des Transports.
Désolation et polémique
Cette sortie émouvante-et cependant tranchante- du chef de l'Etat sénégalais est une nouveauté dans les mœurs politiques du pays en matière de gestion des catastrophes. En effet, alors qu'en général, on se réfugie derrière une hypothétique commission d'enquête, le Président Wade accepte d'y inclure le regard suspicieux des parents des victimes. Plus inédit: pour la première fois, un chef d'Etat sénégalais admet publiquement avant toute enquête la responsabilité de l'Etat dans une catastrophe de cette envergure. «Oui, l'Etat est civilement responsable dans ce drame, aussi toutes les familles des victimes seront indemnisées. J'ai demandé qu'on établisse avant même la fin de l'enquête la liste de tous ceux qui ont perdu des parents». Le chef de l'Etat a également annoncé qu'il avait demandé que les résultats de l'enquête soient prêts dès lundi, dans l'après midi. Sur un autre plan, pour répondre au besoin d'informations des parents, le président sénégalais a annoncé que la liste des disparus serait affichée dans un certain nombre de lieux publics (hôpitaux et mairies) et que des photos seraient publiées «dans les journaux, si possible».
Mais au-delà de ces innovations, ce que les observateurs noteront, c'est que le président Wade a démenti publiquement les premières déclarations de certains membres de son gouvernement, en premier lieu de son Premier ministre Mme Mame Madior Boye, de son ministre desTtransports, Youssoupha Sakho et du ministre des Forces armées, Youba Sambou, qui, quelques heures après le drame, excluaient toute idée de faute humaine et défaillance technique en avançant la thèse d'éléments extérieurs, comme les vents, la pluie et la tornade. S'appuyaient t-ils sur les avis des experts (militaires et civils) qui voulaient se laver de tout retour de bâton ultérieur?
Quoiqu’il en soit, si Wade reste dans la ligne de ses déclarations de samedi après midi et que ses accusations se confirment, des têtes sauteront, en premier lieu tout en haut de l'Etat, mais aussi dans les rangs des grands services de l'administration généralement habitués à passer entre les mailles des sanctions. Ainsi, par la force des choses, le remaniement ministériel dont la presse faisait ses choux gras en se basant sur des rumeurs et des suppositions, sera désormais politiquement fondé. Il ne sera plus question d'un rééquilibrage politique pour évincer tel et faire entrer un proche, mais bien de nettoyer un gouvernement et une classe politique qui bien souvent, trop souvent diront certains, se soucient plus son bien être que de celui des populations dont ils ont en charge jusqu'à les envoyer à l'abattoir, dans les fonds marines, comme c'est le cas du drame du «Titanic sénégalais».
Wade a, pour la première fois depuis deux ans et demi qu'il est au pouvoir, mis à exécution sa volonté de transparence politique dans la gestion des affaires publiques. Il a une chance unique de mettre en oeuvre une opération «mains propres», qui le réconcilierait avec des citoyens mécontents d'un pouvoir qui commence à décevoir leurs espoirs. En attendant, ce dimanche a été décrété par le président Wade, avec l'accord des chefs religieux «journée de prières». Lui s'est envolé vers Accra, au Ghana, pour le sommet de la Cedeao sur la crise ivoirienne.

PARIS. Jacques Chirac déterminé à tenir ses promesses

Désormais libéré du poids de la cohabitation, Jacques Chirac a marqué, lors de sa première intervention du 14 juillet depuis sa réélection, sa détermination et son enthousiasme à donner une nouvelle impulsion à la France. Le gouvernement Raffarin a clairement reçu l’approbation du chef de l’Etat pour son action dans les deux mois écoulés.

Un jeune militant d'extrême droite qui a ouvert le feu en direction du command-car du président Jacques Chirac, avant le défilé militaire du 14 juillet a été arrêté et placé en garde à vue. Quelques heures plus tard le président de la République se livrait à la traditionnelle intervention télévisée du chef de l’Etat à l’occasion de la fête nationale du 14 juillet, avant de participer à la réception donnée dans les jardins de l'Elysée.

Sa réélection à la présidence de la République et la victoire de son camp aux législatives n’incitent pas Jacques Chirac à la satisfaction mais bien plutôt à l’action. Ainsi, il a affirmé sa volonté de donner une «nouvelle impulsion à la France» dans le domaine économique, social et pour le respect de l’Etat républicain. Il a par ailleurs souhaité laisser la marque de son quinquennat dans trois domaines qualifiés de «grands chantiers dont la réalisation n’est pas aux mains des architectes»: la lutte contre l’insécurité routière, celle contre le cancer et l’insertion des handicapés dans la société.

Le président de la République maintient que les promesses faites pendant la campagne électorale seront tenues et que le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin à déjà beaucoup accompli en deux mois qu’il s’agisse de la sécurité intérieure, de la baisse des impôts ou de l’emploi des jeunes. Ce satisfecit du président de la République au gouvernement, «les engagements ont été tenus, et au-delà», s’étend à sa décision controversée de ne pas donner de «coup de pouce» au salaire minimum. Là aussi «le gouvernement a bien fait» de préférer l’harmonisation des différents SMIC à une augmentation.

Quant aux dissonances que certains avaient cru percevoir entre membres du gouvernement, Jacques Chirac les repousse d’un revers de main: «il n’a jamais été question» de remettre en cause par le biais d’une amnistie ou d’une modification de la loi les affaires d’abus de biens sociaux. Le député UMP Michel Hunault qui l’avait envisagé a tout simplement «eu tort». Et, l’objectif de réduction des impôts et charges «sera poursuivi» même si pour y parvenir des arbitrages en défaveur d’autres secteurs doivent être opérés. Non par idéologie ni politique, a précisé le président de la République, mais pour rendre à la France sa compétitivité et son attractivité.

Une nouvelle politique économique La nouvelle politique économique qui se dessine prévoit aussi une structure gouvernementale d’intervention massive quand des licenciements collectifs importants sont prévus. Les règles de transparence et de responsabilité des administrateurs dans les entreprises doivent être revues notamment pour répondre aux inquiétudes des marchés. Enfin, Jacques Chirac n’est aucunement disposé à sacrifier la puissance agricole française et, dans les négociation européennes sur la réforme de la politique agricole commune, la France fera preuve de fermeté.

Dans une intervention presque entièrement consacrée aux questions intérieures le chef de l’Etat a cependant abordé l’immigration clandestine qu’il différencie de l’immigration légale jugée nécessaire. Sur ce point, il a annoncé la réforme rapide du droit d’asile sur lequel une réponse doit, selon lui, intervenir en mois d’un mois, afin d’éviter le caractère «absurde» du système actuel. Jacques Chirac plaide aussi pour un renforcement de l’aide au développement, moyen de lutte contre «l’expatriation par misère». Enfin, il faut, dit-il, «trouver, punir, éradiquer» les systèmes mafieux qui prospèrent sur l’exploitation des candidats à l’immigration clandestine.

NATIONS UNIES.Compromis sur l’immunité des Américains

Un accord est finalement intervenu entre les Etats-Unis et les autres membres du Conseil de sécurité de l’ONU : les ressortissants américains obtiennent l’immunité devant la Cour pénale internationale et, en échange, le mandat de la mission des Nations Unies en Bosnie-Herzégovine est prolongé.

Quinze jours d’intenses tractations diplomatiques n’ont pas été de trop pour aboutir au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies r un accord entre les Etats-Unis et le reste du monde dont la Cour pénale internationale était l’enjeu. D’un côté, les Etats-Unis souhaitaient l’immunité totale et perpétuelle de poursuite devant la CPI pour les citoyens des pays non-signataires du traité de Rome instaurant la Cour, dcs lors qu’ils participent r des opérations de maintien de la paix des Nations Unies. Cette exigence avait pour objectif la protection des Américains engagés dans de telles opérations internationales et alors que les Etats-Unis ne refusent r rejoindre le camp des pays qui reconnaissent la CPI. Afin de témoigner de leur fermeté les Etats-Unis avaient menacé de ne plus participer aux missions onusiennes de maintien de la paix dans le monde, r commencer par la MINUBH, mission des Nations Unies en Bosnie-Herzégovine dont le mandat s’achcve.

Donnant-donnant De l’autre côté, les membres du Conseil de sécurité attachés r préserver cette Cour nouvelle-née, premier pas vers l’instauration d’une justice internationale. Mais ils étaient également coincés par la menace de veto américain sur la prolongation du mandat de la MINUBH qui doit laisser la place le 1er janvier 2003 r une mission de l’Union européenne.

Le donnant-donnant auquel on est finalement parvenu accorde l’immunité devant la CPI aux personnels, Casques bleus ou autres, des pays qui n’ont pas signé de traité instaurant la Cour et cela pour une durée d’un an. Toutefois le Conseil de sécurité précise sont intention de renouveler aussi longtemps que cela sera nécessaire cette immunité temporaire, chaque année le 1er juillet pour un an supplémentaire. En contrepartie, le mandat de la MINUBH est prolongé jusqu’au 31 décembre 2002. la MINUBH créée en 1995 est chargée du maintien de l’ordre et de la formation des forces de police en Bosnie. Elle agit également en faveur de la coordination des secours humanitaires et de l’aide aux réfugiés dans la région ainsi que pour la remise en état des infrastructures et le redressement économique.

SANGATTE.Fermeture prochaine du centre de Sangatte

L’annonce de la fermeture d’ici quelques mois du centre de la Croix-Rouge á Sangatte ne règle pas pour autant la question de l’afflux de candidats á l’asile en Grande-Bretagne. Londres a promis de revoir son dispositif juridique concernant l’immigration et l’asile et les responsables du tunnel sous la Manche renforcent les mesures permanentes de lutte contre le passage de clandestins.

Les ministres français et britanniques de l’Intérieur ont eu beau annoncer la fermeture du centre de Sangatte (Nord de la France) dans lequel s’entassent les candidats au passage frauduleux en Angleterre, élus locaux, en France, et commentateurs, Outre-Manche, attendent de juger sur les résultats.

Actuellement 1 500 personnes sont réfugiées au centre de la Croix–Rouge, en bordure de l’entrée du tunnel sous la Manche, alors que la capacité est de 800 personnes. Depuis l’ouverture du centre en 1999 on estime r 53 000 le nombre d’hommes femmes et enfants qui y ont séjourné plus ou moins longuement entre deux tentatives de passage nocturne et clandestin. Les gestionnaires de la Croix-Rouge avouaient ne plus maîtriser une situation dans laquelle les deux communautés les plus représentées, Afghans (plus de 50% des effectifs) et Kurdes (un tiers des réfugiés) en venaient parfois á des heurts violents. Outre l’aspect humanitaire des conditions de vie précaires offertes á ces personnes la sécurité n’y était plus assurée et les incidents ont fait á ce jour deux morts et une trentaine de blessés.

Retours volontaires Nicolas Sarkozy et David Blunkett ont donc annoncé que le centre serait fermé entre décembre 2002 et mars 2003 quand sera entré en vigueur le nouveau dispositif juridique en Grande-Bretagne, seul moyen de tarir á la source le flot des clandestins. En effet, selon Jacky Hénin, le maire communiste de Calais, ville proche de Sangatte, si la Grande-Bretagne ne change pas ses conditions d’accueil á l’immigration elle continuera d’apparaître comme un Eldorado, aux yeux des candidats á une autre vie, au grand bénéfice des réseaux mafieux de «passeurs».

Cette fermeture s’accompagne d’un plan d’aide au retour volontaire des réfugiés afghans, sous la houlette du Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés. Le HCR considère que la situation en Afghanistan permet désormais aux exilés de rentrer chez eux, ce que plusieurs organisations humanitaires contestent. Et, pour ceux qui ne seraient pas volontaires et «ne saisiraient pas cette chance» Nicolas Sarkozy évoque la possibilité d’expulsion. Les personnes qui ont fui l’Afghanistan déposent des demandes d’asile majoritairement pour la Grande-Bretagne, l’Autriche et l’Allemagne mais trcs peu pour la France, 250 par an environ et la France ne constitue dans ce cas qu’un pays de transit. En ce qui concerne les Kurdes, dont la communauté internationale reconnaît la persécution en Irak, la France et la Grande-Bretagne ont prévu de se répartir la charge de les accueillir.

Les transporteurs transmanche Eurotunnel et la SNCF qui militent depuis longtemps pour la fermeture de Sangatte n’en poursuivent pas moins de s’équiper contre l’immigration clandestine qui persistera aprcs la fermeture du centre de Sangatte. La SNCF consacre 7,5 millions d’euros á la sécurisation de son terminal ferroviaire du Pas-de-Calais ou les gendarmes continueront de patrouiller la nuit. De son côté Eurotunnel a investi 10 millions d’euros dans le renforcement des dispositifs de sécurité et d’alerte á l’entrée du tunnel.

PARIS. Mobilisation budgétaire pour la Sécurité

Nicolas Sarkozy, le ministre français de l'Intérieur, présente ce mercredi son projet de loi sur la sécurité au conseil des ministres. Il a obtenu un budget plus important que prévu qui sera utilisé notamment pour recruter des policiers et des gendarmes supplémentaires.

Le gouvernement a décidé de ne pas lésiner avec la sécurité, qui est devenue le domaine sur lequel les Français attendent des résultats. En octroyant une enveloppe supplémentaire de 5,6 milliards d’euros sur cinq ans pour la sécurité au ministère de l’Intérieur, auxquels il faut ajouter 3,65 milliards alloués au ministère de la Justice, il marque son engagement á agir pour rétablir la confiance des citoyens. Ces crédits sont, en effet, supérieurs r ceux qui avaient été annoncés jusqu’ici. Plus de neuf milliards au lieu de six, soit de quoi, selon Nicolas Sarkozy, permettre «une augmentation de 25 % des crédits d’équipement et de fonctionnement de la police et de la gendarmerie».

Le projet de loi d’orientation et de programmation sur la sécurité intérieure, qui doit être examiné le 16 juillet á l’Assemblée nationale, prévoit de créer d'ici 2007, 13 500 emplois supplémentaires (7000 pour la gendarmerie et 6500 pour la police), mais aussi de rendre définitifs plus de 2000 postes temporaires pour compenser les départs á la retraite. Six cents postes d’officiers de police judiciaire doivent ainsi etre créés dans les cinq prochaines années pour renforcer «les moyens d’investigation». Les renforts iront aussi vers les services qui s’occupent de la lutte contre le terrorisme, la sécurité routière, la police de proximité, la protection des frontières.

13 500 emplois supplémentaires Cette augmentation des effectifs de la police et de la gendarmerie, désormais placée sous l'autorité du ministcre de l'Intérieur et non plus de la Défense, va de pair avec un rapprochement des deux forces et une révision de leurs zones de compétences. Face aux changements inhérents á cette modification du fonctionnement des deux corps, Nicolas Sarkozy a appelé les policiers et les gendarmes á éviter «les querelles de boutons» et á s’engager «ensemble et sans arrière-pensées corporatistes» dans leurs nouvelles missions.

Les crédits supplémentaires serviront aussi á financer des programmes de construction et d'équipement des locaux. Les commissariats et les casernes en mauvais état seront rénovés, tout comme les parcs automobiles.

Un certain nombre de mesures sont destinées á améliorer le fonctionnement de la police de proximité. Les «zones périurbaines et rurales» dans lesquelles interviennent les gendarmes vont être revues. Les petites unités, qui dans certains cantons ne comptent que quelques hommes, vont être regroupées en «communautés de brigades» et placées sous un commandement commun pour limiter la dispersion des forces et permettre d’obtenir une meilleure efficacité, notamment la nuit. Les déplacements hors de leur zone de cantonnement des forces mobiles, CRS (compagnies républicaines de sécurité) et gendarmes mobiles á l’occasion de missions de maintien de l’ordre, seront dorénavant trcs limitées. Elles devraient au contraire intervenir en priorité sur les lieux de leur affectation. Le rôle des maires sera aussi renforcé pour permettre une meilleure coordination avec les polices municipales dans la lutte contre l'insécurité. Un office central pour la recherche des personnes en fuite sera créé. Et le ministre de l’Intérieur préconise encore la création d’un corps de réservistes de la police. Pendant cinq ans, aprcs leur départ á la retraite, qui intervient á 55 ans, les anciens policiers pourraient ainsi etre appelés en renfort en cas «d’événements exceptionnels ou de situations de crise».

Nicolas Sarkozy qui a déjá plusieurs fois fait part de son désir de voir policiers et gendarmes adhérer á la culture du «résultat», propose une publication mensuelle des statistiques sur la délinquance pour pouvoir évaluer en permanence les progrcs réalisés grâce á la mise en place de ce nouveau dispositif de lutte contre l’insécurité.

SICILE, ITALIE. Les Millions de la Fraude á la Banane

A la recherche d’un réseau de contrebande de cocadne, les autorités italiennes sont tombées, par hasard, sur un trafic de...bananes. Il s’agissait, en fait, d’une vaste fraude aux droits de douanes communautaires. L’Office européen de lutte anti-fraude (OLAF) débusque chaque année des détournements des finances de l’Union européenne portant sur plusieurs centaines de millions d’euros.

De 1997 á 2000, un petit commerçant a mis sur pied un vaste réseau, couvrant toute l’Italie centrale et méridionale, d’importation de bananes latino-américaines, frauduleusement certifiées en provenance d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique afin de bénéficier de droits de douanes inférieurs. Les premières sont taxées r 850 euros la tonne tandis que les secondes, en vertu des accords de coopération UE-ACP, ne sont taxées qu’á 55 euros la tonne. L’opération a porté sur 53 000 tonnes et a donc permis aux fraudeurs un détournement de plusieurs centaines de millions d’euros. Le magistrat italien chargé de l’affaire a souligné que le gain réalisé grâce á ce type de fraude est supérieur á celui qui résulterait d’un délit grave tel que l’importation d’une tonne de cocaïne.

C’est d’ailleurs de la cocaïne que les policiers venus contrôler un bateau au large de Catane en Sicile s’attendaient á trouver. Mais c’est grâce á l’Office européen de lutte anti-fraude et son expertise en matière de réglementation communautaire que les Italiens ont mis á jour les ramifications européennes de ce trafic illégal.

Une cagnotte convoitée Créée en 1988, l’Unité de coordination et de lutte contre la fraude (UCLAF) est devenue, en 1999, Office européen de lutte anti-fraude (OLAF) afin de mieux préserver les intérets financiers communautaires face á l’ampleur des convoitises que suscite la cagnotte européenne. Dans un livre vert de décembre 2001 proposant la création d’un procureur financier européen, la Commission européenne rappelle que la fraude aux financements communautaires décelée tant par les Etats-membres que par l’OLAF, en 1999, derniers chiffres connus, portait sur un montant évalué á 413 millions d’euros. Sur cette somme, 170 millions d’euros sont liés aux fraudes aux subventions agricoles.

L’OLAF traque les fraudes et détournements de fonds aussi bien á l’extérieur qu’á l’intérieur des institutions de l’Union européenne. Ainsi, il y a quelques jours, l’OLAF a rendu publiques des fraudes possibles sur des contrats conclus par Eurostat, l’office statistique des communautés européennes, avec des compagnies privées. En 1999, l’OLAF a mené 252 enquêtes portant sur des fraudes de l’ordre de 223 millions d’euros.

Selon l’OLAF, la fraude, comme celle dévoilée en Sicile concernant les bananes, est favorisée par la complexité de la réglementation communautaire, le caractère transfrontalier des fraudes, la fragmentation des compétences judiciaires sur tout le territoire de l’Union européenne qui facilite la vie de la criminalité organisée. Les poursuites pénales , notamment pâtissent du morcellement de l’espace pénal européen. C ‘est pourquoi la Commission européenne se prononce pour la création d’un procureur européen assurant la protection des finances communautaires.

BELGRADE SERBIE Première condamnation pour crime de guerre

Un ancien réserviste de l’armée yougoslave vient d’être condamné á 8 ans de prison pour crime de guerre. Il avait ouvert le feu sur des civils albanais désarmés

«J’ai ouvert le proccs avec un pistolet dans la veste», confiait, Dragan Tacic, le président du Tribunal de Prokuplje, dans le sud de la Serbie une fois la sentence rendue. Pour la premicre fois en Serbie depuis la chute de Slobodan Milosevic, une condamnation pour crime de guerre est prononcée: huit ans de prison ferme.

Ivan Nikolic, ancien réserviste de l’armée yougoslave, a été condamné pour avoir violé les normes internationales de droit humanitaire. Le 24 mai 1999, pendant les bombardements de l’OTAN sur la Yougoslavie, il a tiré sur deux civils albanais qui marchaient le long de la route, près du village de Penduh, au nord du Kosovo. Jugé peu aprcs les faits pour crime simple, il a été relâché. Mais depuis, les juges comme les procureurs de Prokuplje, ont été remplacés, les faits requalifiés de crime de guerre et Ivan Nikolic placé en détention provisoire.

«La veille de l’ouverture du procès, le 11 juin dernier, des camionnettes des partisans de Milosevic, de l’extreme droite et des vétérans de guerre, équipées de hauts parleurs, sillonnaient la ville pour appeler r manifester contre «un procès politique dicté par l’Occident», raconte Dragan Tacic. C’est applaudi par quelques centaines de manifestants que l’accusé avait pénétré le tribunal, les mains menottées, mais les trois doigts, signe de ralliement des serbes, triomphalement levés. «Souviens- toi de la date de ma sortie de prison!», invectivait furieux le jeune Ivan Nikolic, à l’encontre du président de la Cour, après avoir entendu sa condamnation.

Des témoins qui craignent les représailles Ce dernier soutient qu’au contraire, le pouvoir politique a manifesté trcs peu d’intéret. «Nous en sommes désolés, car on aurait aimé avoir des conditions de travail et de sécurité plus satisfaisantes», ajoute-t-il. «Il est trcs difficile de juger ce type de crime á Prokuplje», explique le président du tribunal: «Nous sommes r la frontière du Kosovo et la région a été investie par les déplacés serbes qui ont fui les exactions de la guérilla albanaise de l’UCK après les bombardements de 1999. Eux aussi espèrent une justice qui ne vient pas».

Aussi les témoins ont-ils peur des représailles et la catégorie juridique de témoin protégé n’existe pas en droit yougoslave. «Les memes témoins amnésiques ou flous déclaraient aux juges de l’époque que Ivan Nikolic se vantait d’avoir joué au Rambo et d’avoir dégommé des «balija» (nom péjoratif pour les musulmans ndla), affirme Dragan Tacic, qui a également pris en compte des éléments de preuve fournis par le Fonds pour le droit humanitaire (FDH) et le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie (TPIY).

Dans la foulée, deux autres procès vont s’ouvrir. Ceux de Sasa Cvjetan et Dejan Demirovic, deux réservistes des unités spéciales des «Bérets Rouges», accusés d’avoir tiré des rafales sur 19 civils albanais, dont 16 femmes et enfants, le 28 mars 1999. Cinq enfants ont survécu et vivent aujourd’hui en Angleterre, selon Natasa Kandic, la présidente du FDH. «S’ils acceptaient de témoigner, ce serait capital. Car l’opinion serbe a besoin d’entendre les récits prononcés devant les tribunaux nationaux», dit-elle.

En ouvrant le 14 juin dernier une conférence organisée par l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), sur le thème «Juger les crimes de guerre en Serbie et au Monténégro», le ministre yougoslave des Affaires Etrangcres, Goran Svilanovic, soulignait justement á quel point l’opinion serbe était récalcitrante á reconnaître que des crimes de guerre aient été commis par ses concitoyens: «Nos tribunaux sont capables de juger les pires crimes, mais l’encouragement de l’opinion n’existe pas lorsqu’il s’agit de faire face au passé et les politiques n’ont pas réussi á changer le cours des choses». A défaut des politiques, ce sont donc les juges qui ouvrent le processus, qui aboutira sans doute, comme le suggéraient les participants á la conférence de l’OSCE, á la création d’un Tribunal ad hoc national, spécialisé dans le jugement des crimes de guerre commis par tous ceux qui échappent au TPIY. Reste r savoir si le phénomcne prendra de l’ampleur, sachant que les moyens sont maigres, la coopération de la police faible, et la volonté politique presque inexistante.

PARIS. FRANCE. Polémique sur l’amnistie

Le projet de loi sur l’amnistie présidentielle, présenté mardi 9 juillet à l’Assemblée nationale, devrait avoir une portée limitée et ne pas concerner les délits politico-financiers. Le gouvernement Raffarin l’a assuré à maintes reprises mais cela n’a pas empêché de nombreux députés, de droite comme de gauche, d’en douter et de violemment critiquer l’intervention du député de l’Union pour la majorité présidentielle (UMP) Michel Hunault. Ce dernier, également rapporteur du projet de loi sur l’amnistie, estime en effet que la question des délits politico-financiers devrait, tôt ou tard, se poser «dans la plus grande transparence». Sa déclaration, considérée comme une préparation à une amnistie déguisée, a soulevé un tel tollé que le ministre de la Justice, Dominique Perben, s’est senti obligé d’intervenir pour affirmer que le gouvernement ne soutiendrait aucun amendement allant dans ce sens.

Avant même l’examen mardi par l’Assemblée nationale du projet de loi sur l’amnistie, la polémique fait déjà rage. Michel Hunault, a en effet mis le feu aux poudres en affirmant la semaine dernière «qu’on n’échappera pas, un jour, au débat sur le délai de prescription des abus de biens sociaux». Si le député de l’UMP a affirmé qu’«aucun amendement relatif à l’amnistie politico-financière» ne serait adopté lors de l’examen du projet d’amnistie, il n’a en revanche pas exclu que la question puisse être soulevée «dans la plus grande transparence», lors de la discussion du projet de loi sur la programmation de la justice qui doit être présenté devant l’Assemblée le 1er août prochain. Le garde des Sceaux Dominique Perben a eu beau affirmé que «d’une manière directe ou indirecte, il n’était pas prévu qu’il y ait d’amnistie des délits politico-financiers», la tempête de protestation déclenchée par Michel Hunault ne s’est pas apaisée.

Le Parti communiste français a ainsi violemment réagi en affirmant qu’une telle amnistie serait «inacceptable, scandaleuse et révoltante», tandis qu’au parti socialiste, Jean-Marc Ayrault estimait que Michel Hunault avait «dévoilé le pot au roses». Le député socialiste Arnaud Montebourg, qui s’était battu lors de la précédente législature pour faire traduire en justice le président Jacques Chirac, a jugé nécessaire la mise en place d’«un grand mouvement populaire de citoyens contre l’amnistie». Chez les Verts, Noël Mamère a, quant lui, dénoncé «un clan qui s’autoamnistie et s’exempte de toutes ses turpitudes». Des réactions similaires ont, paradoxalement, également fusé des rangs de l’UDF, pourtant partenaire de l’UMP dans la majorité. François Bayrou n’ a pas hésité ainsi à affirmer qu’il s’opposerait «de toutes ses forces» à un éventuel classement des affaires politico-financières. Et l’ancien juge d’instruction Thierry Jean-Pierre, porte-parole de Démocratie libérale, le parti du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, a déclaré qu’envisager une telle amnistie serait «une faute morale et une faute politique».

Le dilemme de la droite Le gouvernement Raffarin a beau refuser pour l’instant de s’engager dans la perspective d’une amnistie des affaires politico-financières, il devra tôt ou tard affronter les attentes de la droite. Celle-ci semble en effet condamnée à réformer le régime de l’abus de biens sociaux qui est au centre de plusieurs affaires embarrassantes pour l’actuelle majorité. Ce délit, qui réprime le mauvais usage qu’un chef d’entreprise fait des biens de sa société, notamment en versant des commissions ou payant des salaires fictifs, n’est pas prescrit au bout de trois ans comme les autres délits. Et plusieurs ténors de la droite, dont Alain Juppé –mis en examen dans les affaires visant la gestion de la mairie de Paris quand Jacques Chirac en était le maire–, peuvent difficilement échapper à un procès. Des procès qui menacent également de nombreux chefs d’entreprise qui attendent beaucoup de l’actuel équipe au pouvoir.

Le gouvernement Raffarin sait par ailleurs qu’il court un gros risque politique s’il s’engage dans des réformes visant directement ou indirectement à imposer une amnistie des affaires politico-financières. Les électeurs risquent en effet de très mal réagir à cette initiative, tout comme les jeunes «députés de terrain» qui tiennent à prendre leurs distances avec leurs aînés et à ne pas faire les frais de leurs errements passés.

PARIS, FRANCE Secousses à la Fédération française

La désastreuse campagne asiatique de l’équipe de France provoque depuis quelques jours une série de secousses au sein des instances fédérales. Le président de la Fédération Claude Simonet est en première ligne.

Fortement déstabilisé par le piteux échec des «Bleus» en Corée du Sud, par le départ – qui n’en est pas tout à fait un car il reste au sein de la direction technique nationale - de Roger Lemerre et la bataille pour lui désigner un successeur, le football français doit désormais faire face à la fronde des clubs amateurs qui réclament plus d’argent du monde professionnel.

Les lendemains de défaites sont propices à tous les déballages, publics et non publics. Le football français n’y échappe pas. Après la crise de la préparation de l’équipe de France, du jeu pratiqué pendant la Coupe du monde et du comportement des joueurs et celui de leur encadrement, on parle désormais gros sous. Cela a commencé avec le montant – tenu secret – des indemnités à verser à Roger Lemerre, déchargé de sa fonction de sélectionneur-entraîneur de l’équipe nationale. Certains ont parlé d’environ un million d’euros. Puis s’est poursuivi avec les révélations du Journal du Dimanche affirmant que le président de la fédération, au soir de la défaite lors du match d’ouverture contre le Sénégal, aurait royalement traité quatre convives à sa table, la facture représentant la très coquette somme de sept mille euros.

Quand la façade se lézarde, quand la vitrine se brise, inéluctablement chacun pose la question de savoir qui va payer la facture. Le président de la fédération est la cible toute trouvée d’autant que la note de frais est corsée. Cette campagne «anti-establishment» traduit plus profondément, les inquiétudes de tout le football qui, pour diverses raisons, sait que la période des vaches grasses est probablement terminée. Si le gâteau diminue, chaque part est condamnée à rétrécir. Le nouveau président de la Ligue professionnelle, Frédéric Thiriez ne dit pas autre chose: «la situation économique des clubs professionnels n’est pas très florissante; l’endettement s’est accru et les perspectives financières, à l’échéance des contrats de télévision en 2004 sont assez inquiétantes».

Nul ne sait quelle sera la réaction du public Les catastrophes n’ont cessé de s’accumuler ces dernières semaines: élimination de l’équipe de France, chute de la maison Vivendi qui doit avoir des répercussions sur la chaîne de télévision à péage Canal+ dont on évoque la cession à de nouveaux propriétaires. Canal+ a longtemps été le premier pourvoyeur de fonds de la fédération et des clubs et détient 90% du capital du Paris Saint-Germain. Les dirigeants de la chaîne ont déjà fait savoir qu’au terme du contrat qui les lie au football français, il ne leur sera plus possible de consacrer autant d’argent au football et qu’il faudra tout renégocier à la baisse. Par ailleurs, personne ne sait ni comment les annonceurs vont réagir, ni surtout quelle sera la réaction du public.

On a déjà noté que les femmes, en France, avaient déserté le petit écran après la défaite face au Danemark. Spectacle consensuel, l’élimination prématurée des «Bleus» a, peut-être mis un terme aussi à l’idée de spectacle familial qui avait accompagné la victoire de 1998. Devant le flou que représente l’avenir, on perçoit assez bien l’inquiétude des moins bien lotis, les amateurs, qui redoutent de faire les frais d’un bâtiment chancelant. Le football d’en-haut souffrira, mais le football d’en-bas davantage encore.

La situation risque de se prolonger pendant plusieurs mois, le temps que le championnat reprenne et que l’équipe de France entame les éliminatoires de l’Euro 2004. D’ici là, les dirigeants vont se retrouver sur la sellette à intervalles réguliers. Ceux qui ont rêvé à la deuxième étoile de champion se retournent contre ceux qui ont alimenté leurs rêves. Il faut des coupables à cette formidable désillusion. Un climat délétère s’est insinué. Seule une cascade de résultats positifs du onze national et des clubs dans les compétitions européennes pourra inverser la tendance qui veut que tout va mal. Chacun des groupes concernés va devoir se retrousser les manches et se remettre au travail. Pour autant secousse n’équivaut pas encore à séisme.

 

Copyright ©2000-2002 NY Day Book, Inc.  
email us home