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Law Offices
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ANNAMARIA
LOMBINO. P.C
JERRY BROWN,
Legal
Assistant
Immigration-
Divorce-Criminal
212- 564-8500
DES DIZAINES DE MILLIERS DE
PERSONNES MANIFESTENT A PARIS
La manifestation nationale pour la défense du service public
d'éducation et contre les suppressions de postes a démarré, dimanche
19 octobre, peu après 13 heures de la place d'Italie à Paris. Selon
les organisateurs, 80 000 personnes, s'étaient réunis. Venus d'un peu
partout en France, les manifestants, dont une majorité d'enseignants,
doivent rallier la place de la Bastille, répondant à l'appel de 47
organisations qui redoutent que l'éducation ne soit plus une priorité.
Du cortège, surplombé par de
nombreux et immenses ballons aux couleurs des syndicats, fusaient le
slogan "Investir dans l'école c'est l'avenir" ou encore cette citation
d'Abraham Lincoln : "Si vous trouvez que l'éducation coûte cher,
essayez l'ignorance". Une affiche fustigeait le ministre de
l'Education, Xavier "Darcos médaille d'or du mépris". Cette
mobilisation intervient avant l'examen à l'Assemblée nationale, le 4
novembre du budget de l'éducation qui prévoit 13 500 suppressions de
postes en 2009, après 11 200 en 2008, et 8 500 en 2007. Patrick
Gontier, secrétaire général de la fédération Unsa, a qualifié le
cortège de "première vraie manifestation de la rentrée sociale". "On a
posé la question de l'éducation comme une question d'avenir et les
gens sont au rendez-vous", s'est réjoui M. Gontier selon lequel "la
crise économique renforce le besoin de cohésion et donc le besoin de
service public. Dans les moments de crise, s'il n'y a pas de
solidarité nationale, ce sont les plus démunis qui trinquent". Au-delà
des slogans généraux entendus dans le cortège, de nombreux
manifestants protestaient contre la suppression des Rased (maîtres
spécialisés dans la lutte contre l'échec scolaire) en scandant "Agir
pour la réussite de tous, c'est renforcer les Rased, pas les fermer".
Dimanche matin, la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie
Pécresse, invité du "Grand rendez-vous" d'Europe 1 / Le
Parisien-Aujourd'hui en France a estimé que les raisons de la
manifestation étaient "injustifiées et décalées". "Nous avons fait en
deux ans des changements profonds dans l'éducation. Nous allons
poursuivre", a insisté la ministre, citant "le soutien scolaire pour
les plus défavorisés", "l'assouplissement de la carte scolaire", "la
revalorisation en cours des carrières des enseignants", la "refonte
des programmes du primaire".
En réponse, le leader de la FSU,
Gérard Aschieri, "aimerait que le gouvernement cesse de faire
l'autruche" et voit que la mobilisation de dimanche "exprime beaucoup
de mécontentement et beaucoup d'attente en termes de postes mais aussi
d'orientation, de lutte contre l'échec et réussite de tous les jeunes".
Un sondage Ifop pour Dimanche Ouest-France "montre qu'on est largement
compris", a insisté M. Aschieri en référence à une enquête selon
laquelle 69 % des personnes interrogées jugent "justifiée" la
mobilisation des enseignants.
AUTRE SUICIDE DANS UNE PRISON EN
ALSACE.
Un détenu s'est pendu vendredi 17 octobre dans sa cellule de la
maison d'arrêt d'Ensisheim (Haut-Rhin), a-t-on appris samedi auprès du
Parquet de Colmar. Ce drame vient s'ajouter à la série noire des
suicides dans les prisons en France et plus particulièrement ces
derniers jours en Alsace. Il s'agit d'un détenu d'origine
marocaine de 45 ans qui purgeait une peine de trente ans de réclusion
pour meutre, dont vingt avec sûreté, mais qui "n'était pas connu pour
avoir des tendances suicidaires", selon le Parquet. Incarcéré depuis
1996, l'homme faisait régulièrement l'objet de procédures
disciplinaires et il avait été changé à plusieurs reprises
d'établissement pénitentiaire
Un médecin légiste s'est rendu sur
place. L'autopsie du corps sera pratiquée lundi. Une enquête pour
recherche des causes de la mort a été ouverte, "même s'il s'agit
clairement d'un suicide", a indiqué le Parquet. L'homme a été retrouvé
vers 18 heures pendu dans une cellule du quartier disciplinaire, où il
avait été placé dans la journée après avoir insulté le personnel et
refusé de réintégrer sa cellule, a précisé Carlo Di Egidio, délégué
régional de l'Union générale des syndicats pénitentiaires (UGSP-CGT).
Pour Carlo di Egidio, les circonstances du suicide n'ont "rien à voir"
avec celles du suicide, commis dans la nuit de jeudi à vendredi à
Strasbourg, d'un détenu qui avait été incarcéré alors qu'il avait déjà
commis une première tentative de suicide en garde à vue et qu'il avait
annoncé vouloir en finir avec la vie. Mardi, un autre détenu, âgé lui
de 16 ans, était mort à l'hôpital de suites d'une tentative de suicide
la semaine dernière dans le quartier des mineurs de la prison de
Strasbourg. Cette nouvelle affaire porte à 90 le nombre de suicides
depuis le début de l'année 2008, en hausse de 18 % par rapport à l'an
passé à la même époque, selon l'Observatoire international des prisons
(OIP). L'homme qui s'était suicidé dans la nuit de jeudi à vendredi à
Strasbourg "aurait dû être hospitalisé d'office" compte tenu de ses
tendances suicidaires, avait estimé samedi la CGT-pénitentiaire.
Christian Fischer, secrétaire régional de l'UGSP-CGT, avait pour sa
part déclaré : "quand les personnes sont vraiment décidées à mettre
fin à leurs jours, à moins de mettre un surveillant derrière chaque
porte, on ne peut pas les en empêcher". De son côté, Faouzi Lamdaoui,
secrétaire national du PS à l'égalité, avait demandé au gouvernement
de "prendre conscience de la gravité de la situation et de mettre
immédiatement en place un plan d'accompagnement psychologique et de
rénovation des prisons françaises".
SARKOSY AUX QUÉBOIS:UNE
DÉCLARATION D'AMOUR.
Nicolas Sarkozy a fait une déclaration d'amour aux Québécois, à
l'occasion de sa visite à Québec, vendredi 17 octobre. Premier
président français à s'adresser à l'Assemblée nationale du Québec, M.
Sarkozy a répondu au premier ministre, Jean Charest, qui évoquait
combien Québécois et Français "sont unis par le coeur et par le sang",
par un éloge appuyé : "J'aime cet amour de la vie qui vous a permis de
survivre en tant que peuple en ne comptant que sur votre courage et
votre intelligence." Eloge qui n'excluait pas une flèche à la presse
québécoise, qui a critiqué le fait qu'il ait raccourci de trois jours
à 26 heures sa visite au Québec, "séchant" en partie le Sommet de la
francophonie ouvert vendredi, pour rencontrer samedi à Camp David le
président américain George Bush. "J'aime cette franchise qui se
traduit si bien dans votre presse !", avait lancé, souriant, le
président français. Sarkozy a aussi abordé la question, sensible
pour certains Québécois "nationalistes", des relations triangulaires
France-Canada-Québec. "Les Canadiens sont nos amis, et les Québécois
notre famille", a-t-il affirmé. Plus tôt dans la journée, il avait
répliqué à ceux qui, au Québec, lui reprochent de trop privilégier sa
relation avec le Canada qu'il ne voyait "pas au nom de quoi une preuve
d'amour pour le Québec, fraternelle et familiale, devrait se nourrir
d'une preuve de défiance à l'endroit du Canada. La France est un pays
qui rassemble, et non un pays qui divise".
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FUSILLADE A CARCASSONE. SARKOZY
VISITE LES VICTIMES.
Le président Sarkozy a rendu visite, ce lundi matin, aux victimes
de coups de feu tirés, ce dimanche, par un militaire dans une caserne
de Carcassone dans le sud de la France. Dix-sept personnes ont été
blessées ; pour deux d'entre elles, dont un enfant de 3 ans, le
pronostic vital est engagé. L'auteur des coups de feu a été placé en
garde à vue et des enquêtes judiciaire et militaire ont été lancées.
L'incompréhension est d'autant plus
grande que le 3ème Régiment parachutiste d'infanterie de marine, le
RPIMA de Carcassonne, est un des plus « pros » de l'armée de terre.
C'est une formation spécialiste de l'assaut par la voie des airs, de
l'intervention d'urgence, de l'extraction de ressortissants. Elle a
été déployée au Rwanda, au Tchad, au Sud-Liban, en Ex-Yougoslavie, en
Irak, en Afghanistan.
C'est l'une des quatre unités de
choc de la 11ème Brigade parachutiste. Et, le Groupement commando
auquel appartenait le « tireur fou », est l'élite de l'élite, des
hommes qui maîtrisent parfaitement le maniement des armes, le respect
des procédures et qui ne paraissent pas susceptibles de confondre des
munitions.
Comme beaucoup de régiments en
province, le 3ème RPIMA avait à coeur de « vendre son image », auprès
de la ville qui l'accueille, mais également pour élargir son
recrutement, susciter des vocations... C'est aussi le désir, par ces
opérations portes-ouvertes, avec démonstrations spectaculaires, de
montrer que ces soldats sont utiles et efficaces, surtout en ces temps
de rigueur budgétaire et de fermetures annoncées de garnisons.
Mais, cette fois, la démarche se
retourne contre l'armée. Des mesures de précaution vont être mises en
oeuvre, surtout dans la perspective du défilé militaire du 14 juillet,
à Paris, où sont conviés tous les chefs d'Etat de l'Union européenne
et de la future Union pour la Méditerranée.
FOOTBALL. ESPAGNE
VICTORIEUSE DE L'EURO 2008.
Les Espagnols sont de nouveau champions d’Europe grâce à une
victoire incontestable sur une décevante Allemagne (1-0). Technique,
subtile, offensive, bien organisée : la meilleure équipe du tournoi
l’a emporté. En Espagne, dimanche soir, c'était l'euphorie : les
Espagnols ont envahi les rues des villes aux cris de « viva España ! »
et dans la pétarade des feux d'artifice.
C’était une affaire entendue, avant
le coup d’envoi du moins : pour tout ce qu’elle a montré pendant ces
trois semaines, l’Espagne méritait d’ajouter un deuxième titre
continental à son palmarès après celui, quasi antédiluvien, de 1964.
Mais l’Espagnol est superstitieux.
Et malgré toutes les certitudes liées à son jeu de passes flamboyant,
à son gardien en état de grâce, à sa défense enfin hermétique, à son
milieu aussi technique qu’accrocheur et à ses attaquants perforateurs,
il avait face à lui un chiffre maudit, le 13. Depuis 1954, l’Allemagne
a disputé treize finales de Coupes du monde ou de Championnat d’Europe.
Une finale sur deux ! Cette statistique vertigineuse illustrait à elle
seule la force de la « Nationalmannschaft ». Et cette habitude des
grands rendez-vous devait peser lourd à l’entame d’une affiche inédite
à ce stade de la compétition. D’autant que la dernière victoire
espagnole en match officiel face aux Allemands remontait à 1984. Tout
cela a été balayé au terme d'une finale dominée de la tête et des
épaules par les Latins malgré l'écart minimal.
Ballack finalement présent
Histoire et réalisme d’un côté, talent et obsession de rattraper le
temps perdu de l’autre : Allemagne-Espagne s’annonce comme l’apothéose
d’un Euro franchement enthousiasmant sur le plan du jeu. Soulagement
pour Joachim Löw, le sélectionneur allemand : Michael Ballack, le
capitaine et patron de l’équipe, qui ne s’était pas entraîné ces deux
derniers jours à cause de douleurs au mollet, est finalement bon pour
le service. Un souci pour Luis Aragones, l’entraîneur de la « Roja » :
le forfait du meilleur buteur du tournoi, David Villa, blessé. C’est
Cesc Fabregas, remplaçant magnifique, qui lui succède, laissant
Fernando Torres seul en pointe. 53 000 spectateurs garnissent les
travées d’un stade Ernst-Happel majoritairement favorable à la «
Mannschaft », proximité géographique oblige. Le Roi et la Reine
d’Espagne sont là, tout comme le Premier ministre espagnol José Luis
Zapatero et la chancelière allemande Angela Merkel.
Un festival d’approximations Une
fois évacuée la cérémonie de clôture, M. Rosetti, l’arbitre italien,
libère les 22 acteurs sous un beau soleil couchant. « Libère » est
d’ailleurs un bien grand mot. Les deux équipes semblent extrêmement
crispées. Lahm, puis Sergio Ramos, ratent deux passes en retrait qui
auraient pu coûter cher. Ce sont les Allemands qui sortent les
premiers de ce festival d’approximations. A la 9e minute, Hitzlsperger
cadre la première frappe, sans danger néanmoins pour Casillas. Grosse
frayeur dans la foulée pour les triples champions du monde : Xavi
décale Iniesta sur la gauche, dont le centre est repris par… Metzelder,
qui manque de tromper son propre gardien. Mais Lehmann, qui à plus de
38 ans possède désormais le titre de joueur le plus âgé d’une finale
d’Euro, dégage en corner au prix d’un beau réflexe.
Torres monte en puissance et marque.
L'atttaquant espagnol Fernando Torres a marqué le seul but de la
rencontre. Jusque là dominés dans l’attaque du ballon, les Espagnols
s’enhardissent et investissent plus volontiers le camp adverse.
Fernando Torres monte en puissance, et le prouve à la 23e minute en
concluant de la tête une superbe combinaison Sergio Ramos-Fabregas sur
la gauche ; le poteau droit du but allemand repousse sa tentative
alors que Lehmann était battu. A l’orée du dernier quart d’heure,
Fabregas tente sa chance de 20 mètres. Le portier allemand s’interpose.
Il ne pourra rien à la 33e minute : lancé en profondeur, Torres se
fraie un chemin entre Metzelder et Lahm, mal placés, et devance la
sortie de Lehmann pour ouvrir le score (1-0). Le Roi et la Reine sont
debouts !
Un malheur ne venant jamais seul,
Ballack s’ouvre l’arcade sourcilière suite à un choc avec Senna. Il
est soigné de longues minutes sur la touche avant de revenir, l’œil
droit cerné d’un gros hématome violacé. Visiblement nerveux,
multipliant les fautes grossières, le meneur de jeu de Chelsea reçoit
en compagnie de Casillas le premier carton jaune d’une finale par
ailleurs plutôt facile à arbitrer.
A la pause, ce sont les Espagnols,
plus toniques, plus percutants, moins stéréotypés, qui sont
provisoirement champions d’Europe
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HAITI. LES ELECTIONS
AIDERONT-ELLES LE PAYS?
Les élections ont été reportées à
quatre reprises en Haïti. Elles sont maintenant fixées au 7 février.
Après le dernier report pour raisons techniques, le Conseil de
sécurité des Nations unies avait demandé au gouvernement provisoire de
fixer de nouvelles dates pour le déroulement des différents scrutins.
Le premier tour de la présidentielle et des parlementaires est donc à
nouveau programmé alors qu'Haïti reste encore dans une situation
chaotique.
De notre envoyée spéciale en Haïti
Ceux qui s'intéressent aux
élections en Haïti commencent à ne plus savoir combien de fois elles
ont été reportées. Quatre ? Cinq ? Six fois ? La dernière annulation
du scrutin prévu le 8 janvier semble avoir été accueillie dans le pays
comme une simple mauvaise nouvelle, une de plus. Résignés, certains
s’en remettent à Dieu. D’autres doutent que ces élections puissent
résoudre les difficultés du pays, ni à court, ni à moyen terme, pour
les plus pessimistes. A Godet, par exemple, à une heure de route de
Port-au-Prince, sur les hauteurs, une communauté de paysans vit des
produits agricoles provenant de ses terres fertiles, grâce au micro-climat
qui y règne. Les responsables de cette zone ont, depuis la mise en
place du gouvernement de transition en 2004, la possibilité de donner
leurs points de vue sur la situation de leur pays et d’avancer des
solutions. Une première en Haïti.
Jusqu’à présent, la paysannerie
avait toujours été exclue, traitée avec un dédain stupide par les
habitants des centres urbains qui les appellent moun an déyò, moun mòn,
moun bwa, santi bouk, mal degwosi (gens de dehors, gens des mornes,
gens des bois, ceux qui sentent le bouc, mal dégrossis...). Pour Jean
Coulanges, anthropologue, « les pouvoirs centraux ont profité de la
bonhomie du paysan, de sa faiblesse organisationnelle, de son
dénuement, pour l’utiliser à des fins militaires, politiques. On a
assisté à une décadence de la paysannerie, traquée par les milices,
envahie par les sectes dites chrétiennes, acculée par la misère à
abattre les arbres. Il s’en est suivi le déboisement, l’assèchement
des points d’eau, l’absence de productions, la misère ».
Eliophène Dérilus, précédent chef
de section à Godet, est un technicien agricole formé aux techniques de
reboisement, canaux d’irrigation, conservation des sols. Pour lui, les
élections présidentielles et législatives ne sauveront pas le pays
comme par magie : « sé nou menm, pou nou kapab ranjé péyi-a » (c’est à
nous de changer, d’organiser le pays). Le plus important à ses yeux,
est d’abord d’organiser les campagnes pour mieux répartir le travail,
bien installer les gens en milieu rural, assurer les raccordements en
eau, en électricité, consolider les routes. Il suffirait, selon lui,
d’être encouragé par un gouvernement qui soutiendrait le monde rural,
l’épaulerait et mettrait à sa disposition des agronomes « ki kapab »,
autrement dits compétents et non corrompus.
Un milieu rural ignoré
Pour ceux qui ont grandi en ville,
Eliophène et ses proches pensent que leur créer des emplois, dans des
usines, aiderait. Car si les jeunes se livrent à des larcins, « sé pa
paské li renmé fè-l men sé pas yo grangou » (ce n’est pas par vice
mais parce qu’ils ont la faim au ventre). Les habitants des
bidonvilles, comme le redouté Cité soleil, sont en grande partie des
descendants de la paysannerie déplacés vers la ville pour lesquels
aucune école, aucun centre de santé n’ont été construits.
Eliophène Dérilus descend souvent
en ville. Des affiches, un peu partout dans la capitale, à Delmas et
Petionville, rappellent que la campagne électorale a bien commencé.
Des panneaux quatre par trois, des doubles pages dans les quotidiens,
le Nouvelliste et Le Matin, des spots télé et radio, mais pratiquement
aucun débat à la télévision ou à la radio, avec le candidat « le plus
populaire ». Des voitures équipées de haut parleurs scandent les
slogans de René Préval et son nouveau parti « Lespwa » (L’espoir) : «
Pa chanje vie chodyè pou chodyè nèf » (il ne faut pas changer une
marmite usagée (qui a fait ses preuves) contre une marmite neuve).
Selon un sondage commandé par les
Américains, réalisé par l’institut Cid-Gallup, en novembre 2005, René
Préval arriverait en tête avec 32% d’intentions de vote même si le
favori se refuse à toute intervention publique ou médiatisée. René
Préval n’a accordé qu’une seule interview radiodiffusée lors d’un
meeting de campagne dans le sud-est, à Jacmel, le 12 décembre 2005.
Sans prendre de position claire pour se démarquer de son ancien «
marassa » (frère jumeau), Jean-Bertrand Aristide, René Preval, «
Tirené », a préféré laisser entendre qu’il ne s’opposerait pas à un
retour d’Aristide, citoyen haïtien. Cette position lui a coûté
quelques jets de pierre lors de son passage aux Gonaïves, le bastion
de l’insurrection mené par Guy Philippe contre Aristide, en décembre
2003. Mais rien, dans ses débuts de campagne, ni dans celles des
autres candidats, ne semble mettre la paysannerie en tête de chapitre,
quand pourtant elle représente les deux tiers de la population d’Haïti.
Pour Jean Coulanges, Haïti n’est
pas victime d’une malédiction mais a aussi toujours subi les assauts
de programme de mondialisation (depuis l’ère coloniale). Haïti doit
repenser les rapports sociaux entre paysannerie et bourgeoisie, ou
encore, pour l’écrivain Lyonel Trouillot « repenser la citoyenneté
haïtienne », quand encore aujourd’hui 40% des enfants nés sur cette
terre n’ont pas d’acte de naissance. Quand ils auront leur carte
d’électeur, les 3,5 millions d’inscrits auront, au moins eux, une
carte d’identification nationale, qui, en plus de leur permettre de
voter, les reconnaitra comme citoyens. Un aspect positif de ces
élections à venir, en attendant un salvateur « grand mouvement de
reconstruction nationale sans intérêt populiste », espère Jean
Coulanges.
ISRAEL. SHARON TOUJOURS DANS UN
ETAT CRITIQUE.
Nouvelle journée d’attente à Jérusalem concernant la santé d’Ariel
Sharon. Le Premier ministre israélien est encore dans un état « grave
», et il est pour le moment impossible d’évaluer dans quel état est
son cerveau.
Samedi matin, l’un des chirurgiens
qui avait opéré Ariel Sharon avait expliqué : « Il va mieux. Il faut
encore attendre deux ou trois jours. Nous allons faire un autre
scanner et s’il n’y a pas d’autres problèmes, nous commencerons à le
faire sortir du coma ».
Un peu plus tard dans la journée,
le dernier scanner n’a pas décelé de nouvelle hémorragie. Un médecin
s’est alors déclaré « plus optimiste ». Les médecins de l’hôpital
Hadassah ont ensuite attendu la fin du repos hebdomadaire juif, qui
intervient à la tombée de la nuit, pour donner des indications sur
l’état de santé d’Ariel Sharon. Il a été victime de plusieurs
hémorragies cérébrales. Aujourd'hui, son état s’est « très légèrement
amélioré » mais reste « critique ». Le directeur de l’hôpital, Shlomo
Mor-Yosef a réaffirmé qu’aucun pronostic ne pourrait être avancé tant
que le Premier ministre serait maintenu en coma artificiel.
« En tant qu’êtres humains, nous
sommes optimistes, mais je ne peux pas dire que le Premier ministre
est hors de danger », a-t-il encore expliqué. Les médecins vont se
concerter dimanche pour décider s’ils réveillent progressivement le
malade. A l’hôpital, on ne se prononce pas non plus sur l’état du
cerveau d’Ariel Sharon. Il faudra attendre la sortie du coma pour
savoir s’il y a des dégâts sur cet organe vital, a encore expliqué
Shlomo Mor-Yosef.
Le monde attend
Le vide politique créé en Israël
par la maladie de Sharon continue d’inquiéter de nombreux
gouvernements à travers le monde, notamment celui des Etats-Unis. La
secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, a annulé un voyage en
Indonésie et en Australie. La responsable politique reste aux
Etats-Unis pour suivre l’évolution de l’état de santé du Premier
ministre israélien. La Maison Blanche s’est par ailleurs refusé à
toute spéculation sur un « après-Sharon ». En Israël, les médecins ont
déjà prévenu que, même s’il s’en sortait, Ariel Sharon ne pourrait pas
reprendre ses responsabilités de chef de gouvernement, ni de leader de
son nouveau parti, Kadima.
Le président Moubarak a pris des
nouvelles de la santé de Sharon en téléphonant à Ehud Olmert, qui
assure l’intérim à la tête du gouvernement israélien. Le président
égyptien a fait des vœux pour le rétablissement de Sharon. Le
président Moubarak a également exprimé la volonté de poursuivre la
coopération de son pays avec Israël. Le roi Abdallah II de Jordanie a,
lui aussi, eu une conversation téléphonique avec le Premier ministre
israélien par intérim. Un responsable, au palais royal, a indiqué que
« le souverain jordanien a exprimé l’espoir que le processus de paix
ne soit pas affecté » par ce qui se passe en ce moment en Israël.
TCHAD. IDRISS DEBY, BRAS DE FER
AVEC LA BANQUE MONDIALE.
Le gouvernement d'Idriss Déby assure que la révision de la loi sur
la gestion des revenus pétroliers lui permettra de résoudre ses «
problèmes de salaires, d'insécurité et de fonctionnement de
l'administration ».
Vendredi, le président de la Banque
mondiale, Paul Wolfowitz a annoncé l’arrêt de tous les programmes de
financement au Tchad, soit 124 millions de dollars de prêts gelés. A
l’origine de cette sanction sans précédent, la révision de la loi
prévoyant l’utilisation des revenus pétroliers, révision intervenue à
l’assemblée nationale tchadienne, le 29 décembre dernier. La loi
encadrait notamment la création d'un fonds d’épargne et une série de
restrictions dans l’utilisation des revenus du pétrole pour garantir
une bonne gouvernance.
« La décision de la Banque, que les
concertations en cours ne laissaient nullement présager, survient dans
un contexte particulièrement difficile pour le Tchad et surprend par
sa brutalité ». Ces mots de Mahamat Ali Hassan, ministre tchadien de
l’Economie, du Plan et de la Coopération, répondent à la décision
rendue publique vendredi par la Banque mondiale de geler son programme
de 124 millions de dollars, du jamais vu au Tchad.
« Nous avions un accord et cet
accord a été rompu », avait déclaré vendredi le président de la Banque
mondiale, Paul Wolfowitz. Le 29 décembre dernier, l’Assemblée
nationale tchadienne a en effet adopté une modification de la loi sur
le pétrole, votée en 1999, qui régit la gestion des revenus pétroliers.
Pour la Banque mondiale, cette loi constituait le fondement de la
coopération entre les deux partenaires et surtout devait servir de
modèle à travers le monde pour garantir la bonne gouvernance et la
bonne gestion dans un domaine souvent opaque en Afrique, celui du
pétrole.
La Banque joue sa crédibilité
Alors que l’exploitation du pétrole
au Tchad a été très contestée et fait l’objet de nombreuses polémiques,
la Banque mondiale, en décidant de s’engager dans ce projet, a joué sa
crédibilité. L’institution bancaire internationale a fait de ce
programme un projet vitrine.
Elle n’est pas d’accord avec
plusieurs amendements opérés par le Tchad. Les plus contestés sont la
suppression du fonds pour les générations futures, la notion de
secteurs prioritaires élargie à la sécurité ou à l’administration ; et
la part revenant au Trésor, qui a été doublée.
Le Tchad fait remarquer que les
prêts de la Banque mondiale ne font qu’augmenter la dette extérieure
du pays « dont l’encours, fin 2005, s’élève à 872 milliards francs CFA
», explique le ministre tchadien de l’Economie et du Plan. « 475
milliards sont dus au seul groupe de la banque (mondiale), tous
guichets confondus. Le service de cette dette pèse lourdement sur les
finances publiques, privant celle ci d’atouts considérables pour
financer son développement ».
La position du Tchad, attendue
depuis la veille, jour de l’annonce officielle de la Banque mondiale
de suspendre tous ses crédits, est celle de la surprise et de
l’apparente fermeté. Alors que le président de la Banque mondiale
demande au Tchad de revoir purement et simplement sa décision de
modifier la loi portant sur la gestion des revenus pétroliers, le
gouvernement invite l’institution financière à reconsidérer sa
position. Un dialogue de sourds même si chacune des deux parties a
bien tenu à préciser que les négociations n’étaient pas rompues. Paul
Wolfowitz a indiqué qu’il aurait le président Idriss Deby au téléphone
la semaine prochaine.
Reste à savoir quelle sortie
honorable pourra être trouvée. Il n’est guère possible pour le Tchad,
dans une situation financière catastrophique, de renoncer à l’appui
des bailleurs de fonds et de rompre avec la Banque. Pour autant,
revenir totalement sur cette décision semble également peu probable,
le président Idriss Deby ayant réitéré son attachement à la
souveraineté, « une notion qui place haut la barre des discussions »,
soulignait un observateur.
PLEIN FEU SUR SADDAM
2006
LONDRES. AFFAIRE KELLY:TONY
BLAIR ET SON GOUVERNEMENT DISCULPÉS.
Ce devait être la semaine de tous
les dangers pour Tony Blair. Mais démentant tous les pronostics, le
Premier ministre britannique, dont la cote de popularité est au plus
bas, a finalement remporté une double victoire sur le plan intérieur.
Son projet de loi réformant le financement de l’enseignement supérieur
a en effet été voté après plus de six heures de débats à la Chambre
des Communes. Mais malgré l’avantage numérique de 161 députés dont
dispose son parti, sa réforme n’a bénéficié que d’une très courte
majorité de cinq voix. Si cette première victoire avait un goűt amer,
celle qu’il vient de remporter avec la publication du rapport de Lord
Brian Hutton parviendra peut-être à rehausser son image auprès de ses
compatriotes. Ce juge indépendant, chargé de déterminer les
circonstances de la mort du scientifique David Kelly, a en effet
blanchi son gouvernement de toute implication dans le suicide de
l’expert britannique.
Après plusieurs mois d’enquête au
cours desquels il a auditionné soixante-quatorze témoins, parmi
lesquels Tony Blair en personne et ses plus proches collaborateurs
mais aussi des responsables du renseignement britannique et des
dirigeants de la BBC, Lord Brian Hutton a finalement conclu au suicide
de David Kelly. Dans son rapport présenté depuis les Royals Courts of
Justice et retransmis par plusieurs télévisions, le juge britannique a
ainsi déclaré que le scientifique s’était «suicidé en se coupant son
poignet gauche». Sa mort a été, selon lui, accélérée par la prise de
comprimés de co-proxamol. «Il n’y avait pas d’implication d’une tierce
personne dans la mort du professeur Kelly», a insisté Lord Hutton
faisant également valoir que «personne n’avait vu ou n’aurait pu voir
que les pressions et les tensions pouvaient le pousser à attenter à sa
vie ou contribuer à sa décision de le faire».
Le scientifique était «un homme
qu'il n'était pas facile d'aider», a en outre déclaré le magistrat.
Soulageant le gouvernement britannique d’un lourd poids, il a
également estimé qu’il n’y avait «pas eu de stratégie sournoise» pour
que soit divulgué à la presse le nom de David Kelly. L’expert s’était
avéré être la source anonyme d’un reportage de la BBC affirmant que le
cabinet de Tony Blair avait exagéré la menace des armes de destruction
massive irakienne dans le seul but de convaincre une opinion publique
réticente à l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne. Mais selon Lord
Hutton, le ministère britannique de la Défense, pour qui travaillait
David Kelly, n’en est pas moins «fautif et doit être critiqué» pour ne
pas avoir prévenu David Kelly que son nom allait être confirmé à la
presse. Une décision qui a été prise en accord avec le Premier
ministre. «Tony Blair et plusieurs membres importants ont été
directement impliqués dans les discussions sur les mesures à prendre
par le gouvernement» après que le professeur Kelly eu avoué à ses
supérieurs avoir parlé à un journaliste de la BBC, a en effet affirmé
le magistrat. Tempérant toutefois sa critique, il a également estimé
que «l'exposition de David Kelly à l'attention de la presse n'est pas
le seul facteur qui l’a placé dans une situation de grand stress».
La BBC très sévèrement épinglée
La BBC, par qui le scandale est
arrivé, n’est en revanche pas épargnée par le juge Hutton qui l’accuse
d’avoir été «fautive» dans l’affaire Kelly. Le magistrat a en effet
estimé que l’accusation relayée par la chaîne publique selon laquelle
le gouvernement avait sciemment exagéré la menace de l’arsenal irakien
était «très grave» dans la mesure oů elle «mettait en cause
l’intégrité du gouvernement et des services de renseignement». La
jugeant «infondée», il ainsi critiqué la direction de la chaîne pour
n’avoir pas mené «une enquête plus approfondie» avant la diffusion de
ces informations. Plus sévère encore, le magistrat a qualifié de «déficiente»
l’organisation éditoriale de la BBC qui a permis à un journaliste de
diffuser des informations «graves» sans un contrôle au préalable par
sa hiérarchie.
La publication du rapport Hutton
constitue donc un motif de réel soulagement pour Tony Blair, dont la
popularité est en chute libre. Réagissant devant les Communes à cette
publication, le Premier ministre a ainsi mis en demeure ceux qui
l'accusaient de mensonge de retirer leur allégation. «Je demande
simplement à ceux qui en sont à l'origine et à ceux qui l'ont répétée
durant les derniers mois de la retirer à présent, pleinement,
ouvertement et clairement», a-t-il lancé. Mais cette victoire de Tony
Blair, qui fait suite au vote in extremis par la Chambre des Communes
de sa réforme de l’enseignement supérieur, ne met pas pour autant fin
aux difficultés auxquels il doit faire face. Rejeté par la base du
parti travailliste, il a récemment vu son autorité sérieusement mise à
mal et sa popularité chuter à des niveaux inquiétants. «Il a remporté
une bataille, mais la guerre n'est pas finie», a ainsi commenté un de
ses détracteurs.
IRAK. ARRESTATION DU BOUCHER
DE MOUSSOUL ET ALI LE CHIMIQUE.
Avec la capture de Taha Yassine
Ramadan et d’Ali Hassan Al Majid, ce sont deux pièces maîtresses du
régime de Saddam Hussein qui sont tombées cette semaine aux mains des
Américains.
L’attentat de mardi dernier contre
l’hôtel Canal de Bagdad, qui servait de siège aux Nations unies, a
fait passer au second plan un autre événement important survenu
quelques heures plus tôt : la capture par les Américains de l’ancien
vice-président irakien Taha Yassine Ramadan, l’un des dirigeants les
plus proches de Saddam Hussein. Quelques jours plus tard, on apprenait
que les forces de la coalition détenaient également Ali Hassan El
Majid, surnommé Ali le Chimique en raison du rôle qu’il a joué dans le
gazage des Kurdes en 1988.
L’un et l’autre figuraient en bonne
place dans le jeu de cartes distribué par le Pentagone dressant la
liste des 55 dirigeants irakiens les plus recherchés par les
vainqueurs. Si l’on excepte Saddam Hussein, toujours introuvable à ce
jour, et les deux fils du dictateur Oudaď et Qoussaď, tués lors d’un
affrontement dans le nord de l’Irak le 22 juillet dernier, Taha
Yassine Ramadan et Ali Hassan El Majid étaient sans conteste les
personnages les plus redoutés par la population irakienne.
Contrairement à d’autres dirigeants
irakiens du premier cercle, Taha Yassine Ramadan n’appartenait ni à la
famille, ni à la tribu du président Saddam Hussein. Originaire de la
région de Mossoul, ce militant baassiste de la première heure avait
mis sur pied la milice du parti Baas, l’armée populaire, après le coup
d’État qui avait porté le Baas au pouvoir en 1968. Homme d’appareil
par excellence, il était une figure publique qui a souvent représenté
son pays à l’étranger, notamment dans les sommets arabes, Saddam
Hussein lui-même limitant au strict minimum ses déplacements pour des
raisons de sécurité. Mais contrairement à Tarek Aziz qui présentait un
visage avenant, Ramadan n’a jamais fait l’effort de se montrer
diplomate : il incarnait au contraire le visage brutal d’un régime
fondé sur la terreur. Ministre de l’Industrie dans les années 70, il
déclarait : «Je ne connais rien à l’industrie, mais ce que je sais,
c’est que celui qui ne travaillera pas dur sera exécuté». Plus tard,
lors de l’occupation du Koweďt, il déclare dans une conférence à Amman
qu’il fera couper la jambe à tout étranger qui mettra un pied sur le
sol koweďtien ou irakien, qu’il soit soldat ou journaliste. Ce n’était
pas là des rodomontades. Dans ce registre, Taha Yassine Ramadan était
parfaitement crédible : supervisant la répression des Kurdes dans les
années 80 dans sa ville natale, il y a gagné le surnom de «Boucher de
Mossoul».
Qui va les juger ?
Ali Hassan El Majid, en revanche,
originaire de Tikrit comme l’ancien président, appartenait quant à lui
au clan sunnite de Saddam Hussein des Al Tikriti. Homme des missions
difficiles, il n’a jamais hésité à se salir les mains pour son cousin.
En 1988, Saddam Hussein lui confie le soin d’extirper la rébellion
kurde qu’il accuse de trahison au profit de l’Iran, avec lequel l’Irak
est en guerre depuis huit ans. Les Kurdes habitent dans la région
frontalière de la république islamique. Ils représentent donc un
risque de sécurité pour le régime. Ali Hassan Al Majid met au point
l’opération Al Anfal dont le but est de terroriser les Kurdes pour les
faire fuir de leurs régions. Ceux qui n’acceptent pas d’être relogés
dans le sud, en zone chiite, sont soumis à une impitoyable répression.
Le comble a été atteint par le bombardement aux gaz chimiques du
village d’Halabja qui fera près de 5 000 morts. Les Kurdes estiment à
près de 100 000 morts le nombre des victimes d’Ali Hassan Al Majid qui
y gagne son surnom d’Ali Al Kimiouiyya (Ali le Chimique).
Lorsque deux ans plus tard, après
l’invasion du Koweďt, la résistance koweďtienne commence à donner du
fil à retordre aux forces d’occupation, Saddam Hussein nomme son
cousin gouverneur de la «dix-neuvième province» oů il met en pratique
ses méthodes expéditives. Quelques mois plus tard, après la défaite,
c’est à nouveau lui qui supervise l’écrasement de la rébellion chiite
dans le sud.
Reste une question majeure : que
faire de ces encombrants détenus. Le Pentagone escompte bien leur
faire dire oů se trouvent Saddam Hussein et les armes de destruction
massive que l’Irak est censé détenir. Mais les Irakiens attendent que
leurs anciens bourreaux rendent des comptes. Qui doit les juger ? Les
Américains ne veulent pas d’une juridiction internationale. Un
tribunal irakien serait de toute façon sujet à caution et la justice
militaire américaine ne semble pas davantage indiquée. Quoiqu’il en
soit, l’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights
Watch, qui a largement contribué à révéler leurs méfaits, exige
aujourd’hui un jugement équitable et indépendant pour les deux hommes,
procès qui offrirait une opportunité unique de connaître la vérité sur
l’ampleur et la nature de leurs crimes.
Oudaď et Qoussaď morts, Taha
Yassine Ramadan et Ali Hassan Al Majid aux mains des Américains, ce
sont des éléments clés de l’appareil de terreur baassiste qui ont été
neutralisés et l’impact sur la population irakienne est considérable.
Reste toutefois à capturer Saddam Hussein lui-même. Si l’étau semble
se resserrer auprès de l’ancien dictateur dont les proches tombent les
uns après les autres, lui-même est jusqu’à présent demeuré
introuvable. L’administrateur américain en Irak Paul Bremer déclarait
en début de semaine au journal panarabe Al Hayat sa certitude que
Saddam Hussein finirait lui aussi par être pris ou tué, ce qui
mettrait fin, selon Bremer, au régime baassiste. Toutefois, Paul
Bremer ajoutait aussitôt une note de prudence : la capture ou la mort
de Saddam Hussein ne mettra pas fin selon lui aux attaques
antiaméricaines qui se multiplient actuellement en Irak.
NEW YORK. JEUDI NOIR A NEW
YORK, DETROIT, CLEVELAND ET TORONTO.
Une énorme panne d’électricité a
touché le Nord-Est des Etats-Unis et le Canada, bloquant des millions
de personnes dans les rues de New York, Détroit ou Toronto. La cause
de cette catastrophe, encore mal définie, n’est, en tout état de
cause, pas liée à un sabotage ou au terrorisme.
Alors qu’ils quittaient leurs
bureaux ou s’apprêtaient à le faire, jeudi soir, des millions de
citadins du Nord-Est des Etats-Unis et de la région mitoyenne du
Canada se sont retrouvés, en raison d’une gigantesque panne
d’électricité, privés de transports et contraints pour beaucoup à
camper dans les rues des grandes villes, loin de leur domicile. La
coupure d’électricité a frappé tout le Nord-Est des Etats-Unis et du
Canada plongeant New York, Détroit, Cleveland ou Toronto dans le noir.
L’électricité a commencé d’être rétablie aux petites heures vendredi,
en fonction de la centrale à laquelle sont reliés les secteurs, mais
il faudra encore au moins deux jours pour réalimenter l’ensemble des
régions touchées.
Très rapidement le président
américain George Bush, en tournée en Californie, a repoussé
publiquement l’hypothèse d’un attentat terroriste ou d’un sabotage. Il
a annoncé une enquête sur les raisons des défaillances en cascade du
réseau électrique, qui ont entraîné la fermeture de sept centrales
nucléaires. Une fois la crainte de l’attentat écartée les New-Yorkais,
qui ont toujours en mémoire le 11 septembre 2001, ont fait contre
fortune bon cœur et campé dans les rues, les halls d’hôtels ou les
gares, dans l’attente d’un rétablissement des transports. On a peu
voir, étranges sans domicile fixe, des fonctionnaires internationaux
de l’ONU et des hommes d’affaires de Wall Street tenter de dormir sous
les porches d’immeubles.
Cette gigantesque panne n’est
cependant pas la première aux Etats-Unis. En novembre 1965, déjà,
l’arrêt d’un relais à la frontière canadienne avait plongé dans
l’obscurité 30 millions de personnes, à peu près dans la même région
qu’aujourd’hui. En 1977, New York était à nouveau touchée par une
panne d’électricité qui avait déclenché des pillages et des émeutes
entraînant l’arrestation de 4000 personnes. Instruit de l’expérience,
la police new-yorkaise s’est déployée dans la ville, dès le début de
la coupure de courant, et aucun incident n’a été signalé. Au contraire
d’Ottawa et Toronto, au Canada, où des pillages ont eu lieu et des
arrestations effectuées.
Dans l’Ouest des Etats-Unis, des
incidents électriques importants ont également eu lieu en 1996, à
cause d’une ligne de distribution électrique défectueuse, et en 2001,
en Californie, en raison de la privatisation ratée du secteur dans la
région de San Francisco. La panne du 14 août pose donc le problème de
la vulnérabilité du réseau électrique nord-américain. Des spécialistes,
tel l’ancien secrétaire à l’Energie, Bill Richardson, affirment que
les Etats-Unis sont «une superpuissance dotée d’un réseau du tiers
monde». Les capacités de transmission et de distribution de l’énergie
électrique sont notoirement sous-dimensionnées par rapport à la
demande, dans un pays hyper-industrialisé et à haut niveau de vie. La
demande en électricité a augmenté de 30% en dix ans tandis que la
capacité du réseau ne s’est accrue que de 15%. La majeure partie des
infrastructures date des années d’après-guerre et ne répond plus aux
exigences actuelles. Il suffit donc de conditions climatiques
exceptionnelles pour que le système s’effondre.
Les responsables gouvernementaux,
les représentants des régulateurs de la distribution et les compagnies
de services de production d’énergie travaillent à rassembler toutes
les informations nécessaires à la détermination de la cause exacte de
la panne.
Un réseau électrique vétuste et
obsolète
L’ancienneté d’un réseau mal
entretenu et non modernisé est la cause profonde de la panne qui a
affecté le nord-est des États-Unis.
«Un réseau électrique digne du
tiers monde». Ce commentaire acerbe de Bill Richardson, gouverneur du
Nouveau Mexique et ancien secrétaire à l’énergie de Bill Clinton
semble faire l’unanimité plus de vingt-quatre heures après la cascade
de pannes qui a privé d’électricité une bonne partie du nord-est des
États-Unis et le sud du Canada. Alors que les causes immédiates de ce
black out ne sont pas encore identifiées et que Canadiens et
Américains se renvoient la responsabilité de l’incident initial, les
causes profondes, elles, ne semblent faire de doute pour personne : le
réseau électrique des États-Unis est insuffisant et obsolète.
A l’étranger, la presse du « tiers
monde » justement, commente avec un mélange d’amusement et
d’étonnement l’ampleur de la panne survenue dans la plus grande
puissance de la planète. Car de l’Afrique de l’ouest à l’Inde en
passant par l’Égypte et bien d’autres pays encore, on est habitué aux
coupures de courant intempestives et cela ne fait pas nécessairement
les gros titres de la presse internationale. La presse américaine
s’interroge gravement sur le retard technologique de la première
puissance de la planète. Le Herald Tribune se demande si des coupures
d’électricité d’une telle ampleur seraient susceptibles de se produire
en Europe pour conclure qu’on ne peut pas écarter cette hypothèse,
mais que globalement, les équipements européens sont à la fois plus
modernes, plus adaptés et mieux intégrés régionalement, y compris à
travers les frontières, pour faire face aux surplus temporaires de la
demande.
Les Américains se remémorent les
précédentes méga-pannes d’électricité qui ont affecté New York en 1965
et 1977, ou la Californie en 1996. Le président Bush lui-même n’a pas
hésité à aller dans le même sens : ces coupures d’électricité, les
plus sévères jamais enregistrées aux États-Unis sont un «signal
d’alarme qui nous indique que nous devons moderniser le réseau de
distribution de l’électricité, et faire que les systèmes de production
électrique soient doublés de façon que s’il y a des coupures comme
cela s’est produit dans l’histoire, cela n’affecte pas autant de gens
que par le passé».
Le président Bush, qui est aussi
candidat à sa réélection l’an prochain, ne peut ignorer que le
gouverneur démocrate de Californie Davis s’est vu vivement reprocher
les coupures à répétition du réseau électrique en 1996 et que ces
incidents, qui ont affecté de larges secteurs de la population
californienne, sont souvent cités comme des exemples de sa «mauvaise
gestion», ce qui lui vaut aujourd’hui d’être rappelé par anticipation
devant les électeurs.
Services publics à l’abandon
D’une façon générale, les
infrastructures collectives sont le point faible des États-Unis.
Chemins de fer, réseau routier, enseignement, santé, service postal et
distribution électrique sont négligés et le service public dans se
domaine ne se compare en rien à ce à quoi sont habitués les Européens.
Cela tient largement à ce que lorsqu’elles relèvent du secteur public,
ces infrastructures sont mal entretenues et ne bénéficient pas de la
maintenance nécessaire faute des moyens financiers qui seraient
nécessaire. Or, le mouvement de baisse des impôts amorcé depuis vingt
ans a privé ces services des ressources qui leur auraient permis de se
renouveler. Il est vrai que dans la plupart des cas, les financements
relèvent non de l’État fédéral, mais des États fédérés. Il n’empêche
que la diminution d’impôts que le président Bush vient de faire voter
au Congrès ne donne pas précisément le signal que le l’État est prêt à
assumer ses charges en ce qui concerne les infrastructures collectives
qui ne concernent pas directement la défense, les prisons ou la
police.
Lorsque ces infrastructures sont
privatisées, ce qui est le cas du téléphone et de l’électricité, les
compagnies sont placées en situation de concurrence, et le double
souci de conserver des parts de marché sans sacrifier les profits
exigés par leurs actionnaires les amène à différer les investissements
ou les opérations de maintenance qui auraient permis au secteur
électrique de conserver le potentiel de production suffisant pour
faire face aux pointes de consommation.
Cependant, à plusieurs reprises
depuis sont arrivée à la Maison Blanche, George Bush, marqué par une
culture économique libérale fondée sur le laisser-faire, a démontré
qu’il pouvait parfaitement se montrer dirigiste, interventionniste et
protectionniste lorsqu’il estimait que la situation l’exigeait. Son
instinct politique lui souffle sûrement que dans le domaine de la
production électrique, ses électeurs ne lui pardonneraient sans doute
pas de s’en remettre purement et simplement à l’initiative privée.
Mais si Bush veut moderniser les infrastructures sans augmenter les
impôts, il va lui falloir recourir à l’emprunt. Or, les États-Unis
sont déjà très endettés…
WASHINGTON. LE DÉPARTEMENT
D'ÉTAT A FERMÉ LES BUREAUX DU CONSEIL DE RESISTANCE IRANIENNE.I
Le département d’État a ordonné
vendredi la fermeture des bureaux du Conseil national de la résistance
iranienne, émanation des Moudjahidine du Peuple iraniens.
Un décret signé Colin Powell, le
secrétaire d’État américain, paru au Journal officiel daté de
vendredi, a ordonné la fermeture des deux bureaux américains du
Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), le gel de leurs
avoirs aux États-Unis (environ, 100 000 dollars) et l’inscription du
CNRI sur la liste des organisations soutenant le terrorisme.
La raison invoquée à l’appui de
cette décision est que le CNRI n’est qu’un paravent pour
l’Organisation des Moudhjahidine du Peuple iranien (OMPI) que dirigent
Massoud et Maryam Radjavi, classée par les États-Unis depuis plusieurs
années sur la liste des organisations terroristes. Cette péripétie est
le dernier en date d’une série de coups durs pour l’opposition armée
au régime de Téhéran. En avril dernier, lors des opérations militaires
américaines en Irak, la base militaire des Moudjahidine située à la
frontière de l’Iran avait été attaquée par les forces américaines
avant la conclusion d’un cessez-le-feu suivi d’un accord de
désarmement.
Ce cafouillage initial reflétait
les profondes divisions au sein de l’administration américaine entre
ceux qui considéraient qu’il était hors de question de laisser intacte
cette armée d’opposants iraniens, financée et équipée par le régime de
Saddam Hussein et qui figurait au surplus sur la liste des
organisations terroristes dressée annuellement par le département
d’État, et ceux qui songeaient déjà à utiliser ce moyen de pression
pour affaiblir le régime iranien.
En fin de compte, au terme d’un
intense débat interne à l’administration Bush, ce sont les premiers
qui ont prévalu et les moudjahidine ont été désarmés, mais dans
l’honneur. Ce qui n’a pas été sans susciter un certain malaise au sein
d’une administration dont le leitmotiv est: «On ne discute pas avec
les terroristes». Affaiblis militairement, les moudjahidine
conservaient leur structure politique.
Privés de la protection du régime
de Saddam Hussein, nombre de ses cadres, à commencer par la présidente
du mouvement Maryam Radjavi, se sont repliés sur l’Europe, en
particulier la France où se trouve le siège mondial du CNRI,
l’organisation politique de l’OMPI. Mais à la mi-juin, nouveau coup
dur: sur une réquisition du juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière,
la DST investit et perquisitionne les locaux des moudjahidine à
Auvers-sur-Oise et arrête 150 personnes, dont Maryam Radjavi. La
vigueur des protestations (plusieurs manifestants s’immolent par le
feu, d’autres entament une grève de la faim, et la minceur des preuves
trouvées sur les lieux amènent les juges à les relâcher. Mais l’action
politique de l’OMPI (et du CNRI) s’en trouve sérieusement handicapée.
Bien entendu, le gouvernement
iranien applaudit à cette opération, entraînant le soupçon d’une
action plus politique que judiciaire destinée à satisfaire Téhéran.
Mais à Washington, les autorités félicitent également Paris pour cette
action contre le terrorisme. La police française affirme en effet que
les moudjahidine préparaient des attentats contre des intérêts
iraniens en Europe. C’est aujourd’hui la même argumentation
qu’avancent les autorités américaines. Selon le porte-parole du
Département d’État Tom Casey, la décision de vendredi étaient «fondée
sur des informations provenant de diverses sources indiquant que [le
CNRI] faisait partie de l’OMPI et avait soutenu les actions
terroristes de l’OMPI».
La décision du gouvernement
américain ne manquera pas de provoquer de vives réactions politiques,
dans la mesure où le CNRI avait pignon sur rue, à proximité immédiate
de la Maison Blanche, et avait mené au fil des années une très
efficace action de lobbying auprès des parlementaires américains. Le
CNRI tenait régulièrement des conférences de presse dénonçant la
volonté de Téhéran de se doter d’armes de destructions massives à
travers son programme nucléaire civil, et les documents des
moudjahidine étaient souvent repris tels quels par des sénateurs ou
députés influents, notamment au sein de l’aile la plus conservatrice
des partis démocrates et républicains. Comme on, l’a vu précédemment,
certains néo-conservateurs, au Pentagone et à la Maison Blanche, ont
un temps envisagé de les utiliser contre l’Iran. George W. Bush a donc
arbitré autrement.
Aujourd’hui, les partisans du
mouvement du couple Radjavi dénoncent ce geste en direction de Téhéran
et font observer que Washington demande, jusqu’à présent en vain, que
l’Iran lui livre les dirigeants d’Al-Qaïda qu’il affirme détenir. Dans
cette optique, la fermeture des bureaux du CNRI serait une bonne
manière qui, du moins l’espère-t-on à Washington, pourrait amener
Téhéran à revoir sa position.
CÔTE D'IVOIRE
Le secrétaire général de l’Onu,
Kofi Annan, a publié le 13 août son premier rapport sur la Mission des
Nations unies en Côte d’Ivoire (Minuci) créée le 13 mai dernier. Forte
de 26 officiers de liaison auxquels devraient prochainement s’ajouter
une cinquantaine d’éléments supplémentaires, la Minuci est déployée
sur l’ensemble du territoire ivoirien pour évaluer la mise en œuvre
des accords de Marcoussis par le gouvernement de réconciliation
nationale, mais aussi la situation en matière de sécurité et de
situation humanitaire. Concernant les progrès dans l’application de la
feuille de route de Marcoussis, l’appréciation de Kofi Annan est «mitigée».
Elle est alarmante en revanche en ce qui concerne la sécurité physique
et alimentaire des populations, en particulier dans le nord et l’ouest
du pays.
PARIS. LA FRANCE A CONNU UN
ÉTÉ MEURTRIER.
La canicule de cette première
quinzaine d’août en France aurait fait entre 1 500 et 3 000 morts, dû
directement ou indirectement à la chaleur. Le gouvernement réagit à la
polémique sur son attitude face à la canicule. Il a annoncé un plan
d’urgence qui permet de mobiliser de nouveaux moyens humains et
matériels pour faire face à l’urgence de la situation.
En France, les températures très
élevées de ces derniers jours auraient coûté la vie à 3 000 personnes
pour l’ensemble de la France, selon la Direction générale de la Santé.
Les pouvoirs publics semblent, après plusieurs jours de flottement,
avoir pris la mesure de l’exceptionnelle crise sanitaire. Accusé par
les professionnels et l’opposition d’avoir manqué de réactivité face à
cette canicule meurtrière, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin
est revenu à Paris pour présider, jeudi 14 août, une réunion à
Matignon en présence du ministre de la Santé, Jean-François Mattei, du
secrétaire d’Etat aux Personnes âgées, Hubert Falco, du Directeur
général de la santé, Lucien Abenhaim et du Président des urgentistes
hospitaliers Patrick Pelloux.
Très contesté dans sa gestion de la
crise, le ministre de la Santé change désormais de vocabulaire après
avoir un premier temps minimisé la situation. A l’issue de cette
réunion consacrée aux effets de la canicule, Jean-François Mattei a
parlé «d’une véritable épidémie, le taux de mortalité est supérieur de
30 à 50% à celui de la période correspondante de 2002». Le ministre de
la Santé a par ailleurs revu à la baisse le bilan donné par la
Direction générale de la Santé «le chiffre global qui est le fruit
d’une estimation raisonnable, est entre 1 500 et 3 000 victimes».
Principale décision de cette
réunion: après l'île-de-France, d'autres régions devraient bénéficier
bientôt du «Plan blanc» visant à mieux lutter contre les effets
meurtriers de la canicule sur les personnes âgées. Le Premier ministre
a autorisé les préfets à déclencher dans les autres départements «en
fonction des besoins locaux» ce plan d’urgence qui prévoit le rappel
de personnels de santé en congé et surtout la libération de lits
d'hôpitaux par le report des opérations non-urgentes. Mille places
sont ainsi disponibles en cas de besoin ces trois prochains jours. De
son côté, la Croix-Rouge a mis en place un dispositif d’urgence qui
prévoit la mobilisation de 500 secouristes.
Malgré la baisse des températures
constatée depuis jeudi sur la moitié nord de la France, les médecins
soulignent que la crise n’est pas terminée puisque des victimes sont
toujours hospitalisées. Ils redoutent également l’admission de
nouveaux patients durant le long week-end férié du 15 août. Le
président de l'Association des médecins urgentistes hospitaliers de
France (Amuhf) Patrick Pelloux qui est le premier, le week-end
dernier, à avoir lancé un appel aux responsables politiques, est très
clair sur ce point: «Même si la canicule s’éloigne de l’Hexagone.
Cette baisse de température ne signifie pas que tout est réglé sur le
plan sanitaire».
Si la situation s’arrange du côté
des hôpitaux, c’est loin d’être le cas du côté des pompes funèbres et
des chambres funéraires surchargées en région parisienne. Les
températures exceptionnellement élevées ajoutées à la pollution à
l'ozone affaiblissent les personnes âgées déjà gravement malades du
coeur ou souffrant de maladie liée à la vieillesse. Les demandes
d’inhumations ont explosé: 90% des décès sont des personnes âgées. Les
pouvoirs publics semblent avoir pris la mesure de la situation. A
l’issue de la réunion de Matignon, deux solutions ont finalement été
retenues. A Paris, Lyon, Bordeaux, Strasbourg et Toulouse, ainsi dans
d’autres villes de province, des dispositions exceptionnelles ont été
prises pour conserver les corps des défunts. Parmi ces mesures: les
horaires des cimetières ont été étendus pour accélérer les
inhumations, qui pourront exceptionnellement se dérouler pendant le
week-end du 15 août. Une antenne de 200 places supplémentaires a
également été ouverte au Fort des Bruyères à Villejuif (Val-de-Marne)
et des conteneurs funéraires militaires vont être réquisitionnés.
La canicule qui a provoqué la mort
de plusiers milliers de personnes en France depuis le début du mois
d’août, n’a pas entraîné un bilan aussi lourd dans les autres pays
d’Europe, pourtant victimes de la même vague de chaleur. Ainsi, les
autorités sanitaires d’Allemagne, de Suisse et de Belgique où les
températures ont flirté avec les 40 degrés, n’ont enregistré aucune
vague de décès due à la chaleur. De son côté, l’Italie, qui a battu
des records absolus dans le nord et le centre, a signalé une hausse
significative de la mortalité par rapport à l’an dernier dans le nord
du pays essentiellement. En effet, 60 décès ont été signalés ces
derniers jours entre Milan, Turin et Bologne. Et alors que le mercure
a parfois franchi la barre des 47,3 degrés celsius, les Portugais
habitués aux fortes chaleurs ont mieux résisté aux températures
élevées. C’est également le cas de l’Espagne où les autorités ne font
état que d’une trentaine de morts.
IDI AMIN DADA EST MORT
Idi Amin Dada est mort ce samedi à
l'hôpital du roi Fayçal de Djeddah, en Arabie saoudite. A près de
quatre-vingts ans –il est né «vers» 1925–, «Big Daddy» était suivi
pour hypertension et «fatigue générale», avant de tomber dans le coma
à la mi-juillet. L’ancien champion de boxe a livré son dernier combat
dans l’exil doré saoudien où il a trouvé refuge au début des années
quatre-vingt-dix. Auparavant, le «président à vie» était en Libye, où
il s’était enfui après l’écrasement de sa dictature sanguinaire par la
Tanzanie de Julius Nyerere, le 11 avril 1979. Huit ans plus tôt, Idi
Amin avait renversé le président socialisant Milton Obote, à la grande
satisfaction de Londres, Washington et même Tel Aviv. Mais plus tard,
le tyran ubuesque, sorti des rangs de l’armée coloniale britannique,
avait épousé la cause palestinienne, financièrement dotée par la Libye
et l’Arabie saoudite. De l’opération Entebbe à l’expulsion des Indiens
d’Ouganda, Idi Amin a régné par le meurtre et aujourd’hui, Kampala
répugne au retour de sa dépouille.
«Je suis un soldat professionnel»,
plaidait Idi Amin Dada sous les lustres de Buckingham Palace où la
reine recevait à dîner son invité incongru en 1972. L’année
précédente, au lendemain de son coup d’État, Londres accueillait déjà
en hôte officiel le nouveau patron de la «Perle africaine», qui fut
son protectorat en 1894. L’idylle serait de courte durée avec l’ancien
lieutenant des King’s African Rifles (KAR), les troupes royales
d’Afrique. Pourtant, illettré, costaud et obéissant, Idi Amin Dada
semblait avoir tout pour plaire, depuis son entrée dans l’armée
coloniale par la petite porte des cuisines, en 1946. C’était sans
compter avec les frustrations profondes d’un petit garçon du nord
ougandais, abandonné par son père et emmené par sa mère, partie
chercher fortune dans les baraquement militaire de Jinja, à une
soixantaine de kilomètres au nord de Kampala. Né dans l’ancienne
province du Nil occidental d’un père kakwa et d’une mère lugbara (des
communautés à cheval sur la frontière avec le Soudan), Idi Amin Dada
s’était déclaré musulman aux sergents recruteurs coloniaux qui l’ont
enrôlé comme Nubien, la catégorie d’usage à l’époque.
Idi Amin n’a jamais vraiment appris
à écrire. Il déchiffre à grand peine. En revanche, dans les KAR, il
s’est initié à la boxe et au rugby. Il a conservé son titre de
champion des poids lourds d’Ouganda de 1951 à 1961 et le rugby, où il
était un ailier redoutable, lui a fait apprécier l’Ecosse, ses
ballades ou ses chansons de troupes. Plus tard, il dictera tous ses
ordres oralement, voire sur la radio nationale, et il fera porter le
kilt à certains de ses soldats. «J’aime les Écossais parce que ce sont
les meilleurs soldats britanniques et qu’ils ne font pas de
discrimination», dira-t-il. Mais dans les années cinquante, son
physique avantageux lui vaut surtout d’incorporer les forces
coloniales engagées dans la répression de la rébellion Mau Mau au
Kenya (1952 – 1956). Pour prévenir l’embrasement, les KAR pratiquent
une stratégie de la terreur dans les populations civiles. Certains de
ses biographes estiment aujourd’hui qu’Idi Amin a «aiguisé ses dents
d’assassin au Kenya». A l’époque, Londres lui avait en tout cas
accordé des galons de sergent en 1955. Et en 1961, Idi Amin a été l’un
des deux premiers Ougandais à accéder au grade de lieutenant. Après
1962, l’indépendance le verra grimper encore jusqu’au grade de chef
d’état-major du premier président Milton Obote, un Nordiste comme lui.
Sa vie durant, Idi Amin a nourri la
plus grande aversion à l’encontre des militaires formés dans les
écoles de guerre. Pour sa part, Obote a tiré profit de la concurrence
pour s’assurer le contrôle de l’armée. Quand il envoie un contingent
au Congo, au milieu des années soixante, pour aider Mobutu et Tshombe
à venir à bout de la rébellion muleliste, Obote conseille à ses hommes
de se payer en or et en ivoire congolais. Idi Amin se sert au mieux et
retient la leçon. «Un chien qui a la bouche pleine ne peut pas
mordre»: ce disant, Idi Amin Dada ne plaisante pas. Mais début 1971,
le torchon brûle entre le chef d’état-major et Milton Obote qui le
soupçonne non sans raison de mijoter un mauvais coup. Accusé de
détournement du trésor militaire, mais aussi d’un jeu trouble dans les
caserne, Idi Amin se précipite dans le bureau présidentiel et jette
plusieurs pistolets sur la table d’Obote en lui suggérant de le tuer.
Finalement, c’est lui qui tirera le premier, le 25 janvier 1971, alors
que le président Obote participe à la conférence des chefs d’Etat et
de gouvernement du Commonwealth, à Singapour.
Du Mossad à l'OLP
La Grande Bretagne; les États-Unis
et Israël reconnaissent immédiatement le pouvoir d’Idi Amin tandis que
du côté des Africains, la Tanzanie, le Kenya ou la Zambie font grise
mine. A Kampala, Idi Amin lance des purges sanglantes contre les
troupes acholi et langi qui constituent l’ossature de l’armée. Il
place les siens comme autant de seigneurs de la guerre dans les
garnisons qui quadrillent le pays et rebaptise «poste de commandement»
le siège du gouvernement. C’est d’ailleurs l’Ouganda tout entier qu’il
entreprend de gérer comme un immense camp militaire. Au passage, il
coupe les têtes qu’il ne juge pas ethniquement fiables, mais aussi
celles qui pensent. Après les ministres et les officiers d’Obote,
c’est au tour des intellectuels, des fonctionnaires ou des gens
d’églises. Idi Amin voue aux gémonies ceux qui ont étudié. C’est ainsi
par exemple qu’un ancien opérateur téléphonique se verra confier le
commandement de l’armée de l’air. Mais Idi Amin ne dort jamais
tranquille. Il passe ses jours à alimenter une compétition mortelle
dans l’armée et, plus largement, à jouer des rivalités ethniques. Il
dépense aussi beaucoup en matériel de défense. Et dès 1972, quand la
dette à l’égard de ses conseillers israéliens dépasse les bornes, il
les renvoie, rompt ses relations diplomatiques avec Israël et change
de camp.
Idi Amin s’était auto attribué la
Croix de la Victoire et la médaille de «conquérant de l’Empire
britannique». Il se proclame nationaliste et pro-arabe et se
redécouvre musulman. Il noue des liens financiers et militaire avec le
général Kadhafi et projette la construction d’une mosquée géante à
Kampala Hill. La majorité chrétienne en fera les frais tant que
régnera Idi Amin. Ses pairs africains lui ayant concédé la présidence
de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1975, il sera pourtant
reçu par le pape Paul VI en septembre. Cela ne l’empêchera pas en
1977, d’assassiner de ses mains l’archevêque Janan Luwum,
officiellement tué, comme beaucoup d’autres, dans un «accident de
voiture». En septembre 1972, c’est la communauté asiatique qui tombe
dans le collimateur présidentiel. Elle tient l’économie ougandaise.
Idi Amin expulse plusieurs dizaine de milliers d’Indiens et de
Pakistanais (entre 50 000 et 70 000), sans autre forme de procès ou
d’indemnités. La mesure est populaire, mais les biens confisqués
tombent aux mains des militaires qui les dilapident rapidement.
L’Ouganda est en faillite. Pour pressurer plus efficacement ce qui
reste de culture de rente (le café en particulier) et mettre au pas
les anciens colons (britanniques en majorité), Idi Amin recrute un
mercenaire britannique, Bob Astles. Dans tous les milieux, les
disparitions se multiplient. Les centres de torture et de mise à mort
aussi. L’armée voit ses effectifs multipliés par deux (jusqu’à 21 000
hommes en 1977), Idi Amin prend les galons de maréchal en 1975 et se
déclare président à vie l’année suivante.
En juillet 1976, avec l’accord d’Idi
Amin, des terroristes palestiniens détournent un avion d’Air France de
Tel Aviv sur Entebbe, l’aéroport de la capitale ougandaise. Ils
exigent la libération de prisonniers palestiniens en échange de la vie
d’une centaine de passagers otages. Le 4 juillet, un commando
israélien largué sur Entebbe infligera un camouflet au maréchal Idi
Amin qui se vengera sur le personnel civil de l’aéroport. Fréquenter
Idi Amin Dada devient de plus en plus risqué. Et cela, pas seulement
pour des raisons diplomatiques avec le boycott sans effet décrété par
Washington en juillet 1978, mais surtout parce que les allées du
pouvoir sont minées. Les humeurs d’Idi Amin sont changeantes et il
règne de plus en plus par le vide. Obote a fait une tentative de
retour en force ratée au milieu des années soixante-dix. De son côté,
pour recomposer une armée sans cesse purgée et décapitée, Idi Amin a
recruté dans l’ex Zaïre, au Rwanda et au Soudan. En octobre 1978, pour
faire diversion à la pagaille intérieure, Idi Amin Dada envoie ses
bataillons Suicide et Simba («lion» en kiswahili) de l’autre côté de
la frontière tanzanienne où a été accueilli Milton Obote. Il occupe un
triangle de 1800 kilomètres carrés au nord de la rivièreb Kagera.
C’est le casus belli qu’attend le président tanzanien Julius Nyerere.
Ce dernier forme une armée de 45 000 hommes dont un millier d’opposant
ougandais parmi lesquels l’actuel président Yoweri Museveni (qui
renversera à son tour Milton Obote en 1986).
A la mi-mars 1979, un millier
d’hommes de l’Organisation pour la libération de la Palestine (OLP)
rejoignent quelque 2000 soldats libyens réunis par Muammar Kadhafi
pour prêter main forte au dictateur qui vacille. Mais les soldats
ougandais sont trop occupés à piller pour combattre. Les troupes
tanzaniennes prennent Kampala le 11 avril 1979. Amin s’est envolé à
Tripoli. Plusieurs milliers de ses soldats se réfugient au Soudan et
au Congo Kinshasa. C’est un pays exsangue qui sort des mains brutales
d’Idi Amin Dada. L’Ouganda n’est plus que ruines. Celui qui suggérait
de «faire la quête pour la pauvre Elisabeth II» ne fait plus rire
personne depuis longtemps. Même le souvenir de ses frasques de soudard
en bordée fait encore peur. La deuxième madame Amin, Kay fut retrouvée
atrocement démembrée un jour de 1974, dans la voiture de son nouvel
époux, lui-même assassiné. Divorcées d’Idi Amin comme Kay, plusieurs
autres femmes ont sagement pris la fuite au quatre coins du monde. Une
demi douzaine de co-épouses et une trentaine d’enfants l’ont en
revanche suivi en exil jusque sur la côte de la mer Rouge où le tyran
domestique et jadis national bénéficie d’une opulente résidence et
d’un défraiement mensuel consistant. L’une d’entre elles, la
«favorite» et prévoyante Nalongo Madina Amin a déjà contacté les
autorités ougandaises pour savoir si l’ancien dictateur pourra «être
rapatrié pour être décemment enterré». Kampala se fait prier pour
répondre à cet ultime souhait. De son vivant, Idi Amin Dada reste
promis à la justice pour les dizaines de milliers de compatriotes
morts sous sa brutale férule –selon les sources, entre 200 000 et 400
000 Ougandais auraient péri pendant son règne.
JUILLET 2003
PARIS. JACQUES CHIRAC ET SON INTERVENTION DU 14
JUILLET.
L’entretien du président de la
République avec des journalistes le 14 juillet est devenu un moment
fort de la vie politique depuis près de 20 ans. Cet entretien
désormais rituel du 14 juillet est l’occasion d’annonces
programmatiques. En quelque sorte, c’est le discours de politique
générale du chef de l’État attendu par la classe politique et
soigneusement préparé par les journalistes de télévision choisis pour
l’interview, Patrick Poivre d’Arvor (TF1) et David Pujadas (France2).
En règle générale –et cette année n’a pas fait exception à la règle–
les interlocuteurs du président se montrent peu pugnaces sur les
sujets qui fâchent et laissent ce dernier développer longuement sa
pensée sans interruption et sans relancer les questions lorsqu’elles
sont restées sans réponse. Du reste, Jacques Chirac s’est permis en
fin d’entretien de leur administrer courtoisement une leçon de
journalisme en notant qu’ils avaient omis de l’interroger sur les
suites données aux trois priorités qu’il avait définies le 14 juillet
2002, à savoir la sécurité routière, la lutte contre le cancer, et la
situation des handicapés. Voici les principaux points abordés.
Les tensions sociales
Pour le chef de l’État, la réforme
des retraites a été l’occasion «pour la première fois d’un dialogue et
d’une négociation». Invoquant à plusieurs reprises «l’esprit gaulois»,
le «tempérament français», la «caractéristique de notre pays» marquée
par la victoire de l’affrontement sur le dialogue pour expliquer la
résistance aux réformes de son gouvernement, Jacques Chirac n’a pas
voulu en faire porter la responsabilité aux syndicats, mais a appelé
les Français au «mouvement, à l’ouverture d’esprit, l’adaptation au
monde tel qu’il évolue». Il estime par ailleurs à propos de
l’assurance maladie qu’il ne s’agit «pas de la réformer mais de la
maintenir» et souhaite qu’il soit donné à tous les Français les moyens
de «pouvoir souscrire une couverture maladie complémentaire».
Les intermittents du spectacle
Le président de la République a
regretté «l’épouvantable gâchis artistique, humain et économique» que
constitue l’annulation des festivals d’été et a annoncé une aide à la
création culturelle. Tout en notant que les 650 artistes et créateurs
qui lui ont adressé une lettre ouverte notent que la France a obtenu
de l’Europe le maintien de l’exception culturelle, il a annoncé la
mise en place avant le premier janvier d’un «système d’aide à la
création culturelle qui vise à régler le problème des intermittents».
Il n’envisage pas le retrait de la réforme décidée non par l’État mais
«par les partenaires sociaux». Toutefois, il a promis d’engager une
lutte contre les abus de l’utilisation par certaines entreprises de
spectacle et de l’audiovisuel du statut d’intermittents du spectacle
qui «ont sciemment détourné ce système à leur profit. Le résultat,
c’est qu’il y avait un déficit considérable payé par les cotisations
des salariés et des entreprises à l’Unedic [assurance chômage]».
La Corse
«La violence est sans issue. Les
Corses ont droit, comme tous les Français, à la paix civile». Le
président a pris acte de la victoire du non au référendum mais a
dédramatisé le résultat en affirmant qu’«on ne peut pas dire qu’on va
consulter et politiser la réponse».
La grâce de José Bové
«Les militants syndicaux sont des
Français comme les autres et ne doivent pas s’imaginer que cette
vocation leur donne le droit d’enfreindre la loi». Il a refusé de
commenter la grâce accordée à José Bové, se contentant d’observer
qu’il l’avait exercé «en conscience, après réflexion et sans aucune
pression d’aucune sorte».
La situation économique
Jacques Chirac souhaite que les
ministres de la zone euro «examinent ensemble les modalités
provisoires d’assouplissement» du Pacte de stabilité qui soient «cohérentes
avec l’impératif de stabilité et permettent de ne pas diminuer la
croissance». Le président a par ailleurs souhaité que le gouvernbement
continue de baisser les impôts.
Le gouvernement
Interrogé sur les performances de
Jean-Pierre Raffarin, Jacques Chirac a répondu qu’au cours de sa
longue carrière politique, il avait connu de nombreux Premiers
ministres et qu’il est «particulièrement heureux de ce gouvernement»
qui doit faire face à une période difficile sur le plan économique.
Enfin, alors qu’on lui demandait si avec les enseignants, Luc Ferry
avait su mener le dialogue que préconisait le chef de l’État, ce
dernier a répondu après un temps de silence : «C’était un autre temps
et tout le monde lui reconnaît un grand mérite, mais aujourd’hui il
faut naturellement…». Jacques Chirac avait entendu «Jules Ferry».
Réalisant sa méprise, les deux journalistes insistent : «Luc Ferry».
Sans se démonter, Jacques Chirac reprend : «c’est un homme de
dialogue…»
PARIS. LA FRANCE ACCUEILLE LES
SCIENTIFIQUES.
La deuxième Conférence
internationale sur le sida se tiendra du 13 au 16 juillet à Paris.
Réunion avant tout scientifique et médicale à laquelle doivent
participer plus de 5000 scientifiques du Nord et du Sud, elle devrait
aussi permettre d’aborder les questions sociales et économiques liées
à cette maladie. Nelson Mandela, l’ancien président sud-africain, y
est d’ailleurs attendu pour parler des «défis de la gestion du sida»
dans son pays qui regroupe le plus grand nombre de malades au monde.
Vingt ans après la découverte du
virus du sida, la recherche a fait de nombreux progrès. L’utilisation
des anti-rétroviraux et des trithérapies a notamment permis
d’améliorer la prise en charge des malades du sida. En l’absence d’un
vaccin, à la mise au point duquel travaillent de nombreuses équipes
dans le monde, ces traitements constituent des avancées majeures. Ils
ont permis de faire reculer de près de 40 % la mortalité des malades
qui y ont accès essentiellement en Amérique et en Europe.
Mais c’est bien là que le bât
blesse : les avancées ne profitent pas à tout le monde de la même
manière. En Afrique, oů se trouvent près de 30 millions de
séropositifs, seuls quelque 50 000 personnes ont accès aux
traitements. Dans un contexte marqué depuis deux ans par une
mobilisation en faveur des malades des pays du Sud, de nombreuses
négociations ont été engagées entre les Etats et les compagnies
pharmaceutiques pour baisser le prix des médicaments. Elles ont abouti
dans un certain nombre de cas à des accords concernant des molécules
livrées avec des réductions de prix allant jusqu’à 90 %. Cette
tendance est encourageante mais les résultats restent très
insuffisants au regard des besoins. Et surtout, les réductions de prix
ne permettent pas de surmonter tous les obstacles à la distribution
des traitements en raison notamment des déficiences des systèmes de
santé et du manque de personnels médicaux qualifiés dans les pays
concernés.
D’autre part un obstacle de taille
demeure. La négociation engagée à l’Organisation mondiale du Commerce
pour permettre l’utilisation sans contrainte par les pays pauvres en
situation d’urgence sanitaire (exportation, importation) des
médicaments génériques antisida (copies beaucoup moins coűteuses des
spécialités sous brevet), n’a toujours pas abouti. Les Etats-Unis
s’opposent à un accord global, qui lèserait selon eux les intérêts des
laboratoires et tentent de promouvoir des accords au cas par cas.
Dans le droit fil de cette
position, le président américain George W. Bush, qui a fait une
tournée dans cinq pays africains du 8 au 12 juillet au cours de
laquelle le sida était à l’ordre du jour, a annoncé le déblocage de 15
milliards de dollars sur cinq ans pour financer les traitements et la
prévention (préservatif et abstinence) contre le virus dans les pays
d’Afrique et des Caraďbes. A l’exception d’un milliard par an pour le
Fonds mondial contre le sida, le paludisme et la tuberculose, ces
sommes seront alloués directement à des programmes menés dans les
pays. Fort de cet effort significatif destiné à montrer l’engagement
des Etats-Unis face au fléau du sida, George W. Bush a aussi mis au
défi les Européens de faire la même chose à l’occasion du G8 d’Evian
au début du mois de juin 2003. Malgré les appels à la générosité de la
France (qui a promis 150 millions d’euros) et de la Grande-Bretagne,
les dirigeants de l’Union européenne ont finalement renoncé à
s’engager à hauteur d’un milliard d’euros par an en faveur du Fonds
mondial comme cela avait été envisagé.
La participation financière des
bailleurs de fonds internationaux est plus que jamais au coeur de la
problématique de la lutte contre le sida. Malgré une augmentation très
importante des dépenses qui ont été multipliées par neuf depuis 1996
pour atteindre 4,7 milliards de dollars, les fonds disponibles sont
largement insuffisants. L’ONUSIDA estime que 10,5 milliards au moins
sont nécessaires dès 2005 et près de 15 milliards à partir de 2007
pour appuyer la diffusion des traitements et les programmes de
prévention. D’énormes efforts doivent en effet être faits à ce dernier
niveau. Une étude récente réalisée par le Groupe de travail mondial
sur la prévention du VIH a montré que moins d’une personne sur cinq
exposées au risque d’infection par le virus a accès à des programmes
de prévention, dont un financement adéquat pourrait pourtant éviter
plusieurs dizaines de millions de contaminations d’ici 2010.
Dans un tel contexte, la conférence
des donateurs du Fonds mondial contre le sida, le paludisme et la
tuberculose qui doit se tenir à Paris dans la foulée de la deuxième
Conférence internationale sur le sida (16 juillet) à l’invitation du
président français, est importante. Elle a pour objectif de pérenniser
le financement de cette institution multilatérale qui, un an et demi
après sa création, connaît déjà des difficultés et n’a pas à sa
disposition des sommes suffisantes pour continuer son action dans les
deux prochaines années. Le Fonds dispose de 3,4 milliards de dollars
de promesses de dons mais a besoin de 4 milliards supplémentaires. Le
ministre français délégué à la Francophonie et à la Coopération a
ainsi estimé à la suite du dernier conseil d’administration du Fonds à
Genève, au mois de juin : «Cette conférence du 16 juillet est une
occasion pour la communauté internationale, les pays riches, les
organisations financières et les autres partenaires-de prendre des
engagements pour une durée telle que le Fonds sache qu’en 2004, en
2005, il puisse être sűr de dépenser tel volume d’argent».
IRAK. DES MILITAIRESÇAIS
ATTENDUS EN IRAK.
Changement de ton à Washington oů
les autorités demandent à la France d’être présente militairement en
Irak. Pour l’heure, Paris se fait désirer. Mais pour combien de temps
?
Au lendemain de la victoire
militaire anglo-américaine en Irak, l’administration Bush ne voulait
pas entendre parler d’un «rôle central» de l’Onu en Irak. Certes,
George Bush avait concédé un «rôle vital» à l’organisation
internationale pour faire plaisir à Tony Blair, mais sur un plan
pratique, tous les pouvoirs étaient dévolus à l’administrateur civil
américain qui rendait compte à Donald Rumsfeld, le secrétaire la
Défense. A ceux qui suggéraient au secrétaire d’État Colin Powell,
pourtant une «colombe», qu’il serait peut-être de bonne politique de
laisser quelque rôle dans la reconstruction de l’Irak aux pays qui
n’avaient pas soutenu la guerre et à leurs entreprises, Powell
répondait sèchement que puisque les alliés avaient versé le sang et
pris les risques, il était juste qu’ils en tirent les bénéfices.
Parallèlement, la presse américaine
et les parlementaires se déchaînaient contre les Français et les
Allemands qui faisaient figure de perdants aux cotés de Saddam
Hussein. Sénateurs et congressmen débattaient des sanctions à prendre
contre cette France arrogante qui avait tenté de rallier le monde
entier contre Washington. Afin que nul n’en ignore, la buvette du
Capitole avait rebaptisé sur son menu les French fries (frites, dites
françaises) en freedom fries (frites de la liberté). C’était il y a
trois mois.
Mercredi, changement radical de ton
au Sénat, oů le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld est
passé sur le gril par les membres de la commission de la Défense et du
renseignement. Les parlementaires s’alarment de l’insécurité galopante
dans un Irak prétendument pacifié, du coűt vertigineux et apparemment
sans fin des opérations militaires et aimeraient beaucoup que
l’administration Bush appelle les alliés de l’Otan à partager les
risques et les coűts de l’occupation. Rumsfeld a beaucoup perdu de sa
superbe. Il s’emmêle dans les chiffres, reste évasif. Lorsqu’on lui
demande si son gouvernement a fait appel à la France et à l’Allemagne
pour envoyer un contingent, il acquiesce mollement, se référant à la
France et l’Allemagne en parlant de «ces deux pays». Prononcer leurs
noms est encore trop douloureux pour le contempteur de la «vieille
Europe».
À Paris, l’état-major se prépare
discrètement depuis plusieurs semaines à dépêcher des forces spéciales
et d’autres spécialistes qui pourraient être à pied d’oeuvre à
l’automne. Si on le leur demande. Car la décision appartient à
l’échelon politique. Jeudi, par la voix de son ministre des Affaires
étrangères, Dominique de Villepin fait connaître sa réponse : sur deux
pages d’entretien accordé au Figaro, le ministre français indique
qu’une présence militaire française en Irak ne pourrait se produire
que «dans le cadre d’un mandat précis» des Nations unies. Peu après,
l’Allemagne fait à son tour connaître son point de vue : c’est le même.
À Paris, les autorités sont
partagées entre des impératifs contradictoires. D’un côté, l’évolution
de la situation en Irak valide la position prise par Paris et Berlin
avant, pendant et après la guerre. Pourquoi donc se précipiter en Irak
pour participer à une occupation aux buts incertains, hautement
impopulaire chez les Irakiens et dans le monde arabe et perdre le
capital politique accumulé en volant au secours des Américains empêtrés
dans le bourbier irakien ? D’un autre côté, il n’est dans l’intérêt de
personne, ni des Arabes, ni de l’Europe, que la situation en Irak
évolue vers un chaos généralisé, susceptible de déstabiliser la
région. D’autant que, sans faire de bruit mais efficacement, l’Onu a
fait son retour sur la scène irakienne. Kofi Annan a désigné un envoyé
spécial, le Brésilien Sergio Vieira de Mello, qui a accompli un
travail reconnu au Kosovo et au Timor Oriental. Il s’est d’ailleurs
adjoint un fin connaisseur de la région, l’ancien ministre libanais de
la Culture Ghassan Salamé. En à peine un mois, Vieira de Mello a
réussi à s’imposer comme un acteur clé de la reconstruction de l’Irak
et l’administrateur américain Paul Bremer avec lequel il s’entretient
presque chaque jour.
Pour la France, rester à l’écart du
jeu trop longtemps pourrait s’avérer contre-productif, d’autant que
Paris a toujours des intérêts politiques et économiques significatifs
en Irak : la dette irakienne à l’égard de la France, hors intérêts,
est estimée à trois milliards de dollars et le groupe pétrolier Total,
bien placé du temps de Saddam Hussein, n’entend pas être évincé des
contrats de l’après-Saddam. Total sera d’autant mieux placé que la
France sera présente sur place au côté des Américains.
La France est donc condamnée à
donner assez rapidement une réponse à ces demandes pressantes des
États-Unis. Mais avant de le faire, Paris veut des garanties qu’elle
s’estime, cette fois, en mesure d’obtenir.
LA FRANCE EST L'ANCIENNE
ALLIÉE DE L'IRAK.
Depuis le début des années 70
jusqu’à l’invasion du Koweit par l’Irak en 1990, Paris et Bagdad ont
toujours entretenu de bonnes relations. Une fois la guerre du Golfe
terminée, la France même si elle avait rallié les Etats-Unis durant le
conflit, s’est vivement opposée au maintien de l’embargo.
L’idylle a duré près de vingt ans.
Tout commence en 1972 lorsque Jacques Chaban-Delmas, alors Premier
ministre de la France invite, à Paris, Saddam Hussein, fraîchement
promu figure incontournable du régime irakien. Deux ans plus tard,
c’est au tour de l’homme fort de Bagdad de convier une personnalité
française, Jacques Chirac, successeur de Jacques Chaban-Delmas à
Matignon. A cette occasion, les deux hommes signent plusieurs contrats
militaires - une soixantaine de Mirage F-1 est livrée à l’Irak en 1977
et 1979 ainsi que des missiles, des blindés et des hélicoptères …etc -
mais surtout ils concluent un accord de coopération nucléaire. La
France livrant peu de temps après deux réacteurs, Tamouz 1 et 2, qui
vont servir à la construction de la centrale nucléaire de
Tamouz-Osirak. Mais, cette dernière est détruite en juin 1981 par un
bombardement israélien avant même sa mise en service.
Durant la guerre entre l’Iran et
l’Irak, qui va durer huit ans, la France reste une alliée fidèle du
régime irakien en continue de signer avec lui de faramineux contrats
d’armement pour un montant d’au moins 10 milliards d’euros, pour
notamment barrer la route aux Iraniens. La France va même jusqu’à
fermer les yeux, tout comme les Etats-Unis d’ailleurs, quand les
Irakiens vont utiliser des gaz chimiques prohibés contre les Iraniens.
C’est alors la classe politique française, touts bords confondus, qui
est complice de ces violations. Pour Paris, outre ces liens
commerciaux privilégiés, il s’agit avant tout de consolider une amitié
durable au Moyen-Orient avec une terre riche en pétrole.
Pendant la décennie 80, les liens
ne se distordent pas. La lune de miel atteint son comble en 1986 quand
Jacques Chirac, alors Premier ministre, déclare que la France est
«l’amie et l’alliée de l’Irak» et en juillet 1990, lorsque Paris signe
un accord permettant le rééchelonnement de la dette irakienne. Mais
c’était compter sans l’invasion du Koweit, quelques semaines plus
tard, par le régime de Bagdad. Les anciens amis français de Saddam
Hussein le lâchent tous, à l’exception de Jean-Marie Le Pen qui lui
rend visite à Bagdad et de Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de
la Défense, qui démissionne de son poste et qui se rend également sur
place pour saluer celui qu’il qualifiera de «dirigeant courageux et
aimé».
Concomitamment, Paris se rallie à
Washington et participe à l’opération alliée Tempête du Désert en
bombardant l’Irak et en envoyant des militaires pour participer à
l’offensive terrestre. Bien que s’étant placée aux côtés des
Américains pendant la guerre du Golfe, la France s’oppose vivement,
après la fin du conflit, à la poursuite de l’embargo sur le pétrole
irakien. Elle ira même jusqu’à faire pression, en 1996, aux Nations
unies, pour que son ancienne alliée puisse vendre son pétrole contre
de la nourriture, bien utile pour une population affamée, depuis la
mise en place d’un embargo drastique. La France continuant ainsi
d’adopter une position médiane, pour préserver notamment ses intérêts
économiques.
Aujourd’hui, toute la classe
politique se positionne derrière Jacques Chirac qui a clairement
exposé la position de la France : si toutefois il doit y avoir un
recours à la force, il devra être décidé uniquement par le Conseil de
sécurité de l’Onu et non pas unilatéralement par les Etats-Unis.
IRAK. AMÉRICAINS ET
BRITANNIQUES À QUELQUES PAS DE BAGDAD.
Atteindre Bagdad le plus vite
possible, c'est le but des soldats américains et britanniques selon
Tony Blair.
Lundi après midi, le Premier
ministre britannique, Tony Blair a indiqué le «but essentiel» :
atteindre Bagdad «le plus vite possible en accélérant ainsi la fin du
régime». Il a toutefois reconnu que la coalition rencontrait des «poches
de résistance». A la télévision irakienne, Saddam Hussein promet
l’enlisement à la coalition adverse. Des combats se poursuivent au Sud
et l’aviation américano-britannique pilonne le nord du pays.
Bagdad et ses environs ont subi de
nouveaux raids aériens lundi après-midi et lundi soir. Selon le
Premier Ministre britannique, Tony Blair, les blindés de l’avant-garde
américano-britannique sont à une centaine de kilomètres de Bagdad,
près de Karballah. Il s’agit clairement de viser le régime à la tête
pour qu’il s’effondre et Bagdad se prépare à un éventuel siège. Le
président irakien, qui avait été donné pour mort ou grièvement blessé
depuis samedi, est apparu lundi à la télévision irakienne pour
prononcer un discours à l’adresse des forces armées et du peuple
irakiens. Il les a appelé à une guerre d’usure contre la coalition
américano-britannique qu’il menace «d’embourbement». Le président
irakien prophétise une guerre «longue et lourde de conséquences». Le
pouvoir irakien affirme lundi avoir abattu deux hélicoptères Apache et
promet de montrer des images de leurs pilotes. Sosie ou véritable
Saddam Hussein, date et heure de l’enregistrement, le débat continue
du côté de ses adversaires, mais le vice Premier ministre Tarek Aziz
assure que Saddam Hussein garde «le contrôle total du pays» et que les
dirigeants du pays sont bien vivants et en ordre de bataille.
Jusqu’à présent, la coalition
américano-britannique a contourné les villes ou les positions
irakiennes qui lui résistaient. Elle a dû renoncer pour le moment à un
mouvement militaire en tenaille à partir du Sud et à partir du Nord,
faute de pouvoir faire transiter ses troupes sur le territoire turc.
Des contretemps seulement selon le commandant des opérations, le
général Tommy Franks qui estimait lundi après-midi que les forces
américano-britanniques ont réalisé des progrès «rapides et parfois
spectaculaires». La coalition aurait fait 3000 prisonniers irakiens
dont la plupart se serait rendu, assure-t-il. Mais jusqu’à présent,
les Irakiens ne semblent guère sensibles aux appels du pied de la
coalition anti-Saddam Hussein. La blitz-krieg n’est pas au rendez-vous.
Tony Blair explique que «nos objectifs sont de vérifier le désarmement
nucléaire, biologique et chimique de l’Irak. Mais il s’agit de libérer
l’Irak». C’est pourquoi, il faut «prendre en compte la souffrance des
Irakiens et préserver leurs richesses», dit-il. Les raids aériens sont
donc ciblés sur des positions stratégiques, poursuit le Premier
Ministre britannique, mais «il y a évidemment des pertes civiles et
nous avons commencé à mettre en place l’aide humanitaire qui arrivera
bientôt».
Tony Blair a expliqué que les
troupes américano-britanniques avaient en particulier mission de
sécuriser la péninsule sud, notamment la ville portuaire d’Oum Kasr.
Dans la région de Bassora, il reconnaît aussi la persistance de poches
de résistances de la Garde républicaine irakienne. Mais le nettoyage
continue. Dans l’Ouest il s’agit d’empêcher l’Irak d’agresser ses
voisins et au Nord, avec le concours des Kurdes, de protéger les puits
du Kurdistan. Pendant ce temps les forces américaines avancent vers
Bagdad. Elles devraient bientôt entrer en contact avec des forces
irakiennes, un temps fort dans l’offensive terrestre. Mais, déjà, Tony
Blair promet «un avenir radieux» au peuple irakien.
Les combats continuent depuis
quatre jours sur le front sud, façade maritime stratégique tant pour
les militaires que pour les humanitaires du programme pétrole contre
nourriture interrompu depuis le 17 mars. Six navires de guerre
américains transportant des équipements militaires ont emprunté lundi
le canal de Suez et deux autres devraient le franchir mardi pour
rejoindre les douze bâtiments qui les ont précédé.
Lundi après midi, la ville de
Nassiriya, à 375 kilomètres au sud de Bagdad, a été le théâtre
d’intenses bombardements américains. Auparavant, une colonne de chars Abrams et deux colonnes de chars d’assaut amphibies avaient pris
position autour de la ville. Nassiriya occupe une position stratégique
sur la rive est de l’Euphrate. Depuis samedi, des unités de la
coalition américano-britannique sont confrontées à la résistance de
troupes irakiennes. Lundi après-midi, des combats au sol faisaient
rage en particulier pour le contrôle de deux ponts sur l’Euphrate.
Plus au sud, la ville de Bassorah, résisterait toujours aux forces
britanniques qui seraient à quelque cinq kilomètres de la métropole
pétrolière. Sur la façade maritime, des éléments de milices irakiennes
continueraient à se battre dans la ville portuaire d’Oum Qasr. Le
déminage du port n’est pas non plus terminé. Mais globalement, Tony
Blair assure que les forces britanniques ont sécurisé la péninsule de
Fao.
Faute de pouvoir transiter en
territoire turc, la coalition américano-britannique semble vouloir
ouvrir un front au nord de l’Irak, notamment au Kurdistan, pour
refermer la tenaille appuyée sur le sud du pays. Plusieurs centaines
de soldats américains auraient été héliportées au Kurdistan. Des
forces spéciales américaines auraient également été acheminées à l’est
du Kurdistan. Lundi, pour la première fois, des frappes ont visé les
alentours de Chamchamal, une localité du Kurdistan irakien tenue
par des peshmergas kurdes alliés de la coalition anti-Saddam Hussein.
Dans la même région, Erbil aussi aurait été pilonnée. Mossoul
également, dans les confins nord de l’Irak, à la frontière du
Kurdistan irakien. La nordiste pétrolière Mossoul est toujours aux
mains des troupes irakiennes qui assurent que l’autre grande ville
pétrolière du Nord, Kirkouk, a été l’objet d’un assaut
américano-britannique raté.
L’armée britannique a annoncé la
mort lundi de son premier soldat tombé au combat. L’état-major
américain admet que les violents combats autour de Nassiriah
provoquent des pertes des deux côtés mais il ne donne pas de bilan. Au
total, il reconnaît la mort d’une dizaine de soldats. Une douzaine
d’autres sont portés disparus et cinq seraient prisonniers. Un missile
a touché un bus de voyageurs rentrant en Syrie dimanche matin à Ratba,
dans l’Ouest irakien. Cinq Syriens ont été tués et dix autres blessés.
Le ministre irakien de l’Information affirme que les bombardements de
dimanche ont fait des centaines de blessés et des dizaines de morts
parmi les civils. Au total, les bilans sont encore extrêmement
partiels. La coalition américano-britannique s’efforce de préparer ses
opinions aux pertes humaines, matière à galvaniser ses troupes pour le
régime irakien.
RÉACTION DE LA RUSSIE ET LA
CHINE
Depuis le début de l’offensive
contre l'Irak, Moscou et Pékin ont demandé l’arrêt des hostilités et
ont mis en cause les motivations de la guerre menée par les USA.
Moscou et Pékin demandent l’arrêt
de la guerre Depuis le début de l’offensive contre l'Irak, Moscou et
Pékin ont mis en cause les motivations de la guerre menée par les
Américains.
SADDAM HUSSEIN A APPELÉ À LA
RÉSISTANCE.
En s’adressant aux Irakiens ce
lundi, Saddam Hussein a surtout démontré qu’en dépit des rumeurs, il
était bien vivant. L´inquiétude est montée d´un cran au sein des
proches et de la nomenclature du régime. L’avenir politique de l’Irak
divise la communauté internationale.
Le président Bush affirme que les
opérations militaires en Irak font des progrès.
L'ONU semble refaire
surface.L’Europe des Quinze aussi qui tente de remiser ses divisions.
Les divisions s’accentuent après
les premières frappes. Si Washington a reçu le soutien attendu de ses
quelques alliés, une majorité de pays a vivement condamné
l’intervention américaine. Des manifestations se sont spontanément
organisées aux quatre coins du monde pour protester contre les
premières frappes américaines contre l’Irak. Les USA ne s'en occupents
pas. Et les frappes continueront jusqu'au renversement de Saddam et sa
clique, a déclaré un observateur pro-américain.
IRAK. WASHINGTON, LONDRES ET
MADRID NE CONSULTERONT PAS L'ONU.
Rejetant la responsabilité sur la
menace de veto française, le Royaume-Uni, l’Espagne et les États-Unis
ont retiré leur projet de résolution et se réservent la possibilité
d’intervenir seuls en Irak.
Il était tout juste 10 heures à New
York, l’heure à laquelle le Conseil de sécurité devait se réunir à
huis clos à la demande des trois pays parrainant un deuxième projet de
résolution, à savoir les États-Unis, l’Espagne et le Royaume-Uni,
quand les ambassadeurs de ces trois pays sont arrivés devant les
journalistes, massés devant la salle du conseil, pour lire chacun un
texte. Premier à prendre la parole, Sir Jeremy Greenstock, le
représentant britannique. Il indique que les trois pays renoncent à
soumettre au vote le projet de seconde résolution, devant l’attitude
d’«un» pays membre du Conseil de sécurité qui menace d’y apposer son
veto «quelles que soient les circonstances». Dans ces conditions,
ajoute le diplomate britannique, les trois pays reprennent leur
liberté et se réservent le droit de désarmer l’Irak par eux-même.
Prenant la suite, l’ambassadeur
espagnol et le représentant américain confirment la position que vient
d’exposer leur collègue. Peu après, le représentant français Jean-Marc
de La Sablière, qui semble quelque peu sonné par la charge que vient
d’être menée contre son pays, jamais cité par son nom, mais présenté
comme fauteur de guerre, tente d’expliquer que la majorité du Conseil
de sécurité est contre l’emploi de la force et qu’il «n’aurait pas été
légitime de prendre une telle décision».
Ultimatum
Dans les secondes qui suivent, le
porte-parole de la Maison Blanche indique que «la fenêtre
diplomatique» est fermée et que Saddam Hussein n’a d’autre choix que
de quitter son pays s’il veut éviter le conflit. Puis, dans un
enchaînement soigneusement coordonné, le secrétaire d’État américain
Colin Powell intervient pour indiquer que les États-Unis ont joué
depuis l’automne, le processus diplomatique, tout en constatant que
l’Irak était en violation patente des résolutions précédentes, et que
la résolution 1441 adoptée en novembre prévoyait des «sérieuses
conséquences» si l’Irak ne s’y conformait pas strictement. A son tour,
Colin Powell met en cause «certains membres permanentes» du Conseil de
sécurité qui ont menacé de mettre leur veto à toute résolution qui
prévoirait l’usage de la force contre l’Irak, ajoutant une précision
supplémentaire : cette résolution, qui à l’état de projet, prévoyait
comme date limite le 17 mars, tombe d’elle-même puisque l’on est
arrivé à l’échéance.
Colin Powell, sans vouloir dévoiler
le contenu de l’intervention «à la nation et au monde» que doit
prononcer plus tard dans la soirée le président Bush, a cependant
précisé qu’il adresserait un ultimatum à Saddam Hussein, lui
enjoignant de quitter avec ses proches l’Irak s’il veut épargner la
guerre à son pays. Enfin, le secrétaire d’État a rappelé qu’aux yeux
des trois co-parrains de la résolution avortée, toute intervention
militaire en Irak sera conforme au droit international.
WASHINGTON. APPEL DE DÉPART
DES INSPECTEURS.
Les États-Unis ont demandé aux
inspecteurs de l’Onu de quitter l’Irak. La plupart des diplomates et
ressortissants étrangers ont déjà commencé à évacuer le pays et ses
environs.
Les inspecteurs en désarmement de
l’Onu tiennent bon : ils ne partiront qu’après en avoir reçu l’ordre
directement de Kofi Annan, le secrétaire général de l’Organisation, et
celui-ci, en tout état de cause, n’interviendra pas avant la fin de la
réunion du Conseil de sécurité prévue ce lundi. Pourtant, depuis
dimanche, les Américains appellent ouvertement tous les étrangers
encore présents à Bagdad à quitter le pays sans délai : diplomates,
journalistes, membres des organisations humanitaires et, bien sűr,
inspecteurs.
A Bagdad, les diplomates et
ressortissants chinois et russes, à leur tour, ont commencé à faire
leurs bagages et les Français ne devraient guère tarder. Comme le dit
l’adage, «le travail des diplomates s’arrête là oů commence celui des
militaires». L’évacuation ne se limite pas à l’Irak. Les États-Unis et
la Grande Bretagne ont lancé des avis de départ concernant aussi bien
leurs ressortissants en général que la plupart des diplomates au Koweit, en Israël, en Jordanie et dans d’autres pays du Moyen-Orient.
De toute évidence, les membres de la «coalition des volontaires»
conduite par les États-Unis redoutent des attentats terroristes contre
les intérêts et leurs citoyens. Aux Émirats arabes unis, l’ambassade
américaine a indiqué avoir des informations sur la possibilité
d’attentats contre des boîtes de nuit à Dubaď.
Accélération du calendrier
Au Koweit, les soldats de la MONUIK
(mission d’observation des Nations unies en Irak et au Koweďt) chargés
de surveiller la frontière irako-kowetienne ont plié bagage, laissant
le champ libre aux militaires américains dont les chars et les
hélicoptères sont massés aux portes de l’Irak, avec quelque 50 000
hommes de troupe et officiers. Depuis plusieurs jours, ils avaient
constaté, impuissants, que d’étranges civils en 4x4 avaient taillé à
la cisaille les grillages barbelés assurant (en principe)
l’inviolabilité de la frontière, ainsi que le demandaient les
résolutions de l’Onu. Consciencieusement, ils ont fait rapport de ces
violations au Conseil de sécurité, sans illusion sur les conséquences
de leur rapport : les ouvertures ainsi pratiquées étaient juste assez
larges pour laisser passer les blindés américains le moment venu, qui
ne saurait plus tarder.
Partout, le calendrier s’accélère.
Ce lundi, le Conseil de sécurité devait se réunir à 10 heures, heure
de New York pour constater l’étendue des désaccords. Au même
moment, le cabinet britannique devait également se réunir autour du
Premier ministre Tony Blair, dont le ministre de la Justice a
considéré qu’une intervention militaire en Irak serait légale, qu’elle
ait ou non l’appui d’une nouvelle résolution du Conseil de sécurité ;
Enfin, en soirée, le ministre des Affaires étrangères Jack Straw
devait s’adresser à la Chambre des communes pour une déclaration
solennelle, en principe suivie d’un vote.
Sans illusion sur la suite des
événements, le ministre français des Affaires étrangères Dominique de
Villepin, n’a pu que réaffirmer l’opposition de la France à une
résolution prévoyant une guerre automatique ou un ultimatum.
NEW YORK. ONU. Intervention de
Dominique de Villepin, Ministre des Affaires Étrangères de la France
au Conseil de Sécurité à l'ONU
Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général,
Madame et Messieurs les Ministres,
Messieurs les Ambassadeurs,
Je remercie MM. Blix et El Baradei
pour les indications qu'ils viennent de nous fournir sur la poursuite
des inspections en Iraq. Je tiens à nouveau à leur exprimer la
confiance et le plein soutien de la France dans leur mission.
Vous savez le prix que la
France attache, depuis l'origine de la crise iraquienne, à l'unité du
Conseil de Sécurité. Cette unité repose aujourd'hui sur deux éléments
essentiels :
- Nous poursuivons ensemble
l'objectif d'un désarmement effectif de l'Iraq. Nous avons en ce
domaine une obligation de résultat. Ne mettons pas en doute notre
engagement commun en ce sens. Nous assumons collectivement cette
lourde responsabilité qui ne doit laisser place ni aux
arrière-pensées, ni aux procès d'intention. Soyons clairs : aucun
d'entre nous n'éprouve la moindre complaisance à l'égard de Saddam
Hussein et du régime iraquien.
- En adoptant à l'unanimité la
résolution 1441, nous avons collectivement marqué notre accord avec la
démarche en deux temps proposée par la France : le choix du
désarmement par la voie des inspections et, en cas d'échec de cette
stratégie, l'examen par le Conseil de Sécurité de toutes les options,
y compris celle du recours à la force. C'est bien dans ce scénario
d'échec des inspections, et dans ce cas seulement, que pourrait se
justifier une seconde résolution.
La question qui se pose aujourd'hui
est simple : considérons-nous en conscience que le désarmement par les
missions d'inspection est désormais une voie sans issue ? Ou bien,
estimons-nous que les possibilités en matière d'inspection offertes
par la résolution 1441 n'ont pas encore été toutes explorées ?
En réponse à cette question, la
France a deux convictions:
la première, c'est que l'option des
inspections n'a pas été conduite jusqu'à son terme et peut apporter
une réponse efficace à l'impératif du désarmement de l'Iraq ;
la deuxième, c'est qu'un usage de
la force serait si lourd de conséquences pour les hommes, pour la
région et pour la stabilité internationale qu'il ne saurait être
envisagé qu'en dernière extrémité.
- Or, que venons-nous d'entendre, à
travers le rapport de MM. Blix et El Baradei ? Nous venons d'entendre
que les inspections donnent des résultats. Bien sûr, chacun d'entre
nous veut davantage et nous continuerons ensemble à faire pression sur
Bagdad pour obtenir plus. Mais les inspections donnent des résultats.
Lors de leurs précédentes
interventions au Conseil de sécurité, le 27 janvier, le Président
exécutif de la CCVINU et le Directeur général de l'AIEA avaient
identifié précisément les domaines dans lesquels des progrès étaient
attendus. Sur plusieurs de ces points, des avancées significatives ont
été obtenues :
- dans les domaines chimique et
biologique, les Iraquiens ont remis de nouveaux documents aux
inspecteurs. Ils ont aussi annoncé la création de commissions
d'investigation, dirigées par les anciens responsables des programmes
d'armements, conformément aux demandes de M. Blix ;
- dans le domaine balistique, les
informations fournies par l'Iraq ont permis aux inspecteurs de
progresser également. Nous détenons avec précision les capacités
réelles du missile Al-Samoud. Maintenant, il convient de procéder au
démantèlement des programmes non-autorisés, conformément aux
conclusions de M. Blix ;
- dans le domaine nucléaire, des
informations utiles ont été transmises à l'AIEA sur les points
importants évoqués par M. El Baradei le 27 janvier dernier :
l'acquisition d'aimants susceptibles de servir à l'enrichissement
d'uranium et la liste des contacts entre l'Iraq et le pays susceptible
de lui avoir fourni de l'uranium.
Nous sommes là au cœur de la
logique de la résolution 1441, qui doit assurer l'efficacité des
inspections grâce à une identification précise des programmes
prohibés, puis à leur élimination.
- Nous sommes tous conscients
que le succès des inspections suppose que nous aboutissions à une
coopération pleine et entière de l'Iraq. La France n'a cessé de
l'exiger.
Des progrès réels commencent à
apparaître :
L'Iraq a accepté le survol de son
territoire par des appareils de reconnaissance aérienne ;
Il a permis que des scientifiques
iraquiens soient interrogés sans témoins par les inspecteurs ;
Un projet de loi prohibant toutes
les activités liées aux programmes d'armes de destruction massive est
en cours d'adoption, conformément à une demande ancienne des
inspecteurs.
L'Iraq doit fournir une liste
détaillée des experts ayant assisté en 1991 aux destructions des
programmes militaires.
La France attend bien entendu que
ces engagements soient durablement vérifiés. Au-delà, nous devons
maintenir une forte pression sur l'Iraq pour qu'il aille plus loin
dans la voie de la coopération.
4 - Ces progrès nous confortent
dans la conviction que la voie des inspections peut être efficace.
Mais nous ne devons pas nous dissimuler l'ampleur du travail restant à
accomplir : des questions doivent être encore élucidées, des
vérifications doivent être conduites, des installations ou des
matériels doivent sans doute encore être détruits.
- Pour ce faire, nous devons donner
aux inspections toutes les chances de réussir.
- J'ai fait des propositions le 5
février devant le Conseil. Depuis lors, nous les avons précisées dans
un document de travail adressé à MM. Blix et El Baradei et
communiquées aux membres du Conseil.
Quel est leur esprit ? Il s'agit de
propositions pratiques et concrètes, qui peuvent être mises en œuvre
rapidement et qui sont destinées à renforcer l'efficacité des
opérations d'inspection. Elles s'inscrivent dans le cadre de la
résolution 1441 et ne nécessitent par conséquent aucune nouvelle
résolution du Conseil. Elles doivent venir à l'appui des efforts menés
par MM. Blix et El Baradei. Ils sont naturellement les mieux à même de
nous dire celles d'entre elles qu'ils souhaitent retenir pour assurer
la meilleure efficacité de leurs travaux. Dans leur rapport, ils nous
ont fait des commentaires utiles et opérationnels.
La France a déjà annoncé qu'elle
tenait des moyens supplémentaires à la disposition de MM. Blix et El
Baradei, à commencer par ses appareils de surveillance aérienne Mirage
IV.
Alors oui j'entends bien les
critiques :
- Il y a ceux qui pensent que dans
leur principe, les inspections ne peuvent avoir aucune efficacité.
Mais je rappelle que c'est le fondement même de la résolution 1441 et
que les inspections donnent des résultats. On peut les juger
insuffisantes mais elles sont là.
- Il y a ceux qui croient que la
poursuite du processus d'inspection serait une sorte de manœuvre de
retardement visant à empêcher une intervention militaire. Cela pose
naturellement la question du temps imparti à l'Iraq. Nous sommes là au
centre des débats. Il y va de notre crédibilité et de notre esprit de
responsabilité. Ayons le courage de mettre les choses à plat.
- Il y a deux options :
- l'option de la guerre peut
apparaître a priori la plus rapide. Mais n'oublions pas qu'après avoir
gagné la guerre, il faut construire la paix. Et ne nous voilons pas la
face : cela sera long et difficile, car il faudra préserver l'unité de
l'Iraq, rétablir de manière durable la stabilité dans un pays et une
région durement affectés par l'intrusion de la force.
- face à de telles perspectives, il
y a l'alternative offerte par les inspections, qui permet d'avancer de
jour en jour dans la voie d'un désarmement efficace et pacifique de
l'Iraq. Au bout du compte, ce choix là n'est-il pas le plus sûr et le
plus rapide ?
Personne ne peut donc affirmer
aujourd'hui que le chemin de la guerre sera plus court que celui des
inspections. Personne ne peut affirmer non plus qu'il pourrait
déboucher sur un monde plus sûr, plus juste et plus stable. Car la
guerre est toujours la sanction d'un échec. Serait-ce notre seul
recours face aux nombreux défis actuels ?
Donnons par conséquent aux
inspecteurs des Nations Unies le temps nécessaire à la réussite de
leur mission. Mais soyons ensemble vigilants et demandons à MM. Blix
et El Baradei de faire régulièrement rapport au Conseil. La France,
pour sa part, propose un nouveau rendez-vous le 14 mars au niveau
ministériel, pour évaluer la situation. Nous pourrons alors juger des
progrès effectués et de ceux restant à accomplir.
- Dans ce contexte, l'usage
de la force ne se justifie pas aujourd'hui. Il y a une alternative à
la guerre : désarmer l'Iraq par les inspections. De plus, un recours
prématuré à l'option militaire serait lourd de conséquences.
- L'autorité de notre action repose
aujourd'hui sur l'unité de la communauté internationale. Une
intervention militaire prématurée remettrait en cause cette unité, ce
qui lui enlèverait sa légitimité et, dans la durée, son efficacité.
- Une telle intervention pourrait
avoir des conséquences incalculables pour la stabilité de cette région
meurtrie et fragile. Elle renforcerait le sentiment d'injustice,
aggraverait les tensions et risquerait d'ouvrir la voie à d'autres
conflits.
- Nous partageons tous une même
priorité, celle de combattre sans merci le terrorisme. Ce combat exige
une détermination totale. C'est, depuis la tragédie du 11 septembre,
l'une de nos responsabilités premières devant nos peuples. Et la
France, qui a été durement touchée à plusieurs reprises par ce
terrible fléau, est entièrement mobilisée dans cette lutte qui nous
concerne tous et que nous devons mener ensemble. C'est le sens de la
réunion du Conseil de Sécurité qui s'est tenue le 20 janvier, à
l'initiative de la France.
Il y a dix jours, le Secrétaire
d'Etat américain, M. Powell, a évoqué des liens supposés entre
Al-Qaida et le régime de Bagdad. En l'état actuel de nos recherches et
informations menées en liaison avec nos alliés, rien ne nous permet
d'établir de tels liens. En revanche, nous devons prendre la mesure de
l'impact qu'aurait sur ce plan une action militaire contestée
actuellement. Une telle intervention ne risquerait-elle pas d'aggraver
les fractures entre les sociétés, entre les cultures, entre les
peuples, fractures dont se nourrit le terrorisme ?
La France l'a toujours dit : nous
n'excluons pas la possibilité qu'un jour il faille recourir à la
force, si les rapports des inspecteurs concluaient à l'impossibilité
pour les inspections de se poursuivre. Le Conseil devrait alors se
prononcer et ses membres auraient à prendre toutes leurs
responsabilités. Et, dans une telle hypothèse, je veux rappeler ici
les questions que j'avais soulignées lors de notre dernier débat le 4
février et auxquelles nous devrons bien répondre :
- En quoi la nature et l'ampleur de
la menace justifient-elles le recours immédiat à la force ?
- Comment faire en sorte que les
risques considérables d'une telle intervention puissent être
réellement maîtrisés ?
En tout état de cause, dans une
telle éventualité, c'est bien l'unité de la communauté internationale
qui serait la garantie de son efficacité. De même, ce sont bien les
Nations Unies qui resteront demain, quoi qu'il arrive, au cœur de la
paix à construire.
Monsieur le Président, à ceux qui
se demandent avec angoisse quand et comment nous allons céder à la
guerre, je voudrais dire que rien, à aucun moment, au sein de ce
Conseil de Sécurité, ne sera le fait de la précipitation, de
l'incompréhension, de la suspicion ou de la peur.
Dans ce temple des Nations Unies,
nous sommes les gardiens d'un idéal, nous sommes les gardiens d'une
conscience. La lourde responsabilité et l'immense honneur qui sont les
nôtres doivent nous conduire à donner la priorité au désarmement dans
la paix.
Et c'est un vieux pays, la France,
d'un vieux continent comme le mien, l'Europe, qui vous le dit
aujourd'hui, qui a connu les guerres, l'occupation, la barbarie. Un
pays qui n'oublie pas et qui sait tout ce qu'il doit aux combattants
de la liberté venus d'Amérique et d'ailleurs. Et qui pourtant n'a
cessé de se tenir debout face à l'Histoire et devant les hommes.
Fidèle à ses valeurs, il veut agir résolument avec tous les membres de
la communauté internationale. Il croit en notre capacité à construire
ensemble un monde meilleur.
Je vous remercie
PARIS. LE SOMMET AFRICAIN.
La Conférence des chefs d’Etat sur
la Côte d’Ivoire s’est ouverte samedi matin, à Paris, en présence de
dix présidents africains et du secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan.
La Conférence des chefs d’Etat sur
la Côte d’Ivoire s’est ouverte samedi matin, à Paris, en présence de
dix présidents africains - dont l’Ivoirien Laurent Gbagbo - et du
secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan. La Conférence des chefs
d’Etat sur la Côte d’Ivoire s’est ouverte samedi matin, à Paris, en
présence de dix présidents africains - dont l’Ivoirien Laurent Gbagbo
- et du secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan. Ce sommet
extraordinaire de deux jours doit en principe entériner l’accord de
Marcoussis intervenu vendredi matin entre les différentes parties au
conflit, et permettre ainsi «d’approuver les termes de l’accord (de
Marcoussis) et de retrouver les voies de la réconciliation, de la paix
civile et du redressement», selon les termes employés par le président
français Jacques Chirac. Et celui-ci de préciser : «Gardons à l’esprit
qu’un accord même sincère vaut autant par la manière dont il est
observé que par sa substance même».
Le président français confirme
ainsi que le compromis demeure fragile et que tout reste à faire sur
place, où la réaction des Ivoiriens du Nord comme du Sud a été plutôt
mitigée, et parfois franchement hostile. Car, beaucoup d’incertitudes
et une grande ambiguïté règnent toujours concernant le rôle de la
«force d’interposition» chargée d’épauler le futur gouvernement «de
consensus» dans la tâche très délicate d’appliquer le cantonnement et
le désarmement des rebelles. L’armée française et des «casques bleus»
de la CEDEAO comme de l’ONU devraient en principe participer à cette
opération et ensuite au maintien de la paix. A condition que celle-ci
s’installe véritablement, notamment dans l’Ouest du pays.
Car, le sommet de Paris a d’ores et
déjà fait apparaître la cacophonie qui règne toujours au sein de la
CEDEAO. Le président togolais Gnassingbé Eyadéma - également président
du groupe de contact de la CEDEAO sur la Côte d’Ivoire - comme
d’autres chefs d’Etat membres de ce groupe (le Nigerien et le
Nigérian) ne participent pas à ce sommet. Mais la CEDEAO, qui avait
annoncé mercredi qu’elle ne pourrait s’exprimer officiellement à ce
sommet, fera néanmoins entendre sa voix, par le biais du Sénégalais
Abdoulaye Wade, actuellement président de cette communauté des Etats
d’Afrique occidentale.
Autre fait marquant, la présence du
président libérien Charles Taylor, officiellement «interdit de voyage»
par l’ONU, en raison de son implication dans le conflit sierra-léonais,
et que la Côte d’Ivoire accuse de soutenir les rebelles de l’Ouest. Le
président burkinabè Blaise Compaoré a lui aussi décidé finalement de
participer à la réunion de Paris, après avoir annoncé qu’il avait
décidé de «saisir les tribunaux internationaux» au sujet des «crimes»
dont serait responsable le président Gbagbo notamment vis-à-vis des
ressortissants burkinabè vivants en Côte d’Ivoire. Une démarche qui ne
facilite sans doute pas la réconciliation inter-étatique indispensable
au retour de la paix en Côte d’Ivoire.
Seydou Diarra
comme Premier Ministre Ivoirien.
Quelques heures ont suffi aux chefs
d’Etat qui participent à la conférence de Paris sur la Côte d’Ivoire
pour se mettre d’accord sur le nom du futur Premier ministre ivoirien
et la composition du gouvernement «de consensus» qui aura la lourde
tâche de gérer le pays jusqu’aux élections de 2005. Seydou Diarra, un
musulman originaire d’Odjenné (Nord de la Côte d’Ivoire, actuellement
sous contrôle des rebelles du MPCI) qui a déjà dirigé le gouvernement
ivoirien au lendemain du putsch de Noël 1999, a été choisi comme
premier ministre, selon une source citée par l’Agence France Presse,
qui a précisé que l’annonce officielle de cette nomination sera faite
samedi après-midi par le président ivoirien Laurent Gbagbo à
l’ambassade de Côte d’Ivoire à Paris.
Seydou Diarra faisait partie des
candidats officieux à la Primature, car il avait assuré d’octobre à
décembre 2001 la délicate présidence du Forum de réconciliation
nationale d’Abidjan, censé mettre un terme aux violences politiques et
doter le pays d’un gouvernement d’union nationale qui a finalement en
partie volé en éclats au lendemain du déclenchement de la rébellion,
le 19 septembre dernier. Agé de 70 ans, Seydou Diarra a également
participé, en tant que «sage», à la rencontre de Marcoussis, qui a
abouti à un accord de principe vendredi dernier.
Seydou Diarra devrait diriger un
gouvernement de réconciliation nationale composé de neuf ministres
d’Etat représentant à égalité les trois grandes formations politiques
(FPI, PDCI et RDR) et les rebelles. En choisissant Seydou Diarra,
Laurent Gbagbo accepte le départ de Pascal Affi N’guessan (FPI) mais
peut désormais compter sur un Premier ministre proche du PDCI de feu
Houphouët-Boigny, mais qui a sa confiance, et qui disposera des
délégations nécessaires pour la gestion de la transition, sans
toutefois bouleverser le paysage administratif actuel.
Presque au même moment, au cours
d’une longue suspension de séance, le président Laurent Gbagbo,
s’exprimant pour la première fois depuis la signature de l’accord de
Marcoussis, a déclaré qu’il considérait comme «acceptable et
souhaitable» l’accord de Marcoussis. Et ce à l’issue d’une longue
rencontre avec Jacques Chirac, le président gabonais Omar Bongo et le
secrétaire général de l’ONU Kofi Annan.
De leur côté, les rebelles du MPCI
ont annoncé qu’ils rentreront mardi prochain à Bouaké pour «expliquer
l’accord à la base». «Cet accord est bon, c’est notre accord», a
précisé le porte-parole Konaté Sidiki, avant d’ajouter : «Après, nous
irons à Abidjan, car c’est là que l’accord doit s’appliquer, c’est là
que se trouvera le gouvernement de réconciliation nationale. Nos amis
français nous ont garanti que notre sécurité sera assurée».
PARIS, MARCOUSSIS. LA CRISE
IVOIRIENNE.
La table ronde de Marcoussis a
accouché, tôt vendredi 24 janvier 2003 d’un accord de dernière minute
qui officiellement satisfait toutes les parties ivoiriennes. Sans
toutefois laisser entrevoir un règlement durable d’une crise qui dure
depuis le 19 septembre dernier.
Un texte prévoyant la mise en place
d’une «gouvernement de réconciliation nationale» et le maintien à sa
place du président Laurent Gbagbo a bien été signé, vers 2h30, dans la
nuit de jeudi à vendredi, à Marcoussis (dans la banlieue sud de
Paris). Et une fois de plus les différents délégués ivoiriens se sont
donné l’accolade et ont sablé le champagne, tout en chantant l’hymne
national, à l’issue d’une dernière séance marathon. Ce texte doit être
approuvé ce week-end à Paris par la conférence des chefs d’Etats de
l’Afrique de l’Ouest, mais celle-ci a d’ores et déjà enregistré
l’absence volontaire d’un certain nombre de protagonistes de taille:
les présidents nigérian, nigérien et (peut-être) togolais. Autant dire
que la période de transition qui s’ouvre pour la Côte d’Ivoire
s’annonce à la fois très longue et très périlleuse, car l’accord
formel de Marcoussis règle les questions les moins épineuses (code de
la nationalité, éligibilité à la présidence de la République,
composition du gouvernement), mais renvoie à plus tard la solution des
questions militaires: cantonnement de la rébellion du Nord, contrôle
réel des rebelles de l’Ouest et la présence désormais avérée de
milliers de soldats libériens plus au moins à la dérive.
D’après les premières
indiscrétions, cet accord prévoit que le président Laurent Gbagbo
reste en place jusqu’à la fin de son mandat (octobre 2005), mais aussi
qu’il sera obligé de composer - ou de cohabiter - avec un gouvernement
dont la composition n’a pas été précisée mais qui comprendra toutes
les délégations présentes à Marcoussis, donc les trois mouvements
rebelles (MPCI, MPIGO et MJP). Il sera dirigé par un «Premier ministre
de consensus» qui ne pourra pas se présenter à l'élection
présidentielle d’octobre 2005 mais «disposera, pour l’accomplissement
de sa mission, des prérogatives de l’exécutif». Ce qui ôte d’autant de
pouvoir réel au président Gbagbo, sans pour autant l’obliger à ne
faire plus que de la figuration.
Cette concession majeure faite par
les rebelles et le RDR - qui avaient constamment réclamé le départ de
Gbagbo - était attendue depuis le début du «processus de Marcoussis»,
tout comme le remplacement du Premier ministre N’guessan par une
figure de consensus, nécessairement non membre du FPI, le parti de
Gbagbo. «Ce que nous n’avons pas eu d’un côté, a dit le porte-parole
du MPCI Konaté Siriki, nous l’avons obtenu de l’autre avec un
gouvernement fort qui a en mains toutes les clefs de la résolution de
la crise». «C’est un accord de compromis entre les revendications des
différents parties», a souligné de son côté le Premier ministre
sortant Pascal Affi N’guessan, avant d’ajouter que les négociateurs
n’avaient pas établi une «liste de premier-ministrables», car la
nomination du prochain Premier ministre relève du président Gbagbo.
Quatre candidats (et une candidate)
à la Primature
Cela n’a pas empêché les milieux
politiques ivoiriens de se livrer au jeu des prévisions: apparemment
quatre personnalités politiques très connues, toutes membres ou
proches du PDCI - le parti historique (et autrefois unique) créé par
Houphouët-Boigny - tiennent la corde. Il s’agit tout d’abord de
l’ancien ministre, actuellement président du CES, Laurent Dona Fologo,
qui a longtemps été le secrétaire général du PDCI, avant de diriger la
délégation gouvernementale, lors les récentes négociations de Lomé.
Viennent ensuite trois «barons»: Seydou Diarra, un «sage» qui a dirigé
en 2002 le Forum de réconciliation d’Abidjan mais qui auparavant avait
accepté de devenir le Premier ministre de Robert Gueï; Charles Konan
Banny, actuellement gouverneur de la BCEAO (la Banque d’Afrique
occidentale); et l’ancien Premier ministre d’Henri Konan Bédié, Daniel
Kablan Duncan, qui a l’avantage de s’être fait quelque peu oublier
depuis le fameux «putsch de Noël» 1999 et tous les tragiques
événements qui ont ensuite ensanglanté le pays. Mais on ne peut
exclure que le 'numero deux' du RDR, Henriette Diabaté, originaire du
sud mais mariée à un nordiste, ne coiffe tous les autres candidats sur
le poteau.
Il va de soi que le choix du futur
Premier ministre est le principal défi auquel fait face dans
l’immédiat Laurent Gbagbo. Car son gouvernement aura d’abord la tâche
de «préparer les échéances électorales afin d’avoir des élections
crédibles et transparentes». Le chef de gouvernement aura donc à
diriger, deux années et demi durant, une équipe nécessairement
composite et formée de ministres se regardant en chiens de faïence.
Autant dire que sa tâche sera des plus difficiles, surtout parce que
une si longue «transition» a toutes les chances d’avoir à surmonter de
nombreux obstacles, avant la date fatidique d’octobre 2005 (élections
présidentielle et législatives). Car il faut d’ici là établir - ou
rétablir - des listes électorales, alors que cela ne peut se faire
sans l’établissement préalable d’une carte nationale d’identité fiable
et acceptée par tout le monde, mais aussi l’établissement des cartes
de séjour destinées aux étrangers. Comment va-t-il accomplir ces
différentes tâches, dans un pays gangrené par le trafic généralisé des
pièces d’identité et dont de nombreux bâtiments publics (dans le nord
comme dans l’ouest) ont été récemment pillés et vidés de leurs
dossiers ?
Plus délicat encore, la gestion du
désarmement et du cantonnement des rebelles, qui a été confiée elle
aussi au gouvernement. Les délégués présents à Marcoussis se sont
accordés sur «le regroupement de toutes les forces», dans le but de
constituer une nouvelle armée, avec l’aide de la France, ainsi que sur
une amnistie des mutins ayant participé aux différentes rébellions.
Depuis quand, au juste ? Depuis le fameux putsch de Noël 1999 ? Cette
question cruciale, véritable pierre d’achoppement dans toutes les
négociations intervenues depuis le 19 septembre, n’a apparemment pas
fait l’objet d’un accord précis et détaillé à Marcoussis, les délégués
préférant la renvoyer au futur gouvernement. Or, les gouvernements
dits «de transition» sont non seulement difficiles à mettre en place
(voir à ce propos les péripéties des accords de Lusaka signés entre
les belligérants du Congo démocratique), mais ils ont également
tendance à ne pas tenir longtemps (voir à ce sujet ce qui est arrivé à
ceux d’Angola, entre Luanda et l’Unita de Jonas Savimbi).
Cette question est d’autant plus
délicate que les rebelles ne forment pas un «front» unique, même si
leur collaboration est évidente. En réalité l’implantation
géographique (et en partie ethnique), les motivations profondes, comme
les «parrainages» extérieures ne sont pas les mêmes, entre d’un côté
le MPCI et de l’autre le MPIGO et le MJP. Le premier bénéficie d’un
incontestable appui populaire dans le nord, où il entre en concurrence
directe avec le RDR d’Alassane Ouattara, ainsi que l’aide en tous
genres du Burkina Faso de Blaise Compaoré, qui doit tenir compte des
quelques trois millions de Burkinabè vivant en Côte d’Ivoire.
Les deux autres mouvements rebelles
ont eux-mêmes indiqué ne pas avoir de programme politique, en dehors
du renversement de Laurent Gbagbo, qu’il accusent d’être responsable
de l’assassinat de Robert Gueï, l’ancien président originaire du Grand
Ouest. Plus grave, il est difficile d’évaluer la représentativité
réelle de leurs chefs présents à Paris, mais aussi leur véritable
puissance militaire, car, il est désormais prouvé que l’essentiel des
combats qui ne cessent de s’étendre à l’Ouest est le fait de soldats
libériens visant à contrôler par tous les moyens la «boucle du cacao»
ivoirien. L’armée française préfère parler, pour l’heure «d’éléments
incontrôlés». Ce qui signifie que nul n’est apparemment en mesure - en
dehors de Charles Taylor, qui s’en défend - de peser sur leur
comportement. Or, l’histoire récente de la Guinée, du Sierra Léone et
surtout du Libéria nous apprend que le Libéria de Charles Taylor est
la principale source de conflit et de régression politique en Afrique
occidentale. Une menace qui plane toujours sur les voisins. C’est
peut-être pour cela que le président libérien a décidé, dans un
premier temps, de ne pas se rendre à Paris, où il commence à être
montré du doigt. Avant de changer d'avis.
En route vers l’Europe à 25
La Commission européenne propose
l’élargissement de l’Union des Quinze à dix nouveaux pays à partir de
2004. Le sommet européen de Copenhague, à la mi-décembre, entérinera
officiellement le lancement d’une Europe à 25 forte de 455 millions
d’habitants. Mais les pays entrants présentent aussi des faiblesses.
La Pologne, la République tchèque,
la Hongrie, la Slovaquie, la Lituanie, la Lettonie, l'Estonie, la
Slovénie, Malte et Chypre devraient marquer leur entrée dans l’Union
européenne dès 2004 en participant aux élections européennes de juin.
D’ici là, plusieurs étapes devront encore être franchies et les
négociations en cours s’achever.
Dans l’immédiat, la Commission
européenne rend public son rapport sur l’élargissement qui prend en
compte les progrès accomplis au cours des trois ou cinq années de
négociations, selon les pays, qui viennent de s’écouler. Les critères
d’adhésion établis en 1993 portent sur la démocratie, l’économie de
marché et la capacité à s’intégrer à l’Union. Elle propose donc que
dix pays candidats soient admis, reportant à 2007, au moins,
l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie. De plus, le cas épineux
de la Turquie a été mis de côté et les négociations avec ce pays n’ont
pas encore débuté.
Le rapport de la Commission
européenne devra encore être entériné lors du prochain sommet européen
de Bruxelles les 24 et 25 octobre prochain et l’élargissement à dix
nouveaux membres officiellement approuvé au sommet de Copenhague les
12 et 13 décembre qui marque la fin de la présidence danoise. Cela
ouvrira la porte à un nouveau traité européen, en 2003, inscrivant
dans le marbre l’entrée de ces dix pays dans la communauté et, en
2004, leur participation effective aux instances communautaire, après
ratification par les 25 membres.
Une incertitude demeure toutefois
avec la situation qui prévaut dans l’un des pays européens, l’Irlande.
En juin 2001 les Irlandais avaient en effet rejeté par 54% des
suffrages la ratification du traité de Nice qui prévoyait
l’élargissement de l’Union européenne. Un nouveau referendum «de
rattrapage» a lieu le 19 octobre prochain car le suffrage universel
est, dans ce pays contrairement aux autres membres de l’UE, le seul
moyen de faire adopter ce traité. Un nouveau refus provoquerait,
dit-on dans les milieux communautaires, «une crise institutionnelle
sans précédent».
Disparités et faiblesses
Même en supposant le problème
irlandais réglé en faveur de l’élargissement, l’arrivée de dix pays
d’Europe centrale et orientale dans l’Union présente des avantages
mais aussi des difficultés. Forte de 75 millions d’habitants
supplémentaires, soit 455 millions d’âmes, l’UE, vaste marché, se
hausse au rang de troisième plus grande puissance démographique au
monde après la Chine et l’Inde. Mais la richesse totale de ces dix
pays, avec un PIB cumulé de 404 milliards d’euros, n’atteint pas 5% du
PIB de l’UE à quinze. La richesse par habitant des dix entrants est
égale à 45% de celle des membres actuels de l’Union. Encore, les
futurs membres ne sont-ils pas tous logés à la même enseigne: le PIB
par habitant frôle les 70% de la moyenne européenne en Slovénie mais
n’atteint que 40% en Pologne, le pays le plus peuplé des dix avec 39
millions d’habitants. Le coût de l’élargissement a été évalué par la
Commission européenne à 40 milliards d’euros entre 2004 et 2006.
Outre ces disparités économiques et
sociales, les pays d’Europe centrale qui vont intégrer l’Union
européenne ont connu des années pénibles après l’écroulement de l’URSS
et du bloc de l’Est. La Commission européenne n’omet pas de souligner,
dans son rapport, les manquements en matière de lutte contrer la
fraude, le blanchiment d’argent sale, le crime organisé et la
corruption. Des insuffisances persistent dans le domaine de
l’environnement avec une piètre qualité de l’eau, la faiblesse de la
lutte contrer la pollution industrielle et les risques chimiques. A
cela s’ajoutent les préoccupations de l’Europe occidentale en matière
d’immigration clandestine et de porosité des frontières extérieures de
l’UE.
L’Union européenne a donc prévu un
certain nombre de garde-fous ou clauses de sauvegarde en cas de
non-respect des règlements phytosanitaires sur les exportations
agricoles, de la réglementation financière ou de la concurrence.
PARIS. Meurtre à connotation
raciste à Dunkerque
Le meurtre d’un adolescent
d’origine marocaine, tué vendredi à Dunkerque par un Français de 45
ans qui avait pris pour cibles des cafés fréquentés essentiellement
par des Maghrébins, a été unanimement condamné. Le meurtrier présumé,
arrêté dimanche matin, est actuellement en garde à vue et nie toujours
les faits. Il doit être mis en examen pour assassinat lundi.
Le meurtre vendredi de Mohamed
Maghara, un adolescent de dix-sept ans d’origine marocaine abattu dans
un quartier de Dunkerque, est-il un crime raciste ? Tout semble porter
à le croire. L’assassin présumé, un homme de 45 ans arrêté très tôt
dimanche matin, a en effet pris pour cibles des cafés fréquentés
essentiellement par des Maghrébins. Il avait dans un premier temps
tiré un coup de feu dans la vitrine d’un bar sans blesser personne. Il
avait ensuite récidivé contre des consommateurs, qui paniqué avaient
quitté l’établissement. Trois d’entre eux ont été légèrement blessés.
Selon des témoins, l’homme paraissait calme et certains l’ont entendu
crié avant qu’il ne fasse feu : «je vais tous vous tuer». Il a par la
suite pu prendre la fuite à bord d’un 4x4.
Moins d’une heure plus tard, le
même homme est passé devant un autre café à Grande-Synthe, un quartier
de la périphérie de Dunkerque dont la moitié des habitants est
d’origine immigrée. Il a tiré sur une dizaine de jeunes rassemblés
devant l’établissement qui venait de fermer ses portes et a grièvement
blessé le jeune Mohamed Maghara. L’adolescent est mort dans
l’ambulance qui le transportait à l’hôpital. Ce drame a profondément
ému la population, qui a été choquée par ce qu’elle affirme être un
crime raciste.
Après plus de vingt-quatre heures
de cavale, l’assassin présumé a été arrêté très tôt dimanche matin.
L’homme, qui a nié les faits, a été dénoncé par quelqu’un de son
entourage «qui avait vu ses préparatifs». La police a retrouvé chez
lui deux armes de chasse et un 4x4 Ford. Selon le procureur du
tribunal de Dunkerque, «l’enquête va désormais consister à faire
parler les armes et le véhicule». Deux cents policiers et une
trentaine d’officiers de la police judiciaire étaient mobilisés depuis
vendredi soir pour l’arrêter.
Un crime unanimement condamné
Le Premier ministre Jean-Pierre
Raffarin a violemment condamné un crime qu’il a qualifié de raciste.
«On a tué par racisme, on a tué par intolérance et je crois vraiment
que la France ne peut pas supporter ça», a-t-il notamment affirmé en
appelant à rejeter «ces intolérances qui conduisent à des gestes
extrêmes». Selon le Premier ministre, «la France, ce pays de la
République, ce pays de la tolérance, doit faire en sorte qu’on écoute
toujours les autres et qu’on chasse toujours ce racisme». Il a
également affirmé garder aujourd’hui «une blessure au fond du cœur».
En visite à la mosquée de Paris,
Nicolas Sarkozy a pour sa part affirmé vouloir combattre le racisme
«avec la dernière énergie». Le ministre de l’Intérieur, qui s’y était
rendu dans le cadre de ses consultations pour la création d’une
structure représentative du culte musulman et pour promouvoir un
«islam de France», a estimé que sa visite, qui devait être un jour de
joie, était désormais «un jour de deuil». «Le racisme est un cancer
qu’il faut extirper de notre société», a par ailleurs déclaré Nicolas
Sarkozy. «Ses auteurs seront poursuivis, condamnés et punis avec la
plus grande sévérité», a-t-il ajouté en soulignant que «le racisme
était l’ennemi de la République».
Le Mouvement contre le racisme et
pour l’amitié entre les peuples (MRAP) a, de son côté, annoncé son
intention de porter plainte pour «crime et violence à caractère
raciste». Un communiqué de cette association a d’ailleurs condamné
«avec horreur» ce drame.
FRANCOPHONIE.Quand la
Francophonie aide les démocraties
Voilà dix ans que la plupart des
Etats francophones de l'Afrique, de l'Europe centrale et orientale, de
l'Asie du sud-est ou encore des Caraïbes se sont engagés dans un
mouvement de démocratisation de leurs institutions politiques. Les
acquis des changements survenus après la fin de la Guerre froide sont
néanmoins très fragiles, l'actualité récente montrant que les retours
en arrière sont toujours possibles. C'est consciente de ces risques
que, ces dernières années, la Francophonie a intensifié ses actions
vers la consolidation de ces démocraties en devenir.
Il y a encore dix ans, explique
Roger Dehaybe, Administrateur général de l'Agence intergouvernementale
de la Francophonie, les actions «dans le domaine de l’Etat de droit,
de la démocratie, de la consolidation des institutions, de soutien aux
ministères de la Justice, aux processus électoraux, n'étaient qu’une
activité parmi d'autres de la Francophonie. C'est le Sommet de Hanoï
qui leur a donné une impulsion politique forte, à travers l'élection
d'un Secrétaire général, Boutros Boutros-Ghali, dont c'est la mission.
Depuis lors, toute une série d'initiatives politiques ont été prises
dans le domaine de la médiation, de la consolidation de la paix, etc.
On peut dire, aujourd’hui, que le volet politique est venu conforter
la démarche de la Francophonie dans toutes ses autres dimensions». Les
actions menées dans le domaine de la coopération, de la culture ou
encore de l'éducation (par exemple pour le pluralisme culturel, le
pluralisme des médias, et de l'audiovisuel en particulier) participent
certes à l'action de type démocratique, mais la Francophonie, pour ne
pas donner l'impression d'actions partielles, n’a pas voulu faire
l'économie d'un vrai débat politique.
Le symposium de Bamako a à cet
égard introduit une rupture ou un changement de braquet: à partir du
recensement de tout ce qui avait été fait par le passé dans le domaine
du soutien à la démocratie, la communauté francophone a décidé d'aller
plus loin et de faire mieux. Elle a en effet décidé, collectivement,
de prendre politiquement position sur des situations parfois
difficiles (coups d'Etats, violences politiques, etc...). Pour ce
faire, elle s'est dotée à Bamako de points de références clairs au
plan politique : dorénavant, par exemple, un coup d'Etat renversant un
régime démocratique entraînera automatiquement la suspension de la
participation de cet Etat, la violation massive des droits de l’Homme,
celle de la coopération, etc. Il lui reste désormais à définir
concrètement les mécanismes d'application de ces directives
démocratiques normatives, ce qui devrait être fait lors du Sommet de
la Francophonie de Beyrouth.
L'un des signes évidents de cet
engagement accentué en faveur de la consolidation de la démocratie et
de la paix réside dans sa présence dans les tentatives de règlement
des conflits qui agitent le monde francophone. La communauté
francophone travaille ainsi depuis le début avec l'Union européenne
pour la relance du dialogue inter-togolais, avec l’Organisation de
l'unité africaine aux Comores afin de rapprocher les positions
d'Anjouan et de la Grande Comore, et s'investit pour mobiliser les
bailleurs de fonds internationaux en faveur du Burundi. D'une manière
générale, elle lie la médiation et l’accompagnement ;ce dernier volet
comprenant aussi bien l'aide à la préparation des élections, leur
observation et la définition de projets de coopération pour enraciner
sur le terrain des pratiques démocratiques.
Une approche francophone originale
La démarche francophone de
consolidation démocratique se veut pragmatique et proche du terrain. «Ce
qui caractérise la coopération francophone, donc aussi son action
politique, souligne Roger Dehaybe, c'est sa grande écoute et son
véritable ancrage sur le terrain. Les projets de la Francophonie sont
de vrais projets participatifs qui sont menés chaque fois en
impliquant effectivement les bénéficiaires, en faisant participer les
populations, les experts, etc...». La préparation du symposium de
Bamako en est un bon exemple puisque, qu'il s'agisse notamment des
volets «électoral» ou «partis politiques», à chaque étape de sa
préparation ont été associés en grand nombre des experts des pays
membres : universitaires, magistrats, politiques, militants des droits
de l'Homme, parlementaires, etc... Cette méthodologie a permis
d'établir des documents où s’exprime la vision des gens de terrain.
Elle a surtout eu deux résultats tangibles. D'une part, il y a eu
mobilisation de multiples personnes, qui se sont elles-mêmes réunies
et qui continuent aujourd'hui à fonctionner en réseaux. D'autre part,
comme l'explique Roger Dehaybe, «on est à peu près sûr de ne pas
s'être trompés, et d'avoir restitué à des ministres, donc à des
politiques, des points de vue qui étaient de vrais points de vue de
terrain». Selon lui, «l'originalité de l'approche de la Francophonie
c'est de travailler pour le terrain, avec le terrain et, finalement,
d'être moins technocratiques».
De nombreux programmes, sans être
directement politiques, contribuent néanmoins à conforter et à
consolider les démocraties naissantes. C'est par exemple le cas des
actions menées pour la pérennisation et le développement du pluralisme
médiatique et pour l'amélioration de la qualité de l'information
délivrée à l'opinion publique au Sud. Le Fonds d'aide à la presse
écrite indépendante, qui, là encore, fonctionne à partir d'avis
d'experts et non pas selon le souhait d'une administration quelconque,
a ainsi depuis trois ans permis à une cinquantaine de journaux
indépendants du Sud de se développer ou de se renforcer. Bien souvent,
cette aide, qu'elle soit financière, matérielle ou de formation, a
favorisé la survie de ces titres triés sur le volet pour leur qualité.
Parallèlement a été mis en place le réseau Médiaf, dont l'objectif est
d'encourager la circulation des informations au niveau régional :
depuis Lomé, un correspondant journaliste de l'Agence analyse tous les
jours la presse du réseau et suscite des collaborations, attire
l'attention sur des sujets originaux, favorise la réalisation de
dossiers thématiques qui sont diffusés et repris dans la presse des
journaux membres. Par cette circulation horizontale de l'information,
la Francophonie contribue à en améliorer la qualité en ne faisant plus
dépendre les journaux des seules dépêches des grandes agences
mondiales dont l'Afrique est souvent absente. Autre expérience, enfin,
celle de la constitution d'un réseau d'une cinquantaine de radios
rurales africaines, soutenues par la Francophonie, qui a directement
négocié leur existence avec les Etats ; ces derniers prenant
l'engagement de ne pas s'ingérer dans leurs activités dès lors
qu’elles se cantonnent dans leur rôle de radios de proximité et de
service... Quoique cette action ne soit pas, là encore, directement
politique, elle n'en contribue pas moins à asseoir dans ces pays un
pluralisme de l'information dont a nécessairement besoin toute société
en voie de démocratisation.
PARIS. LA FRANCE A ENVOYÉ 200
SOLDATS EN CÔTE D'IVOIRE
Négociation ou affrontement en
Côte d'Ivoire ?
C’est toujours l’incertitude qui
domine ce lundi dans le traitement de la crise ivoirienne. On ignore
notamment comment les autorités veulent dénouer la crise, par la
négociation ou par les armes. Paris a envoyé des renforts en Côte
d’Ivoire pour assurer la sécurité de ses ressortissants. Un
détachement de militaires français est stationné depuis la nuit dernière
sur l’aéroport de Yamoussoukro, à moins de deux cents kilomètres de
Bouaké, toujours tenue par les «mutins».
Au cinquième jour de la mutinerie,
tous les regards se tournent vers le Nord. La semaine qui démarre sera
décisive. Les autorités semblent bien déterminées à se lancer à la reconquête de Bouaké et Korhogo, les deux villes toujours contrôlées
par les mutins. Ces derniers n’ont pas modifié leurs positions depuis
le début de leur action, jeudi à l’aube : ils veulent obtenir
l’assurance qu’ils ne seront pas démobilisés. Ils affirment n’avoir
rien à voir avec le défunt général Robert Gueď, accusé par les
autorités d’être à l’origine de la présumée tentative de coup d’état.
Mais, selon leur porte-parole interrogé sur nos antennes, aucune
négociation n’a été nouée avec les autorités, qui continuent d’exiger
leur désarmement en préalable, ce qu’ils refusent. En revanche ils
affirment avoir repoussé un assaut de la garde présidentielle au cours
de la nuit dernière.
Pourtant de nombreuses voix s’élèvent,
dans le pays et à l’extérieur, pour inciter à la discussion. L’ancien
chef d’Etat, Henri Konan Bédié a appelé à la négociation. Hors de Côte
d’Ivoire, le chef de l’Etat sénégalais, Abdoulaye Wade, président en
exercice de la CEDEAO, affirmait lundi matin sur RFI (écouter
«l’invité Afrique») que la France mène actuellement une mission de
dialogue qu’il encourage. Paris est d’ailleurs sur cette longueur
d’onde et a pris position en faveur d’une solution négociée. De son
côté le président malien a annoncé la disponibilité de son pays «pour
les missions de paix et de médiation dans (la) sous-région (…)».
Soldats français à Yamoussoukro
C’est dans ce contexte que des
soldats français son arrivés au cours de la nuit à Yamoussoukro, au
nord d’Abidjan, à moins de deux cents kilomètres de Bouaké. Leur
convoi est composé d’une centaine de véhicules et ils ont pour mission
d’assurer, si nécessaire, la protection des expatriés français et
d’autres membres de la communauté internationale (notamment des
Américains résidents dans cette localité), voire de les mettre en
sécurité. L’état-major français insiste sur cette dimension de la
mission de ses soldats et se défend de toute forme d’ingérence dans le
conflit. Six cents français résident à Bouaké et quatre-vingts à Korhogo, sur un total de vingt mille dans le pays.
Le conflit s’est compliqué d’une
dimension internationale. La frontière terrestre ivoiro-malienne a été
fermée à Pogo, attaquée dimanche par des soldats mutins, selon des
témoignages rapportés par l’AFP. Des sources diplomatiques, citées par
l’agence Reuters, font état de rebelles s’exprimant en anglais,
originaires du Liberia. Enfin rappelons qu’au lendemain du début de la
mutinerie le ministre de la Défense avait mis en cause un pays voisin,
le Burkina, soupçonné de longue date d’abriter des forces dissidentes.
Dans les heures qui suivirent, à Abidjan, des habitations de
ressortissants burkinabé étaient incendiées dans les quartiers
populaires. Selon eux, les forces de l’ordre, et plus précisément la
gendarmerie, sont à l’origine de ces violences qui ont provoqué la
fuite de plusieurs milliers de personnes. La Croix rouge
internationale déclare accueillir 1450 déplacés. Dans un communiqué,
«le CICR rappelle à tous les porteurs d’armes qu’ils ont obligation de
respecter les principes fondamentaux du droit humanitaire».
La télévision publique ivoirienne
annonce que, depuis jeudi, il y a eu deux-cent soixante-dix morts et
trois cents blessés. Le président Laurent Gbagbo a décrété la
prolongation du couvre-feu «sur l’ensemble du territoire national»
jusqu’au 29 septembre.
FRANCE-
Immigration
Comment Hamid et Malika ont été
privés de mariage
Le mariage de Malika et d’Hamid n’a
pas eu lieu. Après deux tentatives en deux semaines, les tourtereaux
en sont toujours au même point : célibataires. Car le maire de
Valence, la ville de la Drôme dans laquelle réside la promise depuis
12 ans, a refusé d’unir la jeune femme avec son fiancé, un Marocain
détenteur d’un visa touristique expiré, donc en situation irrégulière.
D’une histoire d’amour, on est passé à une guerre administrative menée
à grand renfort de forces de l’ordre.
Tout a commencé lorsqu’ils étaient
enfants. Malika aimait Hamid qui aimait Malika. Ils vivaient tous les
deux au Maroc. Mais la vie les a séparés. Malika s’est mariée, a eu
deux enfants, et s’est installée en France dans la bonne ville de
Valence. Divorcée, elle a retrouvé Hamid durant ses séjours au Maroc
oů il est employé dans l’industrie informatique. Ils ont décidé de se
marier… en France.
Hamid a donc fait le voyage vers
l’Hexagone avec un visa touristique d’un mois. Arrivé le 10 aoűt, il
aurait dű repartir le 10 septembre. Un délai trop court pour faire
aboutir les démarches administratives. D’autant que les autorités ont
lancé la procédure habituelle d’enquête pour s’assurer qu’il ne
s’agissait pas d’un mariage blanc. Ce qui a, d’après les avocats du
couple, été établi sans ambiguité. Le mariage a donc été fixé au 14
septembre. Quatre jours après l’expiration du visa.
C’est pour cette raison que lorsque
les fiancés se sont rendus à la marie, Patrick Labaune, premier
magistrat (UMP), a simulé un malaise et a laissé tout le monde en plan
pendant trois heures dans une salle des mariages remplie par la
famille et les amis de Malika et Hamid. Tant et si bien, que ces
derniers sont repartis sans être unis et en se disant que le mariage
n’est décidément pas un long fleuve tranquille.
«Au nom de la loi, on ne pouvait
pas les marier»
Le maire a ensuite confirmé qu’il
ne voulait pas célébrer ce mariage en raison de la situation
irrégulière dans laquelle se trouvait le fiancé. «Au nom de la loi, on
ne pouvait pas les marier», a-t-il expliqué dans un premier temps. Il
est même allé jusqu’à démissionner de son poste avec tout son conseil
municipal lorsque le préfet, Christian Decharrière (ancien membre du
cabinet de Daniel Vaillant lorsqu’il était ministre de l’Intérieur),
informé de cette affaire, a décidé d’accorder à Hamid Bennaghmouch un
délai d’une semaine pour lui laisser le temps de se marier avant de
rentrer dans son pays. Mais la résistance du maire a incité le préfet
à revenir sur sa première décision et à ordonner finalement que le
fiancé soit reconduit à la frontière sans attendre la deuxième
cérémonie, fixée entre-temps au 21 septembre.
Face à ce blocage administratif,
les fiancés ont essayé de plaider leur cause. Hamid s’est expliqué
auprès de plusieurs organes de presse sur ses intentions. «Je ne suis
pas caché, ni en fuite car je n’ai rien fait de mal. Je voudrais
seulement me marier avec Malika, que j’aime trop. Je l’aime depuis mon
enfance». Ces arguments n’ont pas attendri Patrick Labaune pour lequel
ils «auraient mieux fait de se marier dans leur pays, sans toutes ces
complications».
Mais le coeur a ses raisons que la
raison ignore souvent et les deux amoureux sont allés jusqu’au bout de
leur tentative de mariage, décidément vouée à l’échec sous les cieux
de Valence. La mariée s’est faite belle une deuxième fois, mais d’une
robe blanche elle est passée à une tenue noire, symbolique, pour se
rendre à la mairie oů se trouvait un adjoint de Patrick Labaune,
chargé d’expédier les affaires courantes et paré d’un étrange ornement
: une pancarte sur laquelle était inscrit «adjoint démissionnaire».
Histoire de bien montrer l’état d’esprit de l’équipe municipale. Une
scène tragi-comique qui s’est déroulée dans une mairie cernée de
policiers, postés là pour intercepter le futur marié dès qu’il se
présenterait, et au milieu d’une foule de deux cents personnes venues
soutenir les époux contrariés. Le décor était planté et tous les
ingrédients d’une farce médiatico-matrimoniale étaient réunis.
S’en sont suivis quelques
échauffourées quand la police a tenté d’intercepter un homme masqué
qui arrivait, croyant qu’il s’agissait d’Hamid Bennaghmouch. Deux
personnes ont été blessées. Au lieu d’une cérémonie, on a assisté à
une mascarade aux allures de manifestation, suivie d’une fuite de la
promise émue par tant de bouleversements et si peu de serments. Quant
au fiancé, il a renoncé plutôt que de se faire arrêter. Mais cette
affaire a pris des proportions médiatiques. L’Association de
solidarité avec les travailleurs immigrés (ASTI) a apporté son soutien
au couple. Et ses avocats ont décidé d’engager une procédure pour «voie
de fait» contre le maire de Valence qui n’avait pas le droit de
refuser de marier Malika et Hamid et a usé d’un subterfuge pour ne pas
le faire.
CÔTE D'IVOIRE. La CEDEAO au
chevêt de la Côte d’Ivoire
Au moment où débute à Accra le sommet des chefs d’Etat de
la CEDEAO sur la crise en Côte d’Ivoire, la situation reste très
critique dans le pays. Les mutins continuent leur descente vers
Abidjan, leur objectif. La France offre un «soutien logistique à la
Côte d’Ivoire» et annonce une nouvelle opération d’évacuation engagée
de conserve avec les Etats-Unis.
Les chefs d’Etats de la Communauté économique des Etats de l’Afrique
de l’ouest se réunissent à Accra au Ghana pour tenter de trouver une
solution au règlement de la crise en Côte d’Ivoire. La CEDEAO dispose
d’un système de mise en alerte d’une force d’interposition, Ecomog (Ecowas
monitoring group). Le président en exercice de l’organisation
Abdoulaye Wade du Sénégal, fait part de son souhait de voir ses pairs
africains donner leur aval pour la constitution de cette force qui
comprendrait entre 3 000 et 4 000 personnes. Quelle serait sa mission
assignée à une telle dans le contexte actuel en Côte d’Ivoire ? C’est
une des questions que l’on se pose aussi dans les chancelleries des
pays susceptibles d’être sollicités pour contribuer au financement
d’un tel contingent. A ce propos Jean-jacques Louarn a recueilli la
réaction de Bernard Valéro, porte-parole du ministère français des
Affaires étrangères.
La CEDEAO, visiblement, n’opte par pour un engagement militaire. Sa
force d’interposition se déploie pour justement favoriser le dialogue.
L’Etat ivoirien ne semble pas favorable à cette procédure. Le
gouvernement veut rétablir l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du
territoire, et les discours ne sont pas à la négociation. Moïse Lida
Kouassi, ministre de la Défense, parle d’une prochaine offensive
générale contre toutes les positions des mutins. Mais avant cette
attaque annoncée, les mutins, eux, affirment que leur objectif reste
«la descente sur Abidjan». Mais avant cela, il faut passer le cap de
Yamoussoukro, la capitale administrative. De violents combats ont été
annoncés à quelques dizaines de kilomètres de la ville, et selon des
sources contradictoires la ville de Tiébissou, serait tombée aux mains
des insurgés et reprise par les loyalistes. L’envoyé spécial de RFI,
Olivier Rogez fait le point.
Au même moment, la France et les Etats-Unis décident de mettre en
commun leurs efforts pour évacuer leurs ressortissants qui vivent à
Korhogo et Ferkessédougou, deux villes du nord sous contrôle des
mutins depuis le 19 septembre. Les premiers convois sont arrivés à
l'aéroport de Yamoussoukro, où se trouve l'envoyé spécial de RFI,
Olivier Rogez. Par ailleurs la France annonce qu’elle apporte un
soutien logistique à la Côte d’Ivoire et réaffirme que les accords de
défense entre les pays ne peuvent conduire à l’implication directe de
son armée dans la crise ivoirienne. «Son soutien logistique» consiste
donc à mettre à disposition des moyens de transport terrestres, un
système de communication, et un soutien alimentaire sous forme de
rations alimentaires. Le ministre de la Défense ivoirien, Lida Kouassi
profite de cette occasion pour remercier la France et appeler ses
compatriotes à ne pas se tromper d’ennemi. C’est le sens de la mise au
point qu’il a faite au micro du correspondant de RFI, Claude Cirille.
En effet, dans la presse ivoirienne, et dans de nombreuses capitales
européennes des manifestations d’Ivoiriens en faveur du pouvoir
d’Abidjan, dénoncent l’attitude de la France dans la crise ivoirienne.
C’est le cas en Allemagne où des manifestants ont défilé dans les rues
de Cologne, en scandant des slogans «Chirac dehors», «la France hors
de Côte d’Ivoire», accusant l’ancienne puissance coloniale
d’intelligence avec l’ennemi.
Le Burkina Faso au banc des accusés
Laurent Gbagbo, le président de la Côte d’Ivoire prend part à
cette réunion d’Accra, ainsi que Blaise Compaoré, le président du
Burkina Faso. Son pays est accusé d’aider, en sous-main, les mutins à
mener une campagne de déstabilisation contre la Côte d’Ivoire. La
presse ivoirienne, depuis le début des événements le 19 septembre,
relaye des déclarations des autorités ivoiriennes qui parlent «d’agression
étrangère», mais en désignant nommément Blaise Compaoré comme l’homme
de l’ombre qui tire toutes les ficelles du drame qui se joue en Côte
d’Ivoire. Dans les faubourgs d’Abidjan, les Ivoiriens n’ont pas manqué
de s’en prendre aux Burkinabè et à leurs biens en saccageant leurs
boutiques, pour ceux qui commerçants, ou en incendiant leurs maisons.
La tension est montée d’un cran entre les deux pays lorsque le
gouvernement burkinabé a annoncé qu’il ne resterait pas longtemps sans
réaction faces aux souffrances de ses ressortissants en Côte d’ivoire.
Le Burkina Faso a d’ailleurs amassé à sa frontière avec la Côte
d’Ivoire, d’importants détachements de son armée. A la réunion d’Accra,
Abdoulaye Wade espère provoquer un tête-à-tête entre Laurent Gbagbo et
Blaise Compaoré pour une explication franche et directe. Selon le
secrétariat général de l’organisation, cette rencontre d’Accra
pourrait s’étaler «sur 48 heures s’il le faut car il faut partir
d’Accra avec une solution de sortie de crise».
Le risque de la guerre
civile
Alors que l’emprise des insurgés s’étend au nord du pays, des doutes
grandissent quant aux capacités de l’armée loyalistes. Une situation
qui fait craindre le pire.
Depuis jeudi le ministre de la Défense a déclaré «zones de guerre» les
régions de Bouaké et Korhogo, ouvrant ainsi la perspective très
prochaine d’une nouvelle offensive des Forces armées nationales de
Côte d’Ivoire (FANCI). En l’état, il serait hasardeux de préjuger de
l’évolution de la situation militaire à court terme. Nous sommes au
neuvième jour de ce que l’on croyait être une mutinerie et, à part
Abidjan où l’insurrection a tourné court, force est de constater que
les loyalistes n’ont pas l’initiative et que, jusqu'alors, ils n’ont
enregistré aucun succès sur le terrain en dépit des violents
affrontements du début de la semaine, à Bouaké, pour tenter de chasser
les mutins. Pire : ces derniers ont étendu leur contrôle sur le nord
du pays en manifestant leur présence dans les localités de
Ferkessédougou, Ouangolodougou et Niellé. Mercredi soir, un voyageur
rapportait à l’AFP qu’ils étaient «maîtres de la situation» de Korhogo
à Pogo, dernière localité ivoirienne avant la frontière avec le Mali.
Jeudi soir, selon une source municipale, ils s’étaient emparés
d’Odienné, dans le nord-ouest, élargissant ainsi le champ de leur
conquête. Autant de bases arrières potentielles au cas où ils
devraient céder à la pression militaire loyaliste attendue.
Mais qui sont-ils ? Et quels sont leurs intentions ? Faute de
communiquer clairement il faut se contenter de bribes d’informations
qu’ils délivrent avec parcimonie. Ils appartiendraient, pour certains
d’entre eux en tout cas, à ce contingent d’hommes recrutés par le
général Robert Gueï au lendemain du coup d’Etat qui le porta au
pouvoir, en décembre 1999. Depuis le début des événements leurs porte-parole
sont des sous-officiers qui présentent des revendications catégoriels
: ne pas être prochainement démobilisés, comme l’ont décidé les
autorités. Parmi eux se trouvent des déserteurs de l’armée, tel ce
sergent, Fozié Tuo, qui déclare avoir été contraint d’aller se
réfugier dans un pays étranger après avoir été injustement accusé
d’avoir attaqué la résidence du général Gueï, en septembre 2000. Mais,
dans le contexte ivoirien marqué par la fracture communautaire et les
soupçons d’ingérence étrangère, le désordre ambiant est propice au
recrutement de tous ceux qui ont un compte à régler avec le personnel
politique abidjanais, opportunistes compris. Quant à leurs intentions,
au-delà d’une réintégration au sein des forces armées, elles demeurent
également floues et cette incertitude est renforcée par l’incapacité
des loyalistes, jusqu’à ce jour, à rétablir l’ordre.
La carte montre un Etat divisé
L’évolution du conflit dépend donc maintenant de la disposition des
forces armées nationales à mener rapidement à bien la contre-offensive.
De toute évidence, les événements de ces derniers jours ont montré que
celles-ci font face, non pas à une bande de soudards sans foi ni loi,
mais à des hommes déterminés et relativement disciplinés. Ils auraient
même réussi à obtenir, lors de manifestations de soutien, l’adhésion
d’une partie des habitants des localités qu’ils contrôlent. Pas de
pillage ni d’exaction constatés. Les autorités ivoiriennes affrontent
des éléments aguerris et bien armés. Ce qui ne semble en revanche pas
être le cas des FANCI. Certes la Côte d’Ivoire demeure l’une des
principales puissances régionales : premier producteur mondial de
cacao, cinquième de café et huitième d’hévéa. Mais de l’aveu même de
son ministre de la Défense, s’exprimant au lendemain de la mutinerie
sur RFI, les forces armées ne sont pas à leur meilleur niveau.
L’effectif militaire de Bouaké ne méritait pas d’être qualifié de «garnison»
et sa base aérienne n’accueillait aucun aéronef en état de voler.
C’est également le cas de ses hélicoptères et avions de combat, de
type Alpha Jet : ils n’ont pas participé aux dernières opérations. Sur
le papier, l’armée de terre ivoirienne compte quelque 6 800 hommes et
une soixantaine de véhicules blindés, sans compter les effectifs de
gendarmerie (8 000 hommes) et une garde présidentielle forte de 1 100
hommes, entièrement recomposée depuis le putsch du général Gueï. Mais
les événements de ces derniers jours interrogent sur ses véritables
capacités opérationnelles.
Aujourd’hui la carte de la Côte d’Ivoire montre un Etat divisé. Avec,
sous réserve d’une évolution rapide de la situation, un Nord hors de
contrôle pour l’autorité centrale et un Sud incapable de restaurer sa
souveraineté sur l’ensemble du territoire. A moins qu’il n’obtienne
dimanche, à l’issue du sommet de la Communauté économique des Etats
d’Afrique de l’Ouest, qui se tiendra finalement à Accra, un soutien
militaire régional. D’ores et déjà le Nigeria a anticipé sur le cours
des événements et a déployé les forces aériennes qui font cruellement
défaut aux Ivoiriens. Signe qu’il va falloir déployer sur le
territoire national des moyens de coercition coûteux et sophistiqués,
pour venir à bout de la rébellion, comme ce fut le cas en Sierra Leone
voici quelques années. Partition du pays, intervention militaire,
assistance étrangère : on pourrait alors évoquer une entrée du pays en
guerre civile. A moins que la diplomatie et la négociation ne
parviennent à désamorcer la crise.
DAKAR. SENEGAL. Le pays en
état de choc après la tragédie du Diola
Trois jours après le naufrage du Diola, au large de la
Gambie, au moins 350 corps ont été retrouvés et autant de personnes
sont encore portées disparues. La catastrophe semble s’être produite à
cause de la tempête, mais aussi, selon le président du Sénégal,
Abdoulaye Wade, à cause d'un «cumul de fautes». Les Sénégalais
demandent des comptes au gouvernement.
Le président sénégalais, Abdoulaye Wade, n'a pas résisté à la vague de
douleur des familles des victimes suite au naufrage du «Titanic
sénégalais». Samedi 28 septembre, au troisième jour de ce qui restera
comme la plus grande catastrophe humaine de l'histoire du Sénégal, des
milliers de parents, amis et de simples citoyens, ont marché sur le
palais présidentiel pour dire leur douleur qu'ils mettront du temps,
un très long temps à effacer de leur cœur et de leur mémoire. Devant
les grilles de la mythique résidence du Président, des grappes
humaines difficilement contenues par un important dispositif policier
ont crié leur colère et dit ce qu'elles attendaient désormais de
l'Etat dont la responsabilité est évidente dans cette tragédie.
Devant un président Wade au visage fermé et attentif, le porte-parole
des familles des victimes a lu leurs exigences. Il s'agit -entre
autres points- de la restitution des corps aux familles dès leur
identification ; la diligence des opérations de secours pour sauver
encore ce qu'il y a à sauver puisque semble-t-il deux passagers
auraient réussi à utiliser leur téléphone portable depuis les cales du
Diola pour appeler à l'aide ; la participation de sept délégués à la
Commission d'enquête ; un bulletin d'information toutes les
demi-heures et un service d'accompagnement des familles pour
l'enterrement.
Wade a montré de la compassion devant la douleur indicible des
familles des victimes qui crient leur colère et leur douleur. Une
douleur qui met à nu ce que la presse n'avait cessé de souligner
depuis le début du drame, à savoir la responsabilité de l'Etat et de
plusieurs de ses services. «Ma conviction est qu'il y a eu des fautes
et des négligences, mais c'est l'enquête qui le déterminera; il y a eu
surcharge de passagers et de fret; le bateau était il en état de
naviguer avec un tirant d'eau et un moteur en moins. Pourquoi a-t-on
autorisé 796 passagers pour une capacité de 540 ?». Tout en prenant
des précautions d'usage «par équité» Wade cible certains de ses
ministres, comme celui des Forces armées, Youba Sambou en charge de la
gestion du bateau; le ministre de la Pêche et celui des Transports.
Désolation et polémique
Cette sortie émouvante-et cependant tranchante- du chef de l'Etat
sénégalais est une nouveauté dans les mœurs politiques du pays en
matière de gestion des catastrophes. En effet, alors qu'en général, on
se réfugie derrière une hypothétique commission d'enquête, le
Président Wade accepte d'y inclure le regard suspicieux des parents
des victimes. Plus inédit: pour la première fois, un chef d'Etat
sénégalais admet publiquement avant toute enquête la responsabilité de
l'Etat dans une catastrophe de cette envergure. «Oui, l'Etat est
civilement responsable dans ce drame, aussi toutes les familles des
victimes seront indemnisées. J'ai demandé qu'on établisse avant même
la fin de l'enquête la liste de tous ceux qui ont perdu des parents».
Le chef de l'Etat a également annoncé qu'il avait demandé que les
résultats de l'enquête soient prêts dès lundi, dans l'après midi. Sur
un autre plan, pour répondre au besoin d'informations des parents, le
président sénégalais a annoncé que la liste des disparus serait
affichée dans un certain nombre de lieux publics (hôpitaux et mairies)
et que des photos seraient publiées «dans les journaux, si possible».
Mais au-delà de ces innovations, ce que les observateurs noteront,
c'est que le président Wade a démenti publiquement les premières
déclarations de certains membres de son gouvernement, en premier lieu
de son Premier ministre Mme Mame Madior Boye, de son ministre
desTtransports, Youssoupha Sakho et du ministre des Forces armées,
Youba Sambou, qui, quelques heures après le drame, excluaient toute
idée de faute humaine et défaillance technique en avançant la thèse
d'éléments extérieurs, comme les vents, la pluie et la tornade.
S'appuyaient t-ils sur les avis des experts (militaires et civils) qui
voulaient se laver de tout retour de bâton ultérieur?
Quoiqu’il en soit, si Wade reste dans la ligne de ses déclarations de
samedi après midi et que ses accusations se confirment, des têtes
sauteront, en premier lieu tout en haut de l'Etat, mais aussi dans les
rangs des grands services de l'administration généralement habitués à
passer entre les mailles des sanctions. Ainsi, par la force des choses,
le remaniement ministériel dont la presse faisait ses choux gras en se
basant sur des rumeurs et des suppositions, sera désormais
politiquement fondé. Il ne sera plus question d'un rééquilibrage
politique pour évincer tel et faire entrer un proche, mais bien de
nettoyer un gouvernement et une classe politique qui bien souvent,
trop souvent diront certains, se soucient plus son bien être que de
celui des populations dont ils ont en charge jusqu'à les envoyer à
l'abattoir, dans les fonds marines, comme c'est le cas du drame du
«Titanic sénégalais».
Wade a, pour la première fois depuis deux ans et demi qu'il est au
pouvoir, mis à exécution sa volonté de transparence politique dans la
gestion des affaires publiques. Il a une chance unique de mettre en
oeuvre une opération «mains propres», qui le réconcilierait avec des
citoyens mécontents d'un pouvoir qui commence à décevoir leurs espoirs.
En attendant, ce dimanche a été décrété par le président Wade, avec
l'accord des chefs religieux «journée de prières». Lui s'est envolé
vers Accra, au Ghana, pour le sommet de la Cedeao sur la crise
ivoirienne.
PARIS. Jacques Chirac
déterminé à tenir ses promesses
Désormais libéré du poids de la
cohabitation, Jacques Chirac a marqué, lors de sa première
intervention du 14 juillet depuis sa réélection, sa détermination et
son enthousiasme à donner une nouvelle impulsion à la France. Le
gouvernement Raffarin a clairement reçu l’approbation du chef de
l’Etat pour son action dans les deux mois écoulés.
Un jeune militant d'extrême droite
qui a ouvert le feu en direction du command-car du président Jacques
Chirac, avant le défilé militaire du 14 juillet a été arrêté et placé
en garde à vue. Quelques heures plus tard le président de la
République se livrait à la traditionnelle intervention télévisée du
chef de l’Etat à l’occasion de la fête nationale du 14 juillet, avant
de participer à la réception donnée dans les jardins de l'Elysée.
Sa réélection à la présidence de la
République et la victoire de son camp aux législatives n’incitent pas
Jacques Chirac à la satisfaction mais bien plutôt à l’action. Ainsi,
il a affirmé sa volonté de donner une «nouvelle impulsion à la France»
dans le domaine économique, social et pour le respect de l’Etat
républicain. Il a par ailleurs souhaité laisser la marque de son
quinquennat dans trois domaines qualifiés de «grands chantiers dont la
réalisation n’est pas aux mains des architectes»: la lutte contre
l’insécurité routière, celle contre le cancer et l’insertion des
handicapés dans la société.
Le président de la République
maintient que les promesses faites pendant la campagne électorale
seront tenues et que le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin à déjà
beaucoup accompli en deux mois qu’il s’agisse de la sécurité
intérieure, de la baisse des impôts ou de l’emploi des jeunes. Ce
satisfecit du président de la République au gouvernement, «les
engagements ont été tenus, et au-delà», s’étend à sa décision
controversée de ne pas donner de «coup de pouce» au salaire minimum.
Là aussi «le gouvernement a bien fait» de préférer l’harmonisation des
différents SMIC à une augmentation.
Quant aux dissonances que certains
avaient cru percevoir entre membres du gouvernement, Jacques Chirac
les repousse d’un revers de main: «il n’a jamais été question» de
remettre en cause par le biais d’une amnistie ou d’une modification de
la loi les affaires d’abus de biens sociaux. Le député UMP Michel
Hunault qui l’avait envisagé a tout simplement «eu tort». Et,
l’objectif de réduction des impôts et charges «sera poursuivi» même si
pour y parvenir des arbitrages en défaveur d’autres secteurs doivent
être opérés. Non par idéologie ni politique, a précisé le président de
la République, mais pour rendre à la France sa compétitivité et son
attractivité.
Une nouvelle politique économique La
nouvelle politique économique qui se dessine prévoit aussi une
structure gouvernementale d’intervention massive quand des
licenciements collectifs importants sont prévus. Les règles de
transparence et de responsabilité des administrateurs dans les
entreprises doivent être revues notamment pour répondre aux
inquiétudes des marchés. Enfin, Jacques Chirac n’est aucunement
disposé à sacrifier la puissance agricole française et, dans les
négociation européennes sur la réforme de la politique agricole
commune, la France fera preuve de fermeté.
Dans une intervention presque
entièrement consacrée aux questions intérieures le chef de l’Etat a
cependant abordé l’immigration clandestine qu’il différencie de
l’immigration légale jugée nécessaire. Sur ce point, il a annoncé la
réforme rapide du droit d’asile sur lequel une réponse doit, selon
lui, intervenir en mois d’un mois, afin d’éviter le caractère
«absurde» du système actuel. Jacques Chirac plaide aussi pour un
renforcement de l’aide au développement, moyen de lutte contre
«l’expatriation par misère». Enfin, il faut, dit-il, «trouver, punir,
éradiquer» les systèmes mafieux qui prospèrent sur l’exploitation des
candidats à l’immigration clandestine.
NATIONS UNIES.Compromis sur
l’immunité des Américains
Un accord est finalement intervenu
entre les Etats-Unis et les autres membres du Conseil de sécurité de
l’ONU : les ressortissants américains obtiennent l’immunité devant la
Cour pénale internationale et, en échange, le mandat de la mission des
Nations Unies en Bosnie-Herzégovine est prolongé.
Quinze jours d’intenses tractations
diplomatiques n’ont pas été de trop pour aboutir au sein du Conseil de
sécurité des Nations Unies r un accord entre les Etats-Unis et le
reste du monde dont la Cour pénale internationale était l’enjeu. D’un
côté, les Etats-Unis souhaitaient l’immunité totale et perpétuelle de
poursuite devant la CPI pour les citoyens des pays non-signataires du
traité de Rome instaurant la Cour, dcs lors qu’ils participent r des
opérations de maintien de la paix des Nations Unies. Cette exigence
avait pour objectif la protection des Américains engagés dans de
telles opérations internationales et alors que les Etats-Unis ne
refusent r rejoindre le camp des pays qui reconnaissent la CPI. Afin
de témoigner de leur fermeté les Etats-Unis avaient menacé de ne plus
participer aux missions onusiennes de maintien de la paix dans le
monde, r commencer par la MINUBH, mission des Nations Unies en
Bosnie-Herzégovine dont le mandat s’achcve.
Donnant-donnant De l’autre côté, les
membres du Conseil de sécurité attachés r préserver cette Cour
nouvelle-née, premier pas vers l’instauration d’une justice
internationale. Mais ils étaient également coincés par la menace de
veto américain sur la prolongation du mandat de la MINUBH qui doit
laisser la place le 1er janvier 2003 r une mission de l’Union
européenne.
Le donnant-donnant auquel on est
finalement parvenu accorde l’immunité devant la CPI aux personnels,
Casques bleus ou autres, des pays qui n’ont pas signé de traité
instaurant la Cour et cela pour une durée d’un an. Toutefois le
Conseil de sécurité précise sont intention de renouveler aussi
longtemps que cela sera nécessaire cette immunité temporaire, chaque
année le 1er juillet pour un an supplémentaire. En contrepartie, le
mandat de la MINUBH est prolongé jusqu’au 31 décembre 2002. la MINUBH
créée en 1995 est chargée du maintien de l’ordre et de la formation
des forces de police en Bosnie. Elle agit également en faveur de la
coordination des secours humanitaires et de l’aide aux réfugiés dans
la région ainsi que pour la remise en état des infrastructures et le
redressement économique.
SANGATTE.Fermeture prochaine
du centre de Sangatte
L’annonce de la fermeture d’ici
quelques mois du centre de la Croix-Rouge á Sangatte ne règle pas pour
autant la question de l’afflux de candidats á l’asile en
Grande-Bretagne. Londres a promis de revoir son dispositif juridique
concernant l’immigration et l’asile et les responsables du tunnel sous
la Manche renforcent les mesures permanentes de lutte contre le
passage de clandestins.
Les ministres français et
britanniques de l’Intérieur ont eu beau annoncer la fermeture du
centre de Sangatte (Nord de la France) dans lequel s’entassent les
candidats au passage frauduleux en Angleterre, élus locaux, en France,
et commentateurs, Outre-Manche, attendent de juger sur les résultats.
Actuellement 1 500 personnes sont
réfugiées au centre de la Croix–Rouge, en bordure de l’entrée du
tunnel sous la Manche, alors que la capacité est de 800 personnes.
Depuis l’ouverture du centre en 1999 on estime r 53 000 le nombre
d’hommes femmes et enfants qui y ont séjourné plus ou moins longuement
entre deux tentatives de passage nocturne et clandestin. Les
gestionnaires de la Croix-Rouge avouaient ne plus maîtriser une
situation dans laquelle les deux communautés les plus représentées,
Afghans (plus de 50% des effectifs) et Kurdes (un tiers des réfugiés)
en venaient parfois á des heurts violents. Outre l’aspect humanitaire
des conditions de vie précaires offertes á ces personnes la sécurité
n’y était plus assurée et les incidents ont fait á ce jour deux morts
et une trentaine de blessés.
Retours volontaires Nicolas Sarkozy
et David Blunkett ont donc annoncé que le centre serait fermé entre
décembre 2002 et mars 2003 quand sera entré en vigueur le nouveau
dispositif juridique en Grande-Bretagne, seul moyen de tarir á la
source le flot des clandestins. En effet, selon Jacky Hénin, le maire
communiste de Calais, ville proche de Sangatte, si la Grande-Bretagne
ne change pas ses conditions d’accueil á l’immigration elle continuera
d’apparaître comme un Eldorado, aux yeux des candidats á une autre
vie, au grand bénéfice des réseaux mafieux de «passeurs».
Cette fermeture s’accompagne d’un
plan d’aide au retour volontaire des réfugiés afghans, sous la
houlette du Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés. Le HCR
considère que la situation en Afghanistan permet désormais aux exilés
de rentrer chez eux, ce que plusieurs organisations humanitaires
contestent. Et, pour ceux qui ne seraient pas volontaires et «ne
saisiraient pas cette chance» Nicolas Sarkozy évoque la possibilité
d’expulsion. Les personnes qui ont fui l’Afghanistan déposent des
demandes d’asile majoritairement pour la Grande-Bretagne, l’Autriche
et l’Allemagne mais trcs peu pour la France, 250 par an environ et la
France ne constitue dans ce cas qu’un pays de transit. En ce qui
concerne les Kurdes, dont la communauté internationale reconnaît la
persécution en Irak, la France et la Grande-Bretagne ont prévu de se
répartir la charge de les accueillir.
Les transporteurs transmanche
Eurotunnel et la SNCF qui militent depuis longtemps pour la fermeture
de Sangatte n’en poursuivent pas moins de s’équiper contre
l’immigration clandestine qui persistera aprcs la fermeture du centre
de Sangatte. La SNCF consacre 7,5 millions d’euros á la sécurisation
de son terminal ferroviaire du Pas-de-Calais ou les gendarmes
continueront de patrouiller la nuit. De son côté Eurotunnel a investi
10 millions d’euros dans le renforcement des dispositifs de sécurité
et d’alerte á l’entrée du tunnel.
PARIS. Mobilisation budgétaire
pour la Sécurité
Nicolas Sarkozy, le ministre
français de l'Intérieur, présente ce mercredi son projet de loi sur la
sécurité au conseil des ministres. Il a obtenu un budget plus
important que prévu qui sera utilisé notamment pour recruter des
policiers et des gendarmes supplémentaires.
Le gouvernement a décidé de ne pas
lésiner avec la sécurité, qui est devenue le domaine sur lequel les
Français attendent des résultats. En octroyant une enveloppe
supplémentaire de 5,6 milliards d’euros sur cinq ans pour la sécurité
au ministère de l’Intérieur, auxquels il faut ajouter 3,65 milliards
alloués au ministère de la Justice, il marque son engagement á agir
pour rétablir la confiance des citoyens. Ces crédits sont, en effet,
supérieurs r ceux qui avaient été annoncés jusqu’ici. Plus de neuf
milliards au lieu de six, soit de quoi, selon Nicolas Sarkozy,
permettre «une augmentation de 25 % des crédits d’équipement et de
fonctionnement de la police et de la gendarmerie».
Le projet de loi d’orientation et de
programmation sur la sécurité intérieure, qui doit être examiné le 16
juillet á l’Assemblée nationale, prévoit de créer d'ici 2007, 13 500
emplois supplémentaires (7000 pour la gendarmerie et 6500 pour la
police), mais aussi de rendre définitifs plus de 2000 postes
temporaires pour compenser les départs á la retraite. Six cents postes
d’officiers de police judiciaire doivent ainsi etre créés dans les
cinq prochaines années pour renforcer «les moyens d’investigation».
Les renforts iront aussi vers les services qui s’occupent de la lutte
contre le terrorisme, la sécurité routière, la police de proximité, la
protection des frontières.
13 500 emplois supplémentaires Cette
augmentation des effectifs de la police et de la gendarmerie,
désormais placée sous l'autorité du ministcre de l'Intérieur et non
plus de la Défense, va de pair avec un rapprochement des deux forces
et une révision de leurs zones de compétences. Face aux changements
inhérents á cette modification du fonctionnement des deux corps,
Nicolas Sarkozy a appelé les policiers et les gendarmes á éviter «les
querelles de boutons» et á s’engager «ensemble et sans arrière-pensées
corporatistes» dans leurs nouvelles missions.
Les crédits supplémentaires
serviront aussi á financer des programmes de construction et
d'équipement des locaux. Les commissariats et les casernes en mauvais
état seront rénovés, tout comme les parcs automobiles.
Un certain nombre de mesures sont
destinées á améliorer le fonctionnement de la police de proximité. Les
«zones périurbaines et rurales» dans lesquelles interviennent les
gendarmes vont être revues. Les petites unités, qui dans certains
cantons ne comptent que quelques hommes, vont être regroupées en
«communautés de brigades» et placées sous un commandement commun pour
limiter la dispersion des forces et permettre d’obtenir une meilleure
efficacité, notamment la nuit. Les déplacements hors de leur zone de
cantonnement des forces mobiles, CRS (compagnies républicaines de
sécurité) et gendarmes mobiles á l’occasion de missions de maintien de
l’ordre, seront dorénavant trcs limitées. Elles devraient au contraire
intervenir en priorité sur les lieux de leur affectation. Le rôle des
maires sera aussi renforcé pour permettre une meilleure coordination
avec les polices municipales dans la lutte contre l'insécurité. Un
office central pour la recherche des personnes en fuite sera créé. Et
le ministre de l’Intérieur préconise encore la création d’un corps de
réservistes de la police. Pendant cinq ans, aprcs leur départ á la
retraite, qui intervient á 55 ans, les anciens policiers pourraient
ainsi etre appelés en renfort en cas «d’événements exceptionnels ou de
situations de crise».
Nicolas Sarkozy qui a déjá plusieurs
fois fait part de son désir de voir policiers et gendarmes adhérer á
la culture du «résultat», propose une publication mensuelle des
statistiques sur la délinquance pour pouvoir évaluer en permanence les
progrcs réalisés grâce á la mise en place de ce nouveau dispositif de
lutte contre l’insécurité.
SICILE, ITALIE. Les Millions
de la Fraude á la Banane
A la recherche d’un réseau de
contrebande de cocadne, les autorités italiennes sont tombées, par
hasard, sur un trafic de...bananes. Il s’agissait, en fait, d’une
vaste fraude aux droits de douanes communautaires. L’Office européen
de lutte anti-fraude (OLAF) débusque chaque année des détournements
des finances de l’Union européenne portant sur plusieurs centaines de
millions d’euros.
De 1997 á 2000, un petit commerçant
a mis sur pied un vaste réseau, couvrant toute l’Italie centrale et
méridionale, d’importation de bananes latino-américaines,
frauduleusement certifiées en provenance d’Afrique, des Caraïbes et du
Pacifique afin de bénéficier de droits de douanes inférieurs. Les
premières sont taxées r 850 euros la tonne tandis que les secondes, en
vertu des accords de coopération UE-ACP, ne sont taxées qu’á 55 euros
la tonne. L’opération a porté sur 53 000 tonnes et a donc permis aux
fraudeurs un détournement de plusieurs centaines de millions d’euros.
Le magistrat italien chargé de l’affaire a souligné que le gain
réalisé grâce á ce type de fraude est supérieur á celui qui
résulterait d’un délit grave tel que l’importation d’une tonne de
cocaïne.
C’est d’ailleurs de la cocaïne que
les policiers venus contrôler un bateau au large de Catane en Sicile
s’attendaient á trouver. Mais c’est grâce á l’Office européen de lutte
anti-fraude et son expertise en matière de réglementation
communautaire que les Italiens ont mis á jour les ramifications
européennes de ce trafic illégal.
Une cagnotte convoitée Créée en
1988, l’Unité de coordination et de lutte contre la fraude (UCLAF) est
devenue, en 1999, Office européen de lutte anti-fraude (OLAF) afin de
mieux préserver les intérets financiers communautaires face á
l’ampleur des convoitises que suscite la cagnotte européenne. Dans un
livre vert de décembre 2001 proposant la création d’un procureur
financier européen, la Commission européenne rappelle que la fraude
aux financements communautaires décelée tant par les Etats-membres que
par l’OLAF, en 1999, derniers chiffres connus, portait sur un montant
évalué á 413 millions d’euros. Sur cette somme, 170 millions d’euros
sont liés aux fraudes aux subventions agricoles.
L’OLAF traque les fraudes et
détournements de fonds aussi bien á l’extérieur qu’á l’intérieur des
institutions de l’Union européenne. Ainsi, il y a quelques jours,
l’OLAF a rendu publiques des fraudes possibles sur des contrats
conclus par Eurostat, l’office statistique des communautés
européennes, avec des compagnies privées. En 1999, l’OLAF a mené 252
enquêtes portant sur des fraudes de l’ordre de 223 millions d’euros.
Selon l’OLAF, la fraude, comme celle
dévoilée en Sicile concernant les bananes, est favorisée par la
complexité de la réglementation communautaire, le caractère
transfrontalier des fraudes, la fragmentation des compétences
judiciaires sur tout le territoire de l’Union européenne qui facilite
la vie de la criminalité organisée. Les poursuites pénales , notamment
pâtissent du morcellement de l’espace pénal européen. C ‘est pourquoi
la Commission européenne se prononce pour la création d’un procureur
européen assurant la protection des finances communautaires.
BELGRADE SERBIE Première
condamnation pour crime de guerre
Un ancien réserviste de l’armée
yougoslave vient d’être condamné á 8 ans de prison pour crime de
guerre. Il avait ouvert le feu sur des civils albanais désarmés
«J’ai ouvert le proccs avec un
pistolet dans la veste», confiait, Dragan Tacic, le président du
Tribunal de Prokuplje, dans le sud de la Serbie une fois la sentence
rendue. Pour la premicre fois en Serbie depuis la chute de Slobodan
Milosevic, une condamnation pour crime de guerre est prononcée: huit
ans de prison ferme.
Ivan Nikolic, ancien réserviste de
l’armée yougoslave, a été condamné pour avoir violé les normes
internationales de droit humanitaire. Le 24 mai 1999, pendant les
bombardements de l’OTAN sur la Yougoslavie, il a tiré sur deux civils
albanais qui marchaient le long de la route, près du village de
Penduh, au nord du Kosovo. Jugé peu aprcs les faits pour crime simple,
il a été relâché. Mais depuis, les juges comme les procureurs de
Prokuplje, ont été remplacés, les faits requalifiés de crime de guerre
et Ivan Nikolic placé en détention provisoire.
«La veille de l’ouverture du procès,
le 11 juin dernier, des camionnettes des partisans de Milosevic, de
l’extreme droite et des vétérans de guerre, équipées de hauts
parleurs, sillonnaient la ville pour appeler r manifester contre «un
procès politique dicté par l’Occident», raconte Dragan Tacic. C’est
applaudi par quelques centaines de manifestants que l’accusé avait
pénétré le tribunal, les mains menottées, mais les trois doigts, signe
de ralliement des serbes, triomphalement levés. «Souviens- toi de la
date de ma sortie de prison!», invectivait furieux le jeune Ivan
Nikolic, à l’encontre du président de la Cour, après avoir entendu sa
condamnation.
Des témoins qui craignent les
représailles Ce dernier soutient qu’au contraire, le pouvoir politique
a manifesté trcs peu d’intéret. «Nous en sommes désolés, car on aurait
aimé avoir des conditions de travail et de sécurité plus
satisfaisantes», ajoute-t-il. «Il est trcs difficile de juger ce type
de crime á Prokuplje», explique le président du tribunal: «Nous sommes
r la frontière du Kosovo et la région a été investie par les déplacés
serbes qui ont fui les exactions de la guérilla albanaise de l’UCK
après les bombardements de 1999. Eux aussi espèrent une justice qui ne
vient pas».
Aussi les témoins ont-ils peur des
représailles et la catégorie juridique de témoin protégé n’existe pas
en droit yougoslave. «Les memes témoins amnésiques ou flous
déclaraient aux juges de l’époque que Ivan Nikolic se vantait d’avoir
joué au Rambo et d’avoir dégommé des «balija» (nom péjoratif pour les
musulmans ndla), affirme Dragan Tacic, qui a également pris en compte
des éléments de preuve fournis par le Fonds pour le droit humanitaire
(FDH) et le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie (TPIY).
Dans la foulée, deux autres procès
vont s’ouvrir. Ceux de Sasa Cvjetan et Dejan Demirovic, deux
réservistes des unités spéciales des «Bérets Rouges», accusés d’avoir
tiré des rafales sur 19 civils albanais, dont 16 femmes et enfants, le
28 mars 1999. Cinq enfants ont survécu et vivent aujourd’hui en
Angleterre, selon Natasa Kandic, la présidente du FDH. «S’ils
acceptaient de témoigner, ce serait capital. Car l’opinion serbe a
besoin d’entendre les récits prononcés devant les tribunaux
nationaux», dit-elle.
En ouvrant le 14 juin dernier une
conférence organisée par l’Organisation pour la Sécurité et la
Coopération en Europe (OSCE), sur le thème «Juger les crimes de guerre
en Serbie et au Monténégro», le ministre yougoslave des Affaires
Etrangcres, Goran Svilanovic, soulignait justement á quel point
l’opinion serbe était récalcitrante á reconnaître que des crimes de
guerre aient été commis par ses concitoyens: «Nos tribunaux sont
capables de juger les pires crimes, mais l’encouragement de l’opinion
n’existe pas lorsqu’il s’agit de faire face au passé et les politiques
n’ont pas réussi á changer le cours des choses». A défaut des
politiques, ce sont donc les juges qui ouvrent le processus, qui
aboutira sans doute, comme le suggéraient les participants á la
conférence de l’OSCE, á la création d’un Tribunal ad hoc national,
spécialisé dans le jugement des crimes de guerre commis par tous ceux
qui échappent au TPIY. Reste r savoir si le phénomcne prendra de
l’ampleur, sachant que les moyens sont maigres, la coopération de la
police faible, et la volonté politique presque inexistante.
PARIS. FRANCE. Polémique sur
l’amnistie
Le projet de loi sur
l’amnistie présidentielle, présenté mardi 9 juillet à l’Assemblée
nationale, devrait avoir une portée limitée et ne pas concerner les
délits politico-financiers. Le gouvernement Raffarin l’a assuré à
maintes reprises mais cela n’a pas empêché de nombreux députés, de
droite comme de gauche, d’en douter et de violemment critiquer
l’intervention du député de l’Union pour la majorité présidentielle
(UMP) Michel Hunault. Ce dernier, également rapporteur du projet de
loi sur l’amnistie, estime en effet que la question des délits
politico-financiers devrait, tôt ou tard, se poser «dans la plus
grande transparence». Sa déclaration, considérée comme une préparation
à une amnistie déguisée, a soulevé un tel tollé que le ministre de la
Justice, Dominique Perben, s’est senti obligé d’intervenir pour
affirmer que le gouvernement ne soutiendrait aucun amendement allant
dans ce sens.
Avant même l’examen mardi par
l’Assemblée nationale du projet de loi sur l’amnistie, la polémique
fait déjà rage. Michel Hunault, a en effet mis le feu aux poudres en
affirmant la semaine dernière «qu’on n’échappera pas, un jour, au
débat sur le délai de prescription des abus de biens sociaux». Si le
député de l’UMP a affirmé qu’«aucun amendement relatif à l’amnistie
politico-financière» ne serait adopté lors de l’examen du projet
d’amnistie, il n’a en revanche pas exclu que la question puisse être
soulevée «dans la plus grande transparence», lors de la discussion du
projet de loi sur la programmation de la justice qui doit être
présenté devant l’Assemblée le 1er août prochain. Le garde des Sceaux
Dominique Perben a eu beau affirmé que «d’une manière directe ou
indirecte, il n’était pas prévu qu’il y ait d’amnistie des délits
politico-financiers», la tempête de protestation déclenchée par Michel
Hunault ne s’est pas apaisée.
Le Parti communiste français a ainsi
violemment réagi en affirmant qu’une telle amnistie serait
«inacceptable, scandaleuse et révoltante», tandis qu’au parti
socialiste, Jean-Marc Ayrault estimait que Michel Hunault avait
«dévoilé le pot au roses». Le député socialiste Arnaud Montebourg, qui
s’était battu lors de la précédente législature pour faire traduire en
justice le président Jacques Chirac, a jugé nécessaire la mise en
place d’«un grand mouvement populaire de citoyens contre l’amnistie».
Chez les Verts, Noël Mamère a, quant lui, dénoncé «un clan qui
s’autoamnistie et s’exempte de toutes ses turpitudes». Des réactions
similaires ont, paradoxalement, également fusé des rangs de l’UDF,
pourtant partenaire de l’UMP dans la majorité. François Bayrou n’ a
pas hésité ainsi à affirmer qu’il s’opposerait «de toutes ses forces»
à un éventuel classement des affaires politico-financières. Et
l’ancien juge d’instruction Thierry Jean-Pierre, porte-parole de
Démocratie libérale, le parti du Premier ministre Jean-Pierre
Raffarin, a déclaré qu’envisager une telle amnistie serait «une faute
morale et une faute politique».
Le dilemme de la droite Le
gouvernement Raffarin a beau refuser pour l’instant de s’engager dans
la perspective d’une amnistie des affaires politico-financières, il
devra tôt ou tard affronter les attentes de la droite. Celle-ci semble
en effet condamnée à réformer le régime de l’abus de biens sociaux qui
est au centre de plusieurs affaires embarrassantes pour l’actuelle
majorité. Ce délit, qui réprime le mauvais usage qu’un chef
d’entreprise fait des biens de sa société, notamment en versant des
commissions ou payant des salaires fictifs, n’est pas prescrit au bout
de trois ans comme les autres délits. Et plusieurs ténors de la
droite, dont Alain Juppé –mis en examen dans les affaires visant la
gestion de la mairie de Paris quand Jacques Chirac en était le maire–,
peuvent difficilement échapper à un procès. Des procès qui menacent
également de nombreux chefs d’entreprise qui attendent beaucoup de
l’actuel équipe au pouvoir.
Le gouvernement Raffarin sait par
ailleurs qu’il court un gros risque politique s’il s’engage dans des
réformes visant directement ou indirectement à imposer une amnistie
des affaires politico-financières. Les électeurs risquent en effet de
très mal réagir à cette initiative, tout comme les jeunes «députés de
terrain» qui tiennent à prendre leurs distances avec leurs aînés et à
ne pas faire les frais de leurs errements passés.
PARIS, FRANCE Secousses à la
Fédération française
La désastreuse campagne asiatique de
l’équipe de France provoque depuis quelques jours une série de
secousses au sein des instances fédérales. Le président de la
Fédération Claude Simonet est en première ligne.
Fortement déstabilisé par le piteux
échec des «Bleus» en Corée du Sud, par le départ – qui n’en est pas
tout à fait un car il reste au sein de la direction technique
nationale - de Roger Lemerre et la bataille pour lui désigner un
successeur, le football français doit désormais faire face à la fronde
des clubs amateurs qui réclament plus d’argent du monde professionnel.
Les lendemains de défaites sont
propices à tous les déballages, publics et non publics. Le football
français n’y échappe pas. Après la crise de la préparation de l’équipe
de France, du jeu pratiqué pendant la Coupe du monde et du
comportement des joueurs et celui de leur encadrement, on parle
désormais gros sous. Cela a commencé avec le montant – tenu secret –
des indemnités à verser à Roger Lemerre, déchargé de sa fonction de
sélectionneur-entraîneur de l’équipe nationale. Certains ont parlé
d’environ un million d’euros. Puis s’est poursuivi avec les
révélations du Journal du Dimanche affirmant que le président de la
fédération, au soir de la défaite lors du match d’ouverture contre le
Sénégal, aurait royalement traité quatre convives à sa table, la
facture représentant la très coquette somme de sept mille euros.
Quand la façade se lézarde, quand la
vitrine se brise, inéluctablement chacun pose la question de savoir
qui va payer la facture. Le président de la fédération est la cible
toute trouvée d’autant que la note de frais est corsée. Cette campagne
«anti-establishment» traduit plus profondément, les inquiétudes de
tout le football qui, pour diverses raisons, sait que la période des
vaches grasses est probablement terminée. Si le gâteau diminue, chaque
part est condamnée à rétrécir. Le nouveau président de la Ligue
professionnelle, Frédéric Thiriez ne dit pas autre chose: «la
situation économique des clubs professionnels n’est pas très
florissante; l’endettement s’est accru et les perspectives
financières, à l’échéance des contrats de télévision en 2004 sont
assez inquiétantes».
Nul ne sait quelle sera la réaction
du public Les catastrophes n’ont cessé de s’accumuler ces dernières
semaines: élimination de l’équipe de France, chute de la maison
Vivendi qui doit avoir des répercussions sur la chaîne de télévision à
péage Canal+ dont on évoque la cession à de nouveaux propriétaires.
Canal+ a longtemps été le premier pourvoyeur de fonds de la fédération
et des clubs et détient 90% du capital du Paris Saint-Germain. Les
dirigeants de la chaîne ont déjà fait savoir qu’au terme du contrat
qui les lie au football français, il ne leur sera plus possible de
consacrer autant d’argent au football et qu’il faudra tout renégocier
à la baisse. Par ailleurs, personne ne sait ni comment les annonceurs
vont réagir, ni surtout quelle sera la réaction du public.
On a déjà noté que les femmes, en
France, avaient déserté le petit écran après la défaite face au
Danemark. Spectacle consensuel, l’élimination prématurée des «Bleus»
a, peut-être mis un terme aussi à l’idée de spectacle familial qui
avait accompagné la victoire de 1998. Devant le flou que représente
l’avenir, on perçoit assez bien l’inquiétude des moins bien lotis, les
amateurs, qui redoutent de faire les frais d’un bâtiment chancelant.
Le football d’en-haut souffrira, mais le football d’en-bas davantage
encore.
La situation risque de se prolonger
pendant plusieurs mois, le temps que le championnat reprenne et que
l’équipe de France entame les éliminatoires de l’Euro 2004. D’ici là,
les dirigeants vont se retrouver sur la sellette à intervalles
réguliers. Ceux qui ont rêvé à la deuxième étoile de champion se
retournent contre ceux qui ont alimenté leurs rêves. Il faut des
coupables à cette formidable désillusion. Un climat délétère s’est
insinué. Seule une cascade de résultats positifs du onze national et
des clubs dans les compétitions européennes pourra inverser la
tendance qui veut que tout va mal. Chacun des groupes concernés va
devoir se retrousser les manches et se remettre au travail. Pour
autant secousse n’équivaut pas encore à séisme.
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